‹ uvres de Jean RotrouChapitre 47 sur 422 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

Qui nous font violer les respects les plus saints. Vois quelle intention mon amour se propose : Si dans peu je n'apprends où Perside repose. Ces deux bras, animés d'un généreux effort. Iront meurtrir Cerbère et désarmer la Mort , Etouffer pour jamais la puissance des Parques : On n'aura plus ici de nochers , ni de barques ; Et les mortels , encor revêtus de leurs corps , Pourront en assurance habiter sur ces bords : Le ciel ne craindra plus d'y prêter sa lumière , Telle qu'elle est au monde en la saison première ; Même, si mes desseins ont un heureux succès, Les oiseaux dans ces lieux auront un libre accès , Et les ruisseaux affreux qui coulent dans ces plaines Changeront leur nature en celle des fontaines ; L'astre qui n'a point vu ces rivages encor , Du soufre et du limon fera du sable d'or, Et produira partout la fleur la plus charmante Que vit jamais Zéphire au sein de son amante , Où les ombres liront quel sort m'aura fait roi, Et baiseront les noms de Perside et de moi. Alors je souffrirai que sur les violettes Chacun se licencie à des faveurs secrètes ; Du nombre des vertus j'oterai le respect , On n'aura ni témoin, ni juge pour suspect; Cette fleur, dont le prix rend la fille superbe, Pourra sans châtiment se cueillir dessus l'herbe ; Et Perside vaincue , après ces longs efforts , Obéira sans honte à mes plus doux transports.

CLÉONICE

Quelle erreur tient encor mon âme ensevelie ? Peut-on, sans être fou, douter de sa folie?

Son mal est trop visible. Adieu, je suis ici

Dans une heure au plus tard, et ta Perside aussi.

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