ACTE IV, SCENE V
Après avoir poussé tant d'inutiles plaintes, Je tente une autre voie , et j'ai recours aux feintes : Je sais qu'Alcandre seul rend mon sort malheureux , Et qu'autant qu'elle l'aime, il en est amoureux; S'ils s'aimoient un peu moins, deux lettres supposées Rendroient facilement leurs âmes divisées ; L'un l'autre se croyant sous l'hymen asservis. Je verrois mes desseins d'un doux effet suivis. Quoi qu'il doive arriver, je sonde cette voie, Alcandre aura dans peu la lettre que j'envoie; Il reste de porter à cet objet charmant Celle-ci que je viens de tracer fraîchement ; L'mgrate, la jugeant de la main de mon frère, Croira que son hymen ne se peut plus distraire; Qu'elle doit étouffer des inutiles feux, Et se montrer enfin plus sensible à mes vœux. Comme lui, recevant l'autre écrit qu'on lui porte, Et croyant qu'il vient d'elle, et que sa flamme est morte, Que le nœud de l'hymen l'a soumise à mon sort, Oublîra ses appas qu'il a chéris si fort.
( Au page. )
Cours, porte cette lettre à cette âme cruelle, Et feins d'être envoyé de mon frère vers elle; Jure de l'avoir vu sous ce joug se ranger. Et sonde si son cœur ne pourra point changer. (Le roi sort. Le page prend la lettre , et va trouver Rosélie. )