‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 175 sur 547 · EXAMEN DE QUELQUES PEINES USITÉES · texte numérisé non relu

EXAMEN DE QUELQUES PEINES USITÉES

mier larcîo , que peut-il devenir, qui voudra remployer ? A quoi lui servirait la probité ? On lui a fait un besoin du crime.

La flétrissure indélébile n'est bonne que pour notifier un délinquant dangereux, qui cesse de r^lre dès qu'il est connu , ou pour garantir Faccomplissement d'une autre peine. Lorsque le délit est infamant, la flétrissure doit accompagner la prison perpétuelle pour empêcher la fuite du prisonnier. C'est comme une chaîne qui le lie, parce que la pftson devient son asile , et qu'il Serait plus mal dehors que dedans. Pour rendre la marque manifeste, on doit la pratiquer par des poudres colorées» et non par la brûlure.

Peines ignominieuses.

Minfamie est un des ingrédients les plus salutaires dans la pharmacie pénale;. mais les idées sur cet objet sont bien confuses et les moyens bien imparfaits! D'après les notions des jurisconsultes , il semblerait que l'infamie est une ^hose homogène, indivisible, une quantité absolue ou invariable. Si cela était vrai, l'emploi de cette peine serait presque toujours impolitique et injuste , car on l'applique également à des délits très-inégaux , et même à des délits qui ne devraient point l'entraloer. L'infamie, bien ménagée, est très-susceptible de graduation. Elle est au moral ce qu'est la malpropreté au physique. Il est bien différent d'avoir une tache sur son habit ou d'être couvert de fange.

Tert& d'honneur, autre phrase usitée et non moins trompeuse. Elle renferme deux suppositions fausses , l'une que l'honneur est un bien dont chacun possède une Certaine provision ;^ l'autre, qu'il est entièrement â la disposition de la loi , et qu'elle peut l'ùter à qui bon lui semble. L'expression de (lëshonnenr, qui n'exclut pas , comme celle d'infamie , les degrés mitoyens , serait plus convenable. Le déshonneur est un fardeau dont on peut porter plus ou moins.

V infamie, selon son emploi usité, porte plutôt sut le criminel que sur le crime. C'est ponr ainsi dire un contresens en législation. Si l'infamie portait sur le crime même , son effet serait plus cer^ tain , plus durabfe ei plus efficace. On pourrait la proportionner à la nature de la chose. Mais comment arriver à ce J>ut? 11 faudrait trouver pour chaque e^ce de délit une espèce pariic^lière de déshonneur.

Tout cela ne peut s'exécuter qu'avec un appareil nouveau dans la justice , des inscriptions^ des emblèmes, des habillements, des tableaux particuliers de chaque crime, en un mot , des signes qui parlent

aux yeux , qui frappent l'imagination par les sens, qui forment des associations ineffaçables entre les délits et la honte. C'est ainsi qu'on peut concentrer sur le criminel et sur le crime l'indignation publique, cette indignation qui n'est que trop sujette à se tourner contre les lois et contre les juges. Qu'on ne dédaigne pas d'emprunter du théâtre tes moyens imposants de la représentation. Non , faire marcher les symboles du crime à côté du criminel, ce ne serait pas un vain étalage de puissance, une parodie risible : ce serait une scène instructive, qui annoncerait l'objet moral des peines, et rentrait la justice plus respectable en la moatrant , dans la triste fonction de punir, plus occupée de donnet* une grande leçon que de satisfaire à une vengeance.

I^e pilori, en Angleterre , est de toutes les peines la plus inégale et la plus mal ordonnée. On y abandonne le délinquant au caprice des individus. Comment définir ce bizarre supplice? Tantôt c'est un triomphe, tantôt c'est la mort. Un homme de lettres y fut condapiné , il y a quelques années, pour ce qu'on appelait un libelle, L'échafaud sur lequel il était placé «levini pour lui une espèce de lycée : toute la scène se passa en compliments entre lui et

, les spectateurs. En 1760, un libraire fut mis au pilori pour avoir vendu quelque ouvrage impie ou séditieux : une souscription, ouverte en sa faveur, pendant l'exécution même, lui valut plus de cent guiné^. Quel affront pour la justice ! Plus récemment, un homme condamné â la nième 4)eine , pour un vice crapuleux , fut immolé par la populace sous les yeux de la police , qui ne tenta pas même de le défendre. M. Burke osa s'élever dans la chambre des communes contre un tel abus. u L'homme qui subit une peine , disait-il ^ est sous u la protection des lois , et ne doit pas être aban- « donné aux bêtes féroces. » On approuva l'orateur, mats l'abus est resté : et cependant un simple

' treillis de fer à l'en tour du poteau préviendrait tous ces actes de barbarie.

Peines chroniques.

he% peines chroniques , le bannissement, l'em- *prisonnement , sont propres à beaucoup de délits , mais elles exigent une attention particulière aux circonstances qui influent sur la sensibilité des individus. Le bannissement serait une peine souverainement inégale, si elle était appliquée sans choix. £lle dépand des coudilions et des fortunes. Les uns n'ont aucune raison d'attachement pour leur pays -, les autres seraient au désespoir de quitter leur propriété el leur domicile, ht^ uns ont une famille les autres sont indépendants. Tel perdrait toutes ses

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