‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 242 sur 547 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

SUR UN NOUVEAU PRINCIPE POUR CONSTRUIRE DES MAISONS D'INSPECTION, ET NOTAMMENT DES MAISONS DE FORCE.

ÉTABLISSEMENT PROPOSÉ POUR GARDER DES PRISONNIERS AVEC PLUS DE SÛRETÉ ET d'ÉGONOMIE, ET POUR OPÉRER EN MÊME TEMPS LEUR RÉFORMATION MORALE, AVEC DES MOYENS NOUVEAUX DE s'aSSURER DE LEUR BONNE CONDUITE 9 ET DE POURVOIR A LEUR SUBSISTANCE APRÈS LEUR ÉLARGISSEMENT.

Si Ton trouvait un moyen de se rendre maître de tout ce qui peut arriver à un certain nombre d^hommes , de disposer tout ce qui les environne , de manière à opérer sur eux l'impression que l'on veut produire, de s'assurer de leurs actions, de leurs liaisons , de toutes les circonstances de leur Tie« en sorte que rien ne pikt échapper ni contrarier reffet désiré , on ne peut pas douter qu'un moyen de cette espèce ne fût un instrument très-énergique et Irès-nUle que les gouvernements pourraient appliquer à différents objets de la plus haute importance.

L'éducation, par exemple, n'est que le résultat de toutes les circonstances auxquelles un enfant est esposél Veiller à l'éducation d'un homme, c'est veiller à toutes ses actions , c'est le placer dans une position où on puisse influer sur lui comme ot| le veut^ par \^ c^oix des objeU dont on l'entoure et <ks lâées qu'on lui fait naître.

Mais comment un hoitiifie seOl peut-il suffire à veiller parfaitement is^r un grand nombre d'indi- 4|Alis? Comment ni||lDe un grand noml^e d'individus pourraietfl-iU vdlQ^ parfaitement sur un seul? Si l'oiMidiiift, cofdme il le faiiti>ien , une succession de pers<Miîies qul^ se/ela|ent » &n'y a plus

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d'unité dans leurs instructions, ni de suite dans leurs méthodes*

On conviendra donc facilement qu'une idée aussi utile que neuve serait celle qui donnerait ^ un seul homme un pouvoir de surveitlanee qui , jusqif â présent , a surpassé les forces réunies d'un grand nombrcp

C'est là le problème i[ue croit avoir résolu M, Beuiham, par rapplleation soutenue d'un principe bien stmple* — De tant d'établissements auxquels ce principe pourrait être appliqué ux^c plus on moins d'avantages , les maisons de force lui .ont paru mériter de fixer d'abord les regards du légîsialeur, tmportanec, variété et difficulté, voilà les raisons fie eelle préférence. Pour fcarre rapplicalion successive du même principe h tous ces autres étaldissenients , on n'aurait qu*a dépouiller cdui~ct de queh|ues*unes des précautions (pî'il exige.

Introduire une reforme eoiu|jlètt' ilang les prisons, s'assurer de la bonne eonduitc actuel le et de i'amendcmrnt dc^ prisonniers, fixer In ssuilé, h propret*^, ronlre, rinduslriednns ces demeures, ' jusqu'à présent inff clées «le corruption morale et physique^ fortifier la sécurité ]iubUque cnilîmimiant la dépense au tien de raugmeuter, et tout cela prrr

PANOPTIQUE, OU MAISON D'INSPECTION CENTRALE

vne simple idée d'architecture , tel esl Tobjet de son ouTrage.

L'extrait que nous allons soumettre à vos lumières est tiré de Foriginal anglais qui n'a point encore été rendu public , et suffira pour faire juger de la nature et de l'efficacité des moyens qu'on y emploie.

Que doit être une pVison? Un séjour où Ton prive de leur liberté des individus qui en ont abusé, pour prévenir de nouveaux crimes de leur part, et pour en détourner les autres par la terreur de l'exemple. C'est de plus une maison de correction où l'on doit se proposer de réformer les mœurs des personnes détenues , afin que leur retour à la liberté ne soit un malheur ni pour la société ni pour elles-mêmes.

