ACTE V, SCENE VI
PERsiDE , le tirant de la cave oh étaient les cercueils. Mais tirons-nous plutôt de ces lieux trop obscurs. Et pourquoi, cher amant, cacher des feux si purs? Nous verrons les enfers , lorsque les destinées Auront d'un coup fatal achevé nos années : Mais durant que le sort file encore nos jours , Faisons le ciel témoin de nos chastes amours.
CLORIDAN
Quoi , ton cœur s'entretient de cette rêverie , Adorable sujet de ma douce furie!
Tu penses vivre encor, simple , et tu ne sais pas Que ta mort seulement a causé mon trépas!
PERSIDE
Ton œil voit mon visage ; y trouves-tu les marques Des injures des vers et du courroux des Parques? Ah ! sors de cette erreur, et connais désormais Que nous sommes encor, ou ne fûmes jamais.
CLÉOJVICE.
Enfin le ciel me force à t'avouer mon crime : Un cruel artifice a déçu ton estime ; Et, pour te disposer à mon coupable effort, Ce page corrompu t'a fait ce faux rapport.
LE PAGE, aux pieds de Cloridan.
Apprenez votre erreur par la bouche du traître , Que vous êtes encor, d'un qui ne dût plus être. Et dont en un moment Favare passion Trahit votre repos et votre affection.
CLORIDAIV.
Qu'un étrange accident a ces âmes blessées ! Que je suis bien exempt de ces vaines pensées!
Quittez, faibles esprits, ces discours superflus; Je vois trop clairement que nous ne vivons plus.
CLÉOiyiCE.
Que cette impression dans son âme a de charmes! Ayons , ayons recours à de meilleures armes : Consultons, mes amis , sans perdre plus de temps , Ce qui le peut guérir et nous rendre contens.
(Là on consulte ensemble du moyen de le guérir, sans sortir du théâtre 5 pendant ce temps Oronte vient pailler à sa fille , et Erimand, père de Cle'onice , arrive.)
OROWTE.
Auteur des passions que ressentent les pères, Ciel ! après tant de pas tu finis mes misères ; Quel bonheur est pareil à mon contentement ? Je trouve ici Perside avecque son amant.
PERSiDE , aux geiîoux de son père.
Quel voile assez obscur pourroit couvrir ma honte ? Ah! pardonnez, mon père, au dieu qui me surmonte ; Son vouloir absolu m'a conduite en ce lieu; Excusez mon offense , ou punissez un dieu.
Quoique la liberté d'un semblable voyage
Soit honteuse à ton sexe et coupable à ton âge ,
Tes vœux ont sur mon cœur un souverain pouvoir :
Que puis-je refuser au bien de te revoir?
Qu'un enfant sur son père a d'invincibles charmes !
Que ce départ me coûte et de peine et de larmes !
c LO R 1 D AN , "venant embr^asser Perside. Tu me blesses, mon ange, avec de si beaux traits , Que ton corps n'eut jamais de si charmans attraits. Parmi ces doux assauts que ta beauté me livre, Penses-tu, bel esprit, que le mien puisse vivre?