‹ uvres de Jean RotrouChapitre 359 sur 422 · ACTE V, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL

A LC ANDRE, se montrant.

Non , ma voix qu'elle entend témoigne le contraire ; J'ai pour elle une ardeur que rien ne peut distrairez- Hymen ne m'a jamais dessous ses lois rangé: A ses seules beautés mon cœur s'est engagé.

LE ROI

Ah traître! injuste objet de ma juste colère, Est-ce là le souci que tu prends de me plaire ? Et n'espères-tu pas un cruel châtiment Après t'être moqué de mon commandement?

Qu'on le mène, ce traître, à mes yeux détestable, Attendre en un cachot un arrêt équitable; Qu'il aille en cette horreur caresser les serpens , Ce criminel auteur des pleurs que je répands , Cet odieux sujet de ma douleur extrême. Ce démon, ce sorcier de la beauté que j'aime I

(On emmène Alcandre. Rosëlie va pour le suivre. )

LE ROI, retenant Rosélie.

Rosélie, où cours-tu, ma déesse?

ROSÉLIE.

Au trépas.

Si vous ne permettez que je suive ses pas.

LE ROI, V arrêtant.

Arrête ici, cruelle, homicide, inhumaine,

Et donne un peu de trêve à l'excès de ma peine.

Quelle preuve de foi , quelle soumission

Peut gagner une place en ton affection?

Comment alluma-t-il cette ardeur qui te presse?

Sous quel nom, sous quel teint faut-il que je paroisse?

5oo L'HEUREUSE CONSTANCE,

ROSÉLIE.

Je ne suis plus au point de juger des appas: Sous la forme d'un dieu vous ne me plairiez pas ; Vous traversez en vain des amours si parfaites, La mort nous guérira des maux que vous nous faites. Adieu ; n'ajoutez point à mon cruel tourment Celui de ne pouvoir soupirer librement.

(Elle sort. )

LE ROI, en s'en allant.

A quoi me résoudra ma douleur furieuse? Ne puis-je mépriser cette âme dédaigneuse ? Agréables dédains, profitable rigueur, Si vous pouvez m'oter son image du cœur!

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