Les plus grandes rigueurs des prisons, les fers, les cachots, ne sont employés que pour s'assurer des prisonniers. Quant à la réformalion , on l'a généralement négligée, soit par une indifférence barbare, soit parce qu'on a désespéré d'y réussir. Quelques essais en ce genre n'ont pas été heureux. Quelques projets ont été abandonnés parce qu'ils demandaient des avances considérables. Les prisons, jusqu'à présent, ont été un séjour infect et horrible , école de tous les crimes et entassement de toutes les misères, que Ton ne pouvait visiter qu'en tremblant , parce qu'un acte d'humanité était quelquefois puni par la mort , et dont les iniquités seraient encore consommées dans un profond mystère, si le généreux Howard, qui est mort en martyr après avoir vécu en apôtre , n'avait réveillé l'attention publique sur le sort de ces malheureux, dévoués à tous les genres de corruption par l'insouciance des gouvernements.

Comment établir un nouvel ordre de choses? Comment s'assurer, en l'établissant, qu'il ne dégénérera pas?

Vifispection : voilà le principe unique , et pour établir l'ordre et pour le conserver ; mais une inspection d'un genre nouveau , qui frappe Timagination plutôt que les sens, qui mette des centaines d'hommes dans la dépendance d'un seul , en donnant à ce seul homme une sorte de présence universelle dans l'enceinte de son domaine.

' m ConstiLicUon du paooiUMiiie.

Une iT^atson de pénitence . sur le plan que Von vous propose , seroit un b^timt-nt eirculaîre ; ou plutôt, ce seraient deux bj^Umetits embolies Tu n dans rentre* Les appartements des prisonniers formeraient le biïttnieut de la circonférence sur une hauteur de six ëtaiji's : on \wui se les représenter comme di:$ cellules ouvertes ilii côté inlérn^iirj parce qu*un grillage de fer peu massîl^ les ej^pose en entier à la vue. Une galerie à chaque étage élablit

la communication ; chaque cellule a une porte qui s'ouvre sur cette galerie. •

Une tour occupe le centre : c'est l'habitation des inspecteurs; mais la tour n'est divisée qu'en trois étages , parce qu'ils sont disposés de manière que chacun domine en plein deux étages de cellules. La tour d'inspection est aussi environnée d'une galerie couverte d'une jalousie transparente, qui permet aux regards de l'inspecteur de plonger dans les cellules , et qui l'empêche d'être vu ; en sorte que d'un coup d'oeil il voit le tiers de ses prisonniers, et qu'en se mouvant dans un petit espace , il peut les voir tous dans une minute. Mais, fût-il absent, Topinion de sa présence est aussi efficace que sa présence même.

Des tubes de fer-blanc correspondent depuis la tour d'inspection centrale à chaque cellule; en sorte que l'inspecteur, sans aucun effort de voix , sans se déplacer, peut avertir les prisonniers, diriger leurs travaux , et leur faire sentir sa surveillance. Entre la tour et les cellules , il doit y avoir un espace vide , un puits annulaire qui 6te aux prisonniers tout moyen de faire des entreprises contre les inspecteurs.

L'ensemble de cet édifice est comme une ruche dont chaque cellule est visible d'un point central. L'inspecteur, invisible lui-même, règne comme un esprit ; mais cet esprit peut au besoin donner immédiatement la preuve d*une présence réelle.

Cette maison de pénitence serait appelée Panoptique, pour exprimer d'un seul mot son avantage essentiel , la faculté de voir d'un coup (Tœiltoul ce qui s'y passe.

Avantages essentiels du panopUqiie.

L'avantage fondamental du panoptique est si évident, qu'on est en danger de l'obscurcir en voulant le prouver. Être incessamment sous les yeux d'un inspecteur, c'est perdre, en effet, la puissance de faire le mal , et presque la pensée de le vouloir.

