‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 239 sur 547 · Liberté de la presse · texte numérisé non relu

Liberté de la presse

écoutez tous les conseils , vous pouvez vous en trouver mieux , et vous ne risquez pas d*en être plus mal. Voilà ce que dit le simple bon sens. Établir la liberté de la presse , c'est admettre les conseils de tout le monde. Il est vrai que, dans plusieurs occasions, le jugement public n'est pas écouté avant qu'on ait arrêté une mesure, mais après qu'elle est exécutée. Cependant ce jugement peut toujours avoir son utilité , soit par rapport aux mesures dé législation qu'on peut réformer, soit par rapport à celles d'administration qui peuvent se réitérer. Le meilleur avis donné en particulier au ministre peut être perdu ; mais un bon avis donné au public , s'il ne sert pas à l'un , peut servir à l'autre ; s'il ne sert pas aujourd'hui, il peut servir dans la suite; s'il n'est pas offert sous une forme convenable , il peut recevoir d'une autre main les ornements qui le feront goûter. L'instruction est une semence qu'il fiaut pour ainsi dire essayer dans une grande diversité de terrains , et cultiver avec patience , parce que ses fruits sont souvent tardifs.

Cette mesure est bien préférable à celle des pétitions pour émanciper le souverain. — Quel que soit son discernement dan» le choix de ses ministres , il n'a pu les prendre que sur un petit nombre de candidats que les hasards de la naissance ou de la fortune lui ont présentés. H peut donc penser raisonnablement qu'il y a d'autres hommes plus éclairés qu'eux ; et plus il étend sa faculté de connaître et d'entendre, plus il augmente son pouvoir et sa liberté.

Mais dans la manière de donner ces avis , Il peut se mêler de Finsolence et de l'humeur : au lieu de se borner à l'examen des mesures , on portera la critique sur les personnes. Et en eCFei, quelle adresse ne faudrait-il pas polfertenir ces deux opérations mn séparées? Comment peut -on cgasurer une mesure sans attaquer jusqu'à un certain point le jittment ou la probité de son auteur?.yoilà l'écueil : V(mà ce qui fait que la liberté de la presse est aussi raltque ses avantages sont manifestas. Elle a contre elle toutes les craintes de l'amour-propre. Cepen-

dant Joseph H, Jrédérfc lU ovaîent eu h magnanimité de l'établir. Elle existe en Suède; elle CMste en Angleterre; elle peut exister p.irLout i*vtx de* modifications qui en prf- viennent les [Ans gt^né^ abus.

Si d'après les habitudes du gouvernemeut, oit par des circonstances pariiculièresH, te ^ouver^in m pouvait pas permettre IVxamen des actes craJmînistration, il devrait au minus permettre IVxameu des lois. Qu'il prenne pour lui le privilège lîe rinfaiTlibillté, il n'a pas besoin de rêteiulre a ses priutécesseurs. S'il est jaloux du pouvoir .111 [ïrèuic jusqu'à faire respecter tout ce (]ui a eu rattouchetuent du sceptre royal , il peut livrer â ta discussion tout en qui n'est que science, principe de droit, procédujr^^ administration sut)alteriK%

Si la liberté de la presse peut avoir des inconvénients pour des brochures , des feuilles qui se répandent dans le public , et s'adre&tyent â la partie ignorante d'une nation aussi bien qu*â la partie éclairée, la même raison ne pourrait pas s'appliquer à des ouvrages sérieux et de longue haleine, à d^s livres qui ne peuvent avoir qu'une certaine classe détecteurs, et qui, ne pouvant produire aucun effet immédiat, laissent toujours le temp^de préparer l'antidote.

Sous l'aneien régime français , il suffisait qu'un livre de science morale fiU imprimé à Paris pour inspirer une prévention-défavorable. Les Instructions de l'impératrice de Russie pour l'assemblée de ses députés, furent prohibées en France. Le style Q| les sentiments de cet écrit parurent trop populaires pour être tolérés dans la monarchie française.

11 est vrai qu'en France, eomme ailleurs, la négligence et l'inconséquence palliaient les maux du despotisme. Un titre étranger servait de passe-port au génie. La rigueur de la censuce n'aboutissait qu'à transporter le commerce des livres à d'autres natiens , et à rendre plus amère la satire qu'elle était destinée â supprjoier.

