CHAPITRE XUL
DES CAS OU LE DANGER EST PLUS GRAND QUE lVlI^IIME.
Quoique l'o/a/TTS^ y en général, corresponde au danger j il y a des cas où cette proportion n'est pas exacte; le danger peut être plus grand que l'alarme.
C'est ce qui arrive dans ces délits mixtes qui renferment un mal privé et un danger qui leur est propre dans leur caractère de délit public.
Il se pourrait que , dans un État , le prince fût volé par des administrateurs infidèles , et le public opprimé par des vexations subalternes. Les complices de ces désordres , composant une phalange menaçante , ne laisseraient arriver auprès du trône que des éloges mercenaires, et la vérité serait le plus grand de tous les crimes. La timidité, sous le masque de la prudence , formerait bientôt le caractère national. Si, dans, cet abattement universel des courages, un citoyen vertueux, osant dénoQiçer les coupables, dévenait victinie de son zèle, sa (terte exciterait peu d'alarme : sa magnanîmK^ne paraîtrait qu'un acte dadèmcBce; et chacun,, se promettant bien de ne pas faire comme lin' , considérerait de sang-froid un malheur qu'il a les moyens d'éviter. Mais l'alarme, en se calmant, fait place à un mal plus considérable : ce mal, c'asi le danger de Tim-
MOYENS DE JUSTIFIGATICW.
puoi<é pour \on$ les délits publics , c*est la cessation de tous les services volontaires pour la justice ; c'est Tind^érence profonde des individus pour tout ceqÂi Qe leur est paâ personnel.
On dft qu'en quelques États d'Italie ceux qui ont déposé contre des voleurs ou des brigands, en butte à la Tengeance de tous les complices, sont obligés de chercher dans la fuite une sûreté que les lois ne sauraient leur donner. Il est plus dangereux de prêter son service à la justice que de s'armer contre elle. Un témoin court plus de risques qu'un assassin. I/alarme qui en résulte sera faible , parce qu'on est maître de ne pas s'exposer à ce mal ; mais à proportion le danger augmente.