Responsabililé du père pour tes eofanls
Si le maitre doit être responsable pour les fautes de ses serviteurs , à plus forte raison le père doit-il
152 DE LA SATISFACTION SUBSTITUTIVE, OU A LA CHARGE D'UiN TIERS.
rètre pour celles de ses enfants. Le maître at-i1 pu et dû surveiller ceux qui dépendent de lui? C'est un devoir bien plus pressant pour un père , et bien plus facile à remplir ; il n'exerce pas seulement sur eux Tautorilé d'un magistrat domestique , mais il a tout l'ascendant de l'affection : il n'est pas seulement le gardien de leur existence physique; il peut maîtriser tous les sentiments de leur âme. Le maître a-t-il pu s'abstenir de prendre ou de garder un serviteur qui annonce de dangereuses dispositions? Mais le père, qui a pu façonner à son gré le caractère et les habitudes de ses enfants , est censé l'auteur de toutes les dispositions qu'ils manifestent. Sont-ils <lépravés : c'est presque toujours l'effet de sa négligence ou de ses vices. C'est à lui à porter les conséquences d'un mal qu'il aurait pu prévenir.
S'il est besoin d'ajouter une nouvelle raison , après une considération si forte , on peut dire que les enfants, sauf les droits que leur donne la qualité d'êtres sensibles, font partie de la propriété d'un homme et doivent être envisagés comme tels. Celui qui jouit des avantages de la possession doit en supporter les inconvénients. Le bien fait plus que compenser le mal. 11 serait trop singulier que la perte ou le dégât occasionné par des enfants fût enduré par un individu qui ne connaît d'eux que leur malice ou leur imprudence , plutôt que par celui qui trouve en eux la plus grande source de son bonheur, et se dédommage par mille espérances des soins actuels de leur éducation *.
Mais cette responsabilité a un terme naturel. La majorité d'un fils ou le mariage d'une fille , mettant fin à l'autorité du père , font cesser le recours que la loi donnait sur lui. Il ne doit plus porter la peine d'une action qu'il n'avait plus le pouvoir d'empêcher.
Perpétuer pendant toute sa vie la responsabilité du père comme auteur des dispositions vicieuses de ses enfants , ce serait une injustice et une cruauté; car d'abord il n'est pas vrai qu'on puisse attribuer tous les vices d'un adulte aux défauts de son éducation : différentes causes de corruption , après l'époque de l'indépendance, peuvent triompher de l'éducation la plus vertueuse; mais d'ailleurs l'état du père est assez malheureux , quand les mauvaises dispositions d'un fils, parvenu à l'âge d'homme, ont éclaté par des délits. Après tout ce qu'il a déjà souffert dans l'intérieur de la famille , le déchirement qu'il éprouve par l'inconduite ou le déshonneur d'un fils , est un genre de peine que la nature lui inflige , et que la loi n'a pas besoin d'aggraver. Ce serait verser du poison sur ses plaies , sans espoir
1 Maxime du droit romain : Qui sentît commodum sentire débet et onus»
ni de réparer le passé , ni de s'assurer contre l'avenir. Ceux qui voudraient justifier cette jurisprudence barbare par l'exemple de la Chine, n'ont pas pensé que, l'autorité du père dans ce pays ne cessant qu'avec sa vie , il est juste que sa responsabilité dure autant que son pouvoir.
A. Responsabilité de la mère pourPeofont.
L'obligation de la mère, en cas pareil, se règle naturellement d'après ses droits , d'où dépendent ses moyens. Le père vit-il encore : la responsabilité de la mère, ainsi que sa puissance, reste comme absorbée dans celle de son mari. Est-il décédé : comme elle prend en main les rênes du gouvernement domestique , elle devient responsable pour ceux qui sont soumis à son empire.