9. Publier les raisons et les faits qui serTent de hase aux lois et autres actes d« l'adrainistration.

C'est no anneau nécessaire dUns la chaîne d'une politique généreuse et magnanime , et un accompagnement indispensable de la liberté de la pressç. Vous devez l'une de ces inalitutions au peuple, vous vous devez l'autre à vous-même. Si le gouvernement dédaigne d'informer la nation de ses motifs dans des occasions importantes, il annonce pa^là qu'il veut tout devoir à la force, et qu'il compte pour rien l'opinion des sujets.

Le partisan du pouvoir arbitraire ne pense point ainsi. 11 ne veut pas qu'on éclaire le peuple, et il

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PRÉCAUTIONS GÉNÉRALES CONTRE LES ABUS D AUTORITÉ

le méifrisL^ parce qu'il n'est pas éclairé. Vous rrèles pas cipabies 4l>) juger, dit-il, parce que vous êtes dsris rignonitice, et on vous tiendra dans Tignoraûtfc, afin ipie vous ne soyez pas capables de Juger. Voilfi It? cercle éternel dans lequel il se retranche, QikIJe est la conséquence (fc cette politique vulg;nre? Vu mécontentement général se forme et s^augmenle peu à peu , fondé quelquefois sur des imputations fausses et exagérées, qui s'accréditent par le défaut de discussion et d'examen. Un ministre se plaint de l'injustice du public , sans penser qu'il ne lui a pas donné les moyens d'être juste, et que les fausses interprétations de sa conduite sont une conséquence nécessaire des mystères dont elle est couverte. 11 n'y a que deux manières d'agir avec les hommes, si l'on veut être systématique et conséquent : clandestinité absolue ou franchise entière. Exclure complètement le peuple de la connaissance des affairr.^ ou Ja lui dontu r au^jii grande que possible, !'( iiïjitkbiT de former aucun jugement ou le mettre en eut de former le jiig^emf at le plus éclairé, le traiter tu eefcit]! ou Je traiter eo homme,' voilà 1(8 deux pi a lis t ulic ]ejiqtJi.^ls il faut opter.

Le pn-mirr du ces plans a clc suivi par les prêtres dans i'aicienne Egypte , par les brames dans l'Indostan , par les jésuites dans le Paraguay : le seeond est établi par le fait en Angleterre ; il n'est établi sur la loi que dans les États-Unis d'Amérifua. La plupart des gouvernement^ européens flottent sans cesse entre l'un ou l'autre, sans avoir le courage de s'attacher exclusivement à l'un des deux, et ne cessent de se mettre en contradiction avec euxmêmes , par le désir d'avoir des sujets industrieux et éclairés, et par la crainte d'encourager un esprit d'examen et de discussion.

4 Dans la plupart des branches d'administration , il serait inutile , il pourrait être dangereux de publier d'avance les raisons qui déterminent les mesures. Il faut seulement distinguer les cas où l'on a besoin d'éclairer l'opinion publique pour empêcher qu'elle ne s'égare; mais en mattèie de législation, ce principe est toujours applicable. On peut poser en règle générale , qu'on ne doit jamais faire de loi sans une raison , soit expressément assignée , soit tacitement entendue. Car qu'est-ce qu'une bonne loi, si ci n'est une Idî pour laquelle on peut donner de bonnes raisons? II faut bien toujours qu'il y ait une raison* bonne ou mauvaise pour la faire, puisqu'il n'y a point d'effet sans cause ; mais obligez un ministre à donner ses raisons, et il aura honte de n'en avoir pas de bonnes à donner; il aura honte de vous offrir tle la fausse monnaie quand il sera tenu de

1 Ceci no s^étend pas à des circonstances extraordinaires, semblables à celles où, en Angleterre, on snspend

mettre â côté une pierre de touche pour la juger. C'est un moyen pour un souverain de régner même après sa mort. Si les raisons de ses lois sont bonnes, il leur donne un appui qu'elles ne peuvent plus perdre. Ses successeurs seront forcés de les maintenir par un sentiment d'honneur. Ainsi plus il aura fait le bonheur tie son peuple, plus il assure le bonheur de sa postérité.

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