‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 123 sur 547 · MOYENS DE JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

MOYENS DE JUSTIFICATION

pour prophète ! Ud foiirba, au nom du Ciel , |>rétendant lire dans les coQurs , pourrait immoler tous ses ennemis pour des crimes futurs! Sous prétexte d'éviter un mal , on ferait le plus grand de tous , t>n anéantirait la sûreté générale.

5. Pratique médicale. Ce moyen de justification rentre dans celui qui précède. On fait souffrir un individu pour son propre bien. Un homme est tombé en apoplexie : attendrait-on son consentement pour le saigner? Il ne vient pas même un doute dans l'esprit sur la légitimité du traitement , parce qu'on est bien sûr que sa volonté n'est pas de mourir.

Les cas est bien Jjlférent si un homme , maître Je îjes facultés, pouvant donner son consentement, k refuse. Bonntra-t-on à ses amis, ou aux médecins, le droit de le forcer à une opération qu'il repousse? Ce seruit substituer un mal certain à un danger |ir€sqiie iniagtnaire. La défiance et la terreur vej fieraient sans cesse auprès du lit d'un malade. Que si un médecin , par humanité , franchit les bornes de son droit, et qu'il en mésarrive, il faut qu'il soit exposé à la rigueur des lois, et que tout au plus son intention serve â atténuer sa faute.

4. Défense. C'est encore une modification du second moyen. 11 ne s'agit, en effet, que de repousser un mal plus grave, puisque, dussiez-vous tuer un agresseur injuste , sa mort serait un moindre mal pour la société que la perte d'un innocent. Ce droit de défense est absolument nécessaire. La vigilance des magistrats ne pourrait jamais suppléer â la vigilance de chaque individu pour soi-même. Le crainte des lois ne pourrait jamais contenir les méchants autant que la crainte de toutes les résistances- individuelles. Oter ce droit ce serait donc devenir complice de tous les méchants.

Ce moyen de justification a ses limites. On ne peut employer des voies de fait que pour défendre

sa personne ou ses biens. Répondre à une injure verbale par une injure corporelle , ce ne serait plus défense de soi-même , ce serait vengeance. — Faire volontairement un mal irréparable pour en éviter un qui ne le serait pas , ce serait outre-passer les bornes légitimes de la défense.

Mais ne peut-on défendre que soi-même? ne doit-on pas avoir le droit de protéger son semblable contre une agression injuste? Certes , c'est un beau mouvement du cœur humain que cette indignation qui s'allume à l'aspect du fort maltraitant le faible. C'est on beau mouvement que celui qui nous fait oublier notre danger personnel et courir aux premiers cris de détresse. La loi doit bien se garder d'affaiblir cette généreuse alliance entre le courage et l'humanité. Qu'elle honore plulût, qu'elle récompense celui qui fait la fonction de magistrat en faveur de l'opprimé : il importe au salut commun que tout honnête homme se considère comme le protecteur naturel de tout autre. Dans ce cas , point de mal du second ordre : les efifets du second ordre sont tous en bien.

5 et 6. Puissance politique et domestique. L'exercice de la puissance légitime entraine la nécessité de faire du mal pour réprimer le mal. La puissance légitime peut se (jliviser en politique et en domestique. Le magistrat et le père , ou celui qui en tient lieu , ne pourraient maintenir leur autorité, l'un dans l'État, l'autre dans la famille, s'ils n'étaient armés de moyena coercitifs contre la désobéissance. Le mal qu'ils infligent porte le nom de peine ou de châtiment. Ils ne se propQsent par ces voies de fait que le bien de la grande ou de la petite société qu'ils gouvernent , et il n'est pas besoin de dire que l'exercice de leur autorité légitime est un moyen complet de justification , puisque personne ne voudrait plus être magistrat ni père s'il n'y avait pas de sûreté pour lui dans l'emploi de sa puissance.

SECONDE PARTIE

REMÈDES POLITIQUES CONTRE LE BiAL DES DÉLITS.

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