DEUXIÈME MORT
Quel sujet tient encor cette main suspendue? Dois-je laisser la vie à qui me l'a rendue? Quel sort nous a tirés d'une si douce nuit? Et qui de vous, croyant nous obliger, nous nuit?
CLÉONICE
Ce bel amant blessé d'une étrange manie ,
Qui croyoit de son corps son âme désunie ,
A porté nos esprits à ces pieux efforts :
Pour guérir un vivant, on a guéri deux morts.
D'un concert tout divin la secrète puissance
A remis vos deux corps en leur première essence ;
Et, s'il ne vivoit plus, un accord si parfait
Auroit dessus le sien produit un même effet.
CLORIDAN
A quoi se résoudra mon estime incertaine ? Perside, ton arrêt me peut tirer de peine; De toi seule dépend ma vie ou mon trépas : Si tu m'aimes, je vis; sinon, je ne vis pas.
PERSIDE
Si je t'aime, mon cœur! ah! de quelle espérance
Veux-tu que j'en confirme une heureuse assurance?
Que la terre et le ciel s'opposent à mon bien
Si je nourris jamais autre feu que le tien.
Ces violens transports te découvrent mon âme ,
Et font connaître assez et ta vie et ma flamme.
CLORIDAN
Mais je vis encor. Si....