‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 232 sur 547 · USAGES QU'ON PEUT TIRER DU POUVOIR DE L*1NSTRUCTI0N · texte numérisé non relu

USAGES QU'ON PEUT TIRER DU POUVOIR DE L*1NSTRUCTI0N

tion , c'est par sa sagesse qu'il étend son empire sur les esprits. Quand il commande, il donne aux sujets un intérêt factice d'obéir ; quand il éclaire, il leur donne un motif intérieur qui ne s'affaiblit point. La meilleure manière d'instruire est de publier simplement des faits, mais quelquefois il convient d'aider le public à former son jugement sur ces mêmes faits.

Quand on voit des mesures du gouvernement , excellentes en elles-mêmes, tomber par l'opposition d'un peuple ignorant, on se sent d'abord irrité contre cette multitude grossière , et rebuté de chercher le bonheur public ; mais quand on vient à réfléchir, quand on observe que celte opposition était facile à prévoir, et que le gouvernement , dans l'orgueilleuse habitude de l'autorité, n'a fait aucune démarche pour préparer les esprits , pour dissiper les préjugés , pour concilier la confiance , l'indignation doit se transférer du peuple ignorant et trompé , à ses dédaigneux et despotiques conducteurs.

L'expérience a démontré , contre l'attente générale, que les papiers publics étaient un des meilleurs moyens de diriger l'opinion, d'apaiser ses mouvements fiévreux , de faire évanouir les mensonges, les rumeurs artificieuses par lesquels les ennemis de l'État essayent leurs mauvais desseins. Dans ces papiers publics, l'instruction peut descendre du gouvernement au peuple, ou remonter du peuple au gouvernement ; plus il y règne de liberté, plus il peut juger le cours de l'opinion , plus il agit avec certitude.

Pour en sentir toute l'utilité , il faut se reporter au temps où ces papiers publics n'existaient pas , et considérer les scènes d'impostures, soit politiques, soit religieuses, qui se sont jouées avec succès dans les pays où le peuple ne savait pas lire. Le dernier de ces grands imposteurs à manteau royal a été Pugatchelf. Aurait-il pu , de nos jours , soutenir ce personnage en France ou en Angleterre? La fourbe n'aurait-elle pas été dévoilée aussitôt qu'annoncée? Ce sont des crimes <iu'on ne lente pas même chez des nations éclairées, et la facilité de vérifier les impostures les empêche de naître.

Il est bien d'autres pièges dont le gouvernement pourrait garantir le peuple par des instructions publiques. Combien de fraudes pratiquées dans le commerce, dans les arts, dans le prix ou la nature des denrées , qu'il serait aisé de faire cesser en les dévoilant ! Combien de remèdes dangentiyc ou plutôt de véritables poisons débités avec impudence par des empiriques, comme des secrets merveîlleux , et dont il serait aisé de désabuser les esprits les plus- crédules en faisant connaître leur composition ! Combien d'opinions malfaisantes, d'erreurs

funestes ou absurdes , qu'on pourrait arrêter à leur naissance , en éclairant le public ! Lorsque la folie du magnétisme animal , après avoir séduit les sociétés oisives de Paris , commençait à se répandre dans toute l'Europe, un rapport de PAcadémie des sciences, par la seule force de la vérité, fit retomber Mesmer dans la foule méprisable des charlatans, et ne lui lafssa d'autres disciples que des sots incurables dont l'admiration acheva de le décrier. Voulez-vous guérir un peuple ignorant et superstitieux , envoyez dans les villes et dans les campagnes, en qualité de missionnaires, des jongleurs, des faiseurs de prodiges , qui commencent par étonner le peuple , en produisant les plus singuliers phénomènes, et qui finissent par l'éclairer. Plus on connaîtra la magie naturelle, moins on sera la dupe des magiciens. Je voudrais avec quelques précautions que le miracle de saint Janvier fût répété à Naples, dans toutes les places publiques , et qu'on en fit un des jouets de l'enfance.

La principale instruction que le gouvernement doit au peuple est la connaissance des lois. Comment veut'On qu'elles soient obéies si elles ne sont pas connues? Comment peuvent-elles être connues si elles ne sont pas publiées sous les formes les plus simples, de manière que chaque individu puisse trouver par lui-même celle qui doit servir de règle à sa conduite?

Le législateur pourrait influer sur l'opinion publique en faisant composer un corps de morale politique, analogue au corps de droit, et divisé de la même manière, en code général et en code particulier. Les questions les plus délicates , relatives à chaque profession , pourraient être éclaircies. Il ne faudrait pas se borner à de froides leçons ; en y mêlant des traits historiques bien choisis , on en ferait un manuel d'amusement pour tous les âges.

Composer de tels codes moraux ce serait dicter, pour ainsi dire, les jugements que doit prononcer l'opinion pll!>IÎ(|^f^ sur les diverses questions de politiques ik- niuraïe. On pourrail, dans le même esprit, aJoiiUr à ct^n cmles moraux un recueil des préjugés p(»pulairt's, avtfc les considérations qui doivent leur servir d'îmtîficile,

Si la piiL.%!î»ucc Ëtouvérarne s'tst jamais montrée .^ux homiTic^ avec digrnilr , c'est dans ces Instf^ziclions qui tuiTUt piiltlîccs pnr Calhiirine H ponr un code de bis. Qit'on veuitii: un moment considérer cet exem|ilc nnîcfiie, et le séparer du souvenir d'un règnr anilniieux. Il est irnjiossible de voir sans admiraligii vme ïtmme dt-^crnJri; ilu char de la victoire pbur civiljser tant de peuples à demi barbares, et leur pr^senJU»r les plus belles maximes de la philpsopnie, %anctio£hées per Ua^ouchecnent du' sceptre royal. $iipér||cure à 1» vanité de composer

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