Un des grands avantages collatéraux de ce plan, c'est de mettre les sous-inspecteurs, les subalternes de tout genre , sous la même inspection que les prisonniers : il ne peut rien se passer entre eux qui ne soit vu par l'inspecteur en chef. Dans les prisons ordinaires, un prisonnier vexé par ses gardiens n'a aucun moyen d'en appeler à l'humanité de ses supérieurs ; s'il est négligé, nu opprimé, il faut qu'il souffre; mais^, dans le panoptique, l'œil du maître est partout ; il ne peut y avoir de tyrannie subaN terne , de vexations .«ecrètes. Les prisonniers ,^le leur côté, ne peuvent point insulter ni offenser les gardiens. LesfauUs réciproques sont prévenues, et,

'Il

PANOPTIQUK, OU MAISON D'INSPECTION CENTRALE

dans la même proportion, les châtîmonts deviennent rare^.

L'administration de la justice intérieure est susceptible , dans cet établissement , d'une perfection sans ext-mple. Les délits seront connus au moment même où ils prennent naissance. L'accusé , le plaignant, les témoins, les juges , tous sont présents : la procédure , la sentence et l'exécution peuvent avoir lieu, sans précipitation , sans injustice, dans riotervalle de quelques minutes. Les peines peuvent être d'autant moins sévères que leur certitude est plus grande; et cette certitude même rendra les délits bien rares.

Voyez les règlements qui ont élé faits , soit en Angleterre , soit ailleurs , pour les hôpitaux , pour les maisons de travail , et pour les prisons ; règlements qui annoncent des vues d'humanité et de sagesse , et d^s lesquels on voit une intention sincère de prévenir les inconvénients attachés à ces différentes retraites. Vous y voyez partout une inquiétude manifeste , une crainte continuelle que les devoirs ne soient négligés. Les employés doivent aller fréquemment dans les salles ; ils doivent fréquemment recevoir les plaintes. — Le directeur est teDU d'inspecter les individus , d'aller au moment où il n'est pas attendu, de les voir au moins une fois par semaine. Différents gouverneurs sont chargés de visiter, d'interroger, de se faire présenter les habillements, les aliments , d'observer la propreté, la tenue, les heures du travail, etc. Ces règlements, respectables dans leur objet , ne prouvent qu'une tentative infructueuse à beaucoup d'égards pour obtenir, avec de grands efforts et d'énormes dépenses, une très-petite partie des bons résultats qui seraient le produit naturel d'une inspection centrale.

Ce n*est pas tout : le principe panoptique facilite extrêmement le devoir des inspecteurs d'un ordre supérieur, des magistrats, des juges. Dans l'état actuel des prisons , ils ne s'acquittent qu'avec une grande répugnance d'une fonction si contrastante avec la propreté , le goût , l'élégance de la vie ordioaire. Dans les meilleurs plans formés jusqu'à présent, où les prisonniers sont distribués dans un grand nombre d'appartements , il faut qu'un magistral se les fasse ouvrir l'uû après l'autre, qu'il se mette en contact avec chaque habitant, qu'il leur repète les odèmes questions , qu'il passe des journées pourvtJir superficiellement Quelques centaines de prisonnieif : liais , dans le panoptique , il n'est pas bq^ln de lui ouvrir les loges, elles sont toutes oo vertes sous ses yeux.

Une cause de répugnance bien natitfielle pour la

?isite desj)risons, c'est Finfection, la fétidité de

'. ces demAres ; eo sorte que plus il serait nécessaire.

de les visiter, plus on les fuit ; plus elles sont funestes à leurs habitants , moins il y a pour eux d'espérance d'obtenir du soulagement : au lieu que, da<is une maison de pénitence construite sur ce principe, il n'y a plus ni dégoût ni danger. D*où pourrait naître l'infection? Comment pourrait-elle durer? On verra, dans la suite, qu*on peut y établir une propreté aussi grande que dans les vaisseaux 4)1 capitaine Cook ou dans les maisons hollandaises.

