‹ uvres de Jean RotrouChapitre 321 sur 422 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Connois-tu la prison dont ton cœur est sorti? Vois, monarque inconstant, cette rare merveille, Ton œil en jugera bien mieux que ton oreille; Si tu n'es ébloui par ses moindres attraits , Si tu ne sens ton cœur percé de mille traits. Si tu lui peux nier ni tes vœux , ni ton âme , Si tu peux l'oublier, si tu n'es tout de flamme. Si nous ne te voyons resserrer tes liens , Si les larmes aux yeux tu n'adores les siens , Je verrai sans regret ton humeur refroidie , Mon esprit satisfait loûra ta perfidie.

LYSANOR.

Si vous me permettez de parler librement , Possible serons-nous d'un même sentiment. Avez-vous remarqué qu'il souffroit avec peine Que vous parlassiez tant des beautés de la reine| Je crois qu'il a jugé, voyant votre action, Que vous en discouriez par inclination.

PARIS

Il est vrai , je pouvois modérer ces louanges , Mais peut-on dire trop quand on parle des anges? Donc je n'aurai pour prix d'avoir fait mon devoir. Que le sensible affront que je vais recevoir? Mais i\ faut obéir : Ah dieux! en cette peine, De quel œil faudra-t-il que j'aborde la reine?

ARGANT

Puisque de trop louer ce mal est provenu , Monsieur, j'ai bien dessein d'être plus retenu; Et ceux posséderont des mérites étranges , Qui se pourront vanter d'avoir de mes louanges.

(Ils sortent.)

Page 1