ACTE III, SCÈNE V
Ne désîres-tu point que je les persuade? Oui, je veux épargner les pas de tes valets, Et je leur porterai moi-même tes poulets: Je déclare la guerre à leur humeur farouche, Je prendrai le souci de les mettre en ta couche; Après j'irai partout publier ta vertu; Est-ce assez t'obliger? m'en remercîras-tu ?
MÉJYECHME Ravi.
Enfin c'est trop long-temps choquer ma patience, Parle plus clairement ou garde le silence: Que t'ai -je fait?
ORAZIE.
Tu m'as....
MÉNECHME Ravi.
Quoi ?
ORAZIE.
Volé mon poinçon.
MÉNECHME Ravi.
Érotie en veut un de la même façon ,
Et renverra le tien au plus tard dans une heure.
ORAZIE.
Pouvoit-il rencontrer une excuse meilleure? Pourquoi l'as-tu porté sans m'en donner avis? Je ne m'ingère point de prêter tes habits; Je chéris ce que j'ai, j'en use, j'en dispose. Et crois ne devoir point me mêler d'autre chose: Que ne vis-tu de même?
A quoi tant de souci?
De ce pas si tu veux je le rapporte ici.
554 LES MÉNEGHMES,
ORAZIE.
C'est parler sagement, et si tu ne l'apportes Tu rentreras bien tard ou tu rompras les portes.
MjéiYECHME Ravi, entrant chez Érotie.
Je reviens, attends-moi.
(Ilsort.) ERGASTE.
Madame, de quel prix Récompenserez-vous le souci que j'ai pris ? Laissez-vous sans loyer un si digne service?
ORAZIE.
Je le recontioîtrai par un semblable office.
Et te rendrai le bien qu'aujourd'hui tu me fais,
Si je puis découvrir qu'on te vole jamais.
(Elle sort.) ERGASTE.
Je suis donc en danger de longuement attendre, Car ne possédant rien que me pourroit-on prendre? Il faudroit relever d'une sévère loi.
Pour mourir d'un larcin qu'on auroit fait chez moi. Où faut-il maintenant que mon espoir se fonde? Je suis à cette fois le plus confus du monde. Que puis-je, malheureux, espérer désormais? Ménechme n'est pas homme à me traiter jamais. J'avois tort d'irriter un esprit si sensible; A des gens qui n'ont rien la vengeance est nuisible. La faim est bien plus dure à porter qu'un affront, Et je devois bien plus à mes dents qu'à mon front. Adieu, chère maison! adieu, toute ma joie!... Mais on ouvi'e, c'est lui, passons qu'il ne me voie.
(Il sort.)