Observez encore que , dans les autres prisons, la visite d'un magistrat fût-elle inattendue j fût-il aussi prompt que possible dans ses mouvements, on a toujours le loisir de dissimuler le véritable état des choses. Pendant qu'il examii» une partie , on arrange l'autre; on a le temps de prévenir, de menacer les prisonniers et de leur dicter les réponses qu'ils doivent faire. Dans le panoptique , au moment où un magistrat fait son entrée , la scène entière est déployée à ses regards.

Il y aura, d'ailleurs, des curieux , des voyageurs , des amis ou des parents des prisonniers , des connaissances de l'inspecteur et des autres officiers de la prison^ qui, tous animés de motifs différents, viendront ajouter à la force du principe salutaire de l'inspection , et surveilleront les Chefs , comme les chefs surveillent tous leurs subalternes. Ce grand comité du public perfectionnera tous les établissements qui seront soumis à sa vigilance et à sa pénétration.

Détails sur le panoptique.

L'ouvrage anglais entre dans tous les détails nécessaires pour la construction du panoptique. L'auteur s'est livré à des recherches infinies sur tous les degrés de perfectionnement qu'on pouvait Sonner à un édifice de ce genre. Il a consulté des architectes ; il a profilé de toutes les expériences des hôpitaux ; il n'a rien négligé pour adapter à son plan les inventions les plus récentes, indépendamment de ce que l'unité du panoptique et sa forme particulière ont donné lieu à des développements tout nouveaux de plusieurs principes d'architecture et d'économie. Mais cette partie de l'ouvrage, qui forme un volume , n'est pas susceptible d'un extrait suivi. Ce n'est point sur ces détails qu'on doit juger le plan du panoptique. Si l'on approuve le principe fondamental , on sera bientôt d'accord sur les moyens d'exécution.

Nous tirerons pourtant de ce volume quelques observations détachées qui aident à sentir toute l'utilité qu'on peut retirer de ce nouveau système.

Le premier objet est la sécurité du bâtiment coiltre les entreprises intérieures et contre les attaques

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hostiles du dehors. La sécurité du dedans est parfaitement établie, soit pat le principe même de l'inspection , soit par la forme des cellules , soit par Tisolement de la tour des inspecteurs, soit par rétrécissement des passages, et mille précautions absolument nouvelles qui doivent 6ter aux prisonniers la pensée même d'une révolte et d'un projet d'évasion. On ne forme point de desseins quand on ▼oit l'impossibilité de les exécuter; les hommes se rangent naturellement à leur situation, et une soumission forcée amène peu à peu une obéissance machinale.

La sécurité du dehors est établie par un genre' de fortification qui donne à cette place toute la force qu'elle doit avoir contre une insurrection momentanée , contre un mouvement populaire , sans en faire une forteresse dangereuse : elle peut résister à tout, excepté au canon. Les détails sont si nombreux qu'il faut nécessairement renvoyer à l'ouvrage original ; mais on doit remarquer ici une idée nouvelle. En face de l'entrée du panoptique , il y aura , dans la longueur du grand chemin, un mur de protection pour servir d'abri â tous ceux qui , dans un moment où la prison serait attaquée, voudraient passer sans se mêler de celte hostilité; en sorte qu'on ne risquerait plus, en défendant la maison, de faire un carnage inconsidéré , de punir l'innocent avec le coupable , parce qu'il n'y aurait que des malintentionnés qui franchiraient l'avenue séparée du public par ce mur de protection.

Au reste, on répète que cette prison ne sera jamais attaquée , précisément parce qu'on ne peut pas espérer de réussir dans l'attaque. L'humanité ▼eut qu'on prévienne ces attentats en les rendant impraticables. La cruauté est unie â l'imprudence quand on fait les instruments de la justice assez faibles en apparence pour inviter les destructeurs à une audace criminelle.

Le plan de la chapelle ne peut être bien saisi que par une longue description. Il suffit de dire ici que la tour même des inspecteurs, subissant, le dimanche , une métamorphose par l'ouverture des galeries, devient une chapelle où le public est reçu, et que les prisonniers , sans sortir de leurs cellules, sont à portée de voir et d'entendre le prêtre qui officie.

