‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 231 sur 547 · USAGES QU'ON PEUT TIRER DU POUVOIR DE L'INSTRUCTION · texte numérisé non relu

USAGES QU'ON PEUT TIRER DU POUVOIR DE L'INSTRUCTION

de la force du serment dépend du lien moral. L'influence du premier est partielle, celle du second est UDiverselIe. Ce serait donc une grande imprudence que de se servir de Tun et de négliger Tautre.

11 est des cas où le serment est de la plus grande force : ce sont ceux où il opère de concert avec Topinion publique , où il a l'appui de la sanction populaire. 11 est d'autres cas où il n'en a point : ce sont ceux où l'opinion publique agit en sens con- U*aire , ou seulement ne le seconde pas. Tels sont les serments des douanes , et ceux qu'on exige des élèves dans certaines universités.

Il est de l'intérêt du législateur, non moins que d'un chef militaire , de connaître le véritable état des forces qui sont à sa disposition. Éviter de jeter les yeux sur la partie faible , parce que l'aspect de eelte partie faible donne peu de satisfaction , ce serait pusillanimité. Mais si l'on a vu à découvert la faiblesse du lien religieux dans le serment, c'est la huie des professeurs mêmes de la religion. L'abus qu'ils en ont fait en le prodiguant sans mesure a dévoilé le peu d'efficace qu'il a par lui-même , séparé de la sanction de l'honneur.

La puissance du serment s'affaiblit nécessairement quand on le fait porter sur des croyances , sur des opinions. Pourquoi? parce qu'il est impossible de reconnaître le parjure, et que, d'ailleurs, la raison humaine , toujours flottante , toujours soumise à des variations , ne peut pas s'engager pour le futur. Puis-je m'assurer que ma persuasion d'aujourd'hui sera la même dans dix ans? Tous ces serments sont un monopole qu'on a donné aux hommes peu scrupuleux contre ceux qui ont la plus graude sensibilité de conscience.

Les serments s'avilissent quand on les affecte â des puérilités, quand on les emploie dans des occasions où ils seront violés par une sorte de convention universelle, et encore plus quand on les exige pour des cas où la justice et l'humanité font une excuse et pre^ipie im merilu dv. Llul- violation.

L'esprit humain , qui résiâte toujours h h tyrannie, aperçoit confusément que Dieu, par ^eâ perfecUona mêmes , ne saurait ratifier ih^ Uns injustes on frivoles. Kn effet, TLiomme, en împoïiant uu sendenty tondrait pr^^utlrtf une âHlonlè ^nr Dieu même: Thofiime onlotine une pt-îiic, et c'est au juge suprême à l'exéculer, Niez ctlle suppasiLion, bfèrce religieuse du ^eimenl sVvâuauiL

Hest bien étonnant niiVu Augîcterns cliez une U9Ûon d'ailleurs pi uiknle vi rehuitiuse , on ait presque ruiné ce ^vmd mobile par l'usaiTc trivial ' et indécent qu'on eii /ail. -.^ ^ ' • . *

Cour montrer à quel point Thabitude peut dé-

praver les opinions morales, sous certains rapports, je citerai un passage , extrait de lord Kaims , juge de la cour des sessions , en Ecosse, dans un ouvrage sur l'éducation ^.

« Les serments de douane sont à présent comptés « pour rien. Ce n'est pas que le monde devienne « plus immoral , mais c'est que personne n'y attache « plus aucune importance. Les droits sur les vins <( de France sont les mêmes en Ecosse qu'en Angle- « terre. Mais comme nous ne sommes pas assez « riches pour les payer, la permission tacite de « payer pour les vins de France le droit fixé pour (( les vins d'Espagne, s'est trouvée plus avanta- * «t geuse au revenu que la rigueur de la loi. Il faut u pourtant prêter le serment que ces vms de France « sont des vins d'Espagne , afin de payer le droit ^ u en conséquence. De tels serments, dans leur (( origine, étaient criminels, parce qu'ils étaient tt une fraude contre le public , mais aujourd'hui <c que le serment n'est plus qu'une affaire de forme, «t et n'implique ni foi donnée ni foi reçue, c'est u une simple manière de parler comme les compli- K ments de civilité banale: Foire très-humble (( serviteur y etc. Et, dans le fait, nous voyons des tt marchands qui vivent de ces serments , et aux- « quels on se confie sans scrupule dans les affaires «c les plus importantes. »

Qui croirait que c'est là le langage d'un moraliste et d'un juge? Les quakers ont élevé la simple parole à la dignité du serment ; — un magistrat dégrade le serment à la simple formule d'une cérémonie ;

— le serment n'implique ni la foi donnée ni la foi reçue. Pourquoi donc le prêter?— pourquoi l'exiger?

— à quoi sert cette farce?— La religion est-elle donc le dernier des objets , — et si on la méprise à ce point, faut-il la payer si cher?— Quelle absurdité que de salarier un clergé à un prix immense pour prêcher la foi du serment, et d'avoir des juges et des législateurs qui se font un jeu de la détruire !

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