ACTE IV, SCEINE IV
OGiER, en sortant y tâte le menton à Florinèe devant
la 7'eine.
Je veux beaucoup de bien à cette belle fille; Son port est gracieux, et sa taille gentille.
FLORIWÉE.
Si de son corps au mien on fait comparaison, J'avoûrai franchement qu'il a quelque raison .
(Tous sortent , excepté la reine et Alcandi'e.) LA REIWE.
Est-ce là ce phénix, cet objet de louanges Dont on m'a figuré des merveilles étranges; Ce miroir de beautés, ce charme des esprits, Qui sur tous les objets doit emporter le prix?
ALCANDRE
Madame , en nos pays sa gloire est sans seconde : Il a des ornemens prisés de tout le monde; Et mille objets d'amour se rangeant sous sa loi, Préféroient ses vertus aux mérites du roi.
On a de mauvais yeux de le trouver aimable , Et sa seule laideur me semble incomparable ; Le roi , dont tout le monde estime les vertus , En possède bien peu , s'il n'en possède plus.
ALCANDRE
Vos regards amoureux ont une force exquise, Autant sur la raison comme sur la franchise; S'il n'a fait admirer son esprit en ces lieux, Blâmez de ce défaut la grâce de vos yeux.
Si contre mes regards son âme est sans défense , Que n'ont-ils sur la tienne une égale puissance? Tome I. 3i
Et s'ils ont le pouvoir d'ôter le jugement, Comment te puis-je ouïr parler si sainement?
ALCANDRE
IjCs discours étouffés me mourroient dans la bouche , Vous me verriez muet comme l'est une souche , Si je vous regardois d'un œil de passion, Si j'osois espérer votre possession.
Que ton maître n'est-il d'un mérite si rare! Que le ciel t'est prodigue, et la fortune avare! Avec sa dignité, que n'a-t-il ta vertu. Ou que la méritant ne la possèdes-tu!
( Ils sortent. )