L'auteur répond à une objection qu'on lui a i^ite : c'est qu'en exposant alors les prisonniers aux regards de tout le monde , on les endurcirait à la honte , et qu'ainsi l'on nuirait au but de la réformation morale.

Celte objection peut n'être pas aussi forte qu'elle le parait d'abord, parce que l'attention des spectateurs, divisée'^ntre tous les prisonniers, ne s'attacli^ individuellement sur aucun , et que ceux-ci, renfeynés dgù$ leur^ cellules, à une certaine dis^

tance , songert>nt plus au spectacle qu'ils auront sous les yeux, qu'à celui dont ils seront eux-mêmes les objets. Mais, d'ailleurs, rien n'est plus facile que de leur donner un masque. Le crime abstrait ?era exposé à la honte, tandis que le criminel sera épargné. Par rap|)ort aux prisonniers , l'humiliation n'aura plus sa pointe déchirante; par rapport aux spectateurs, l'impression d'un tel spectacle sera plutôt fortifiée qu'affaiblie. Une scène de cette nature , sans lui donner des couleurs trop noires , est telle en elle-même , qu'elle frapperait l'imagination , et qu'elle servirait puissamment au grand objet de l'exemple. Ce serait un théâtre moral dont les représentations imprimeraient la terreur du crime.

Il est bien singulier que la plus horrit»le des institutions présente à cet égard un modèle excellent. L'inquisition , avec ses processions solennelles , ses habits emblématiques, ses décorations effrayantes, avait trouvé le vrai secret d'ébranler l'imagination et de parler à l'âme. Dans un bon comité de lois pénales, le personnage le plus essentiel est celui qui est chargé de combiner l'effet théâtral.

Pour revenir au panoptique^ on ne doit i>as oublier que c'est là la seule occasion oi^Ies prisonniers auront à rencontrer les yeux du public. En tout autre temps, les visiteurs seront invisibles comme les inspecteurs , et ainsi on ne doit pas craindre que les prisonniers s'accoutument à braver les regards , et deviennent insensibles à la honte.

Une chapelle publique est de la plus grande importance dans une maison de pénitence destinée à l'exemple : c'est de plus un moyen infaillible d'assurer l'observation de tous les règlements relatifs â la propreté, à la santé , et à la bonne administratioD du panoptique.

Le choix des matériaux dans la construction est qu'il donne la plus grande sécurité contre le danger d'un incendie : le fer, partout où il peut entrer; point de bois; le plancher des cellules, s'il est de pierre ou de brique, doit être recouvert de plâtre, parce que, n'ayant point d'interstices, il ne recèle ni immondices ni levains de maladies , et que d'ailleurs il est incombustible.

Howard, ne sachant comment se déterminer dans le choix des inconvénients , ne veut point de fenêtres dans les cellules , parce que la perspective de la campagne détourne les prisonniers du travail ; fl ne laisse qu'une ouverture en haut , inaccessible à leur vue , avec un contrevent de bois pour écarter la neige et la pluie. Il ne leur donne point de fen , à cause des dangers auxquels on exposerait là prison, ^t croit pourvoir à la ^iA^nce des saisons par la différence Jjy halMls;

Dans le ^opl^e , on multiplie les fenêtres, ^arce que , avec tant de précautions , on ne craintjpaê

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l'éTasion des prUonniers, et que si même ils s'évadaient sous les yeux de leurs inspecteurs, ils auraient encore à franchir au dehors une foule (robstacles très-puissants, La multiplication des fenêtres n'est pas seulement un soulagement nécessaire à la captivité , c'est encore un moyen de santé et d'industrie , puisqu'il est bien des genres de travaux pour lesquels il faut beaucoup) de lumière, et qu'on est forcé d'abandonner si l'on ne peut pas se soustraire aux ?ariations du temps, que Ton éprouve nécessairement sous une ouverture pratiquée au haut d'une cellule.

