‹ uvres de Jean RotrouChapitre 343 sur 422 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LA REINE, LE CONSEILLER, FLORINÉE, OGIER, ALCANDRE, LYSIMANT, suite.

o G I E R , avec emp hase.

Gloire de l'univers, miracle de ces lieux. Qui mérites un rang entre les demi-dieux ; Divin objet des cœurs, adorable homicide, Plus sage que Nestor, plus vaillante qu'Alcide, Tout cède à votre bras, et jamais les mortels Ne dressèrent aux dieux de si dignes autels.

Je demeure muette , et ne le puis entendre ;

A qui dois-je parler? qui de vous est Alcandre?

48o L'HEUREUSE CONSTANCE,

OGIER

Que les rares vertus éblouissent les sens ! Elle ressent l'effet de mes charmes puissans; Ses yeux sont éblouis : mais tirez-moi de peine , A qui dois-je parler? qui de vous est la reine?

LA REI]yE.

Les gens que vous voyez dépendent de ma loi.

OGIER

Et ceux-ci n'ont point vu d'autre Alcandre que moi.

La fatigue et les soins en un si long voyage ,

Ont peut-être amaigri mon corps et mon visage ;

Je suis d'un naturel qui s'altère aisément,

Mais je reprends aussi l'embonpomt promptement;

Le vermeil revient tôt, comme tôt il s'efface ;

Un repas me rendra la moitié de ma grâce.

Puis-je me déclarer à votre majesté,

Et dire que j'ai faim, sans incivilité?

La fatigue des champs m'a presque oté l'haleine:

Du vin me plairoit fort. Excusez, grande reine.

FLORI]>îÉE.

Amant le plus plaisant qui respire le jour! La soif le presse plus que ne fait son amour.

Commandez là-dedans qu'on serve son altesse.

OGIER

Entrons, obligez-moi : dieux, que la faim me presse!

LE CONSEILLER

Il lui faut préparer de l'avoine et du foin; C'est de quoi ses pareils ont le plus de besoin.

Page 1