‹ uvres de Jean RotrouChapitre 386 sur 422 · ACTE III, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IL

MÉNECHME Sosiclc.

De quoi vient cet ivrogne étourdir mon oreille, Et quelle extravagance à la sienne est pareille? Où nous conduit le sort, où sommes-nous venus? Et que veulent ces fous à des gens inconnus?

ERGASTE

Il est vrai que j'ai tort, je ne te puis connoître, L'affront que j'ai reçu le fait assez paroître; L'effet dément toujours les discours que tu fais, Ta bourse et ton esprit ne s'accordent jamais; On te juge, à te voir, le plus libre du monde, Car ton humeur fardée en paroles abonde; Ta voix n'est point avare, elle promet toujours: Mais tu ne nous repais que de ces vains discours, Et nous n'avons jamais éprouvé tes largesses Lorsque nous espérions l'effet de tes promesses. Quand on ouvre les mains, et qu'on croit tout tenir, Quelque affaire imprévue t'empêche de venir: On t'a volé ta bourse, ou tu l'as oubliée, Enfin ton avarice est toujours palliée.

Qui ne te croiroit pas? Qui n'eût dit ce matin Que tu me préparois un superbe festin, Que tes intentions étoient sans artifices, Et que rien ne devoit égaler nos délices ? N'as-tu pas ordonné qu'on tînt le dîner prêt? Et n'a-t-on pas promis d'accomplir cet arrêt? De quoi peut-on douter après tant d'apparence. Et qui ne te croiroit en pareille occurrence? Je ne t'épiois point, lorsque je te suivols, Et je dînois déjà par l'espoir que j'avois; Nous étions au palais, où tu n'as point d'affaire, Tome I. 35

Oii tu n'avois que moi de partie adversaire, Où ta seule avarice avoit dressé tes pas , Où tout notre procès étoit pour un repas; Tu tâchois d'échapper.... O la belle victoire! Qu'un repas épargné lui procure de gloire!

MÉHECHME Sosicle.

Que de sens et d'esprit cet homme est dépourvu! Que me conte ce fou que je n'ai jamais vu?

ERGASTE

Tu ne m'as jamais vu?

MJÉNECHME Sosiclc.

Non. ■ .

ERGASTE

Qui, moi?

MÉNECHME Sosiclc.

De ma vie.

ERGASTE

Tu ne me connois pas?

MÉNECHME Sosicle.

Et n'en ai point d'envie; J'arrive fraîchement en ce bord étranger.

ERGASTE

Il t'est permis de rire, à moi de me venger; Adieu , tout l'univers ne me pourroit distraire Du dessein que m'inspire une juste colère; Tu te repentiras de m'avoir fait jeûner , Et tu te souviendras d'un semblable dîner.

( Il sort. )

MÉNECiiME Sosicle.

Dieux! je crois qu'à dessein cette fourbe est tissue. Et je commence bien d'en redouter l'issue :

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