ACTE V, SCENE II
Et faire voir mon sang aux plus perfides yeux A qui parut jamais la lumière des cieux.
j C'est donc aux tiens, cruel, qu'appartient cette vue, I Ame de sentiment et de foi dépourvue.
ALCANDRE
I Croyez- vous excuser votre légèreté , i Ajoutant l'injustice à l'infidélité?
Imaginez, madame, une meilleure ruse,
Mon accusation est une foible excuse.
ROSÉLIE.
1 Ne te devons-nous point un éloge immortel? I N'as-tu point mérité qu'on te dresse un autel? Et qui veut désormais invoquer la constance , I Doit-il point recourir à ta seule assistance?
1 ALCANDRE
Je ne prolonge point ce subtil entretien , ! Ma voix cède à la votre, et votre cœur au mien; Je voudrois vainement combattre de la sorte. En fait de discourir votre sexe l'emporte; Et malgré ma mémoire, et l'écrit que j'ai vu. Vous ne pourriez prouver que le blâme m'est dû. Bien! je suis odieux, et vous êtes aimable; Vous êtes l'innocente , et je suis le coupable; Vous méritez le prix, on me doit le trépas; Vous aimez constamment, et je ne le fais pas.
ROSÉLIE.
Inconstant, quel sujet en ces lieux te ramène? Es-tu déjà lassé des faveurs de la reine?
ALCANDRE
La reine n'a pour moi que de foibles appas, Ne me reprochez point un bien que je n'ai pas; Je n'ai point désiré de faveurs que les vôtres, Et ne souhaite point en avoir jamais d'autres.
ROSÉLiE , lui donnant sa lettre.
Ne m'as-tu pas mandé tes nouvelles amours? Accorde tes écrits avecque tes discours.
ALCAHDRE , apves avoir lu.
Madame, je n'ai point ces paroles tracées. J'ai toujours eu pour vous de contraires pensées 5 Et je ferai paroître à vos yeux inhumains Que jamais cet écrit n'est sorti de mes mains; Le roi qui vous possède a supposé la lettre Pour obtenir le bien que vous n'osiez promettre; Je ne portai jamais la qualité d'époux , Et n'eus jamais dessein de l'être que de vous.
ROSÉLIE.
Quoi, cet écrit est faux? cher amant! cher Alcandrel O dieux! l'heureux discours que tu me fais entendre! Reprends dessus mes vœux un pouvoir souverain, Et ne me fais plus voir qu'un visage serein.
ALCANDRE
Le puis-je avoir que triste, au mal qui me tourmente, Vous voyant comme sœur, et non plus comme amante? En l'état où je suis le ris m'est ennuyeux. C'est à moi de pleurer, au roi d'être joyeux.
ROSÉLIE.
Ah! chasse de ton âme un soupçon qui m'offense. Tu me vois telle après que devant ton absence ;