DU POUVOIR DE PARDONNER
devient, pour ainsi dire, un bien comparatif, et ion n'examine pas si ce prétendu rennède n'est point un nouveau mal.
Que d'éloges prodigués à la clémence ! On a répété mille fois qu'elle est la première vertu d'un souverain. Sans doute , si le délit n*est qu'une atteinte à son amour-propre , s'il s'agit d'une satire qui tombe sur lui ou sur ses favoris, la modération du [«rince est méritoire , le pardon qu'il accorde est un triomphe remporté sur lui-même : mais ({uand il s'agit d'un délit contre la société , le pardon n'est plus uo acte de clémence , c'est une prévarication réelle.
Dans les cas où la peine ferait plus de mal que de hieo , après des séditions , des conspirations , des désordres publics, le pouvoir de pardonner n'est pas seulement utile , il est nécessaire. Ces cas étant préTiis et indiqués dans un bon système législatif, le pardon qui s'y applique n'est point une violation, c'est une exécution de-la loi. Mais pour ces pardons non motivés, effets de la faveur ou de la facilité du prince, ils accusent les lois et le gouvernement, les lois d'être cruelles envers les individus , ou le goiKernement d'être cruel envers le public. Il faut qne la raison, la' justice, l'humanité, manquent quelque pari : car la raison n'est pas en contradiction avec elle-même ; la justice ne peut pas détruire
i Pour restreindre Tabus de ce pouvoir, il suffirait d*en wumeUre l'exercice à l'obligalioa d'en exposer les molifs. Partout où la peine capitale est en usage, il vaudrait mieux
d'une main ce qu'elle a fait de l'autre ; l'humanité ne peut pas ordonner d'établir des peines pour la protection de l'innocence, et d'ace <>nler des pardons pour l'encouragement du crime.
Le pouvoir de pardonner, dit-on, est la plus noble prérogative de la couronna. Mais cette prérogative ne pèse-t-elle jamais dnns les mains qui l'exercent? Si , au lieu de prociirer au prince un amour plus constant de la part des peuples , elle l'expose aux caprices des jugements, aux clameurs, aux libelles ; s'il ne peut ni céder aux sollicitations sans être soupçonné de faiblesse, ni se montrer ine\orable sans être accusé de dureté , où est donc la splendeur de ce droit si dangereux ? Il me semble qu'un prince humain et juste regrettera souvent d'être exposé à ce combat entre les vertus publiques et privées.
L'homicide au moins doit toujours faire une exception. Celui qui aurait le droit de pardonner ce délit serait maître de la vie de tout le monde *.
Résumons les idées. Si les lois sont trop dures, le pouvoir de faire grâce est un correctif nécessaire; mais ce correctif est encore un mal. Faites de bonnes lois, et ne créez pas une baguette magique qui ait la puissance de les annuler. Si la peine est nécessaire , on ne doit pas la remettre; si elle n'est pas nécessaire, on ne doit pas la prononcer .
conserver le pouvoir de pardonner, même inimi(é,que de le supprimer entièrement.