Oter à un homme sa liberté, ce n'est point le condamner à soulfrir le froid , ni à respirer un air fétide. Les poêles employés pour réchauffer les prisons auraient plusieurs inconvénients , indiqués dans l'ouvrage anglais; mais l'on peut, avec une dépense médiocre , faire passer dans les cellules des tubes qui soient des conducteurs de chaleur, et qui servent en même temps au renouvellement de l'air. Cette précaution , dictée par l'humanité , est conforme à l'économie, parce que les prisonniers pourront continuer leurs travaux sans interruption.

D'autres tubes peuvent distribuer l'eau dans toutes les cellules. On épargnera beaucoup d'emplois laborieux pour le service domestique, et les prisonniers ne seront pas exposés à soufiFrir par la négligence ou la malice d'un gardien.

Nous terminerons ici l'extrait de ces observations générales sur la construction du panoptique. Il faudrait tout traduire pour montrer que Tattention de l'auteur s'est élendue à une foule d'objets négligés ou impossibles à remplir dans les prisons ordinaires.

Le grand problème est de donner à l'application du principe panoptique le degré de perfection dont elle est susceptible. Pour cela il faut faire en sorte qu'elle puisse s'étendre à chaque individu parmi les prisonniers, à chaque instant de sa vie , et par conséquent à chaque portion de l'espace qui le renferme. Ce problème exige une grande variété de solutions ; et l'auteur les a données toutes. Cette partie concerne principalement les architectes ; mais ce qui est entièrement du ressort dfs législateurs, c'est l'administration intérieure d'une telle maison. C'est le sujet de la seconde partie de ce Mémoire.

SECONDE PARTIE

DE l'ADMLNISTRATION DU PANOPTIQUE.

L*ai}mini8tralioD des maisons de pénilence est un des objets sur lesquels il est le plus difficile de réunir les opinions, parce que chaque homme, selon la différence de ses dispositions, prescrit différentes mesures de sévérité ou d'indulgence. Quelques-uns oublient qu'un prisonnier enfermé pour ses fautes est un être sensible. D*autres ne songent plus que son état est une punition. Les uns voudraient lui ôter tontes les petites jouissances qui peuvent adoucir sa misère , tandis que les autres crient à rinhumanilé sur tous les points de cette discipline pénitentielle.

Je vais poser quelques principes fondamentaux qui , malheureusement, dans l'application , laissent encore un champ trop vaste à Tincertitude et aux opinions contraires, mais qui ont du moins Tavanlage d'éclaircir la question , et de mettre les personnes qui disputent à portée de s'entendre.

Il faut, avant tout, rappeler sommairement les objets qu'on doit se proposer dans toute institution de ce genre. Détourner de l'imitation des crimes par l'exemple de la peine , prévenir les délits des prisonniers pendant leur captivité, maintenir la décence parmi eux , conserver leur santé et la propreté qui en fait partie, empêcher leur évasion, leur ménager des moyens de subsistance pour le temps de leur élargissement , leur donner les instructions nécessaires, les plier à des habitudes vertueuses, les préserver de tout mauvais traitement illégitime , leur procurer le bien-être dont leur état est susceptible sans aller contre le but de la punition , et, enfin, obtenir tout cela par des moyens économiques, par une administration intéressée au succès, par des règles de subordination intérieure qui mettent tous les employés sous la main du chef, et le chef lui-même sous l'œil du public : tels sont les divers objets qu'on doit se proposer dans l'établissement d'une prison.

Tous les plans qu'on a proposés jusqu'à présent sont défectueux par un excès de sévérit4, ou par un excès d'indulgence, ou par une exagération dans les frais qui a tout fait échouer. Les trois règles

suivantes seront d'un grand usage pour éviter ces différentes erreurs.

Règle de douceur.

La condition ordinaire d'un prisonnier condamné à un travail forcé pour un temps long ne doit pas être accompagnée de souffrances corporelles , préjudiciables on dangereuses à sa santé ou à sa vie.

Règle de sévérité.

Sauf les égards dus à la vie, à la santé et au bien-être physique, un prisonnier subissant ce genre de peine pour des délits qui ne sont guