‹ uvres de Jean RotrouChapitre 61 sur 422 · DEUXIÈME MORT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME MORT

Quel sujet tient encor cette main suspendue? Dois-je laisser la vie à qui me l'a rendue? Quel sort nous a tirés d'une si douce nuit? Et qui de vous, croyant nous obliger, nous nuit?

CLÉONICE

Ce bel amant blessé d'une étrange manie ,

Qui croyoit de son corps son âme désunie ,

A porté nos esprits à ces pieux efforts :

Pour guérir un vivant, on a guéri deux morts.

D'un concert tout divin la secrète puissance

A remis vos deux corps en leur première essence ;

Et, s'il ne vivoit plus, un accord si parfait

Auroit dessus le sien produit un même effet.

CLORIDAN

A quoi se résoudra mon estime incertaine ? Perside, ton arrêt me peut tirer de peine; De toi seule dépend ma vie ou mon trépas : Si tu m'aimes, je vis; sinon, je ne vis pas.

PERSIDE

Si je t'aime, mon cœur! ah! de quelle espérance

Veux-tu que j'en confirme une heureuse assurance?

Que la terre et le ciel s'opposent à mon bien

Si je nourris jamais autre feu que le tien.

Ces violens transports te découvrent mon âme ,

Et font connaître assez et ta vie et ma flamme.

CLORIDAN

Mais je vis encor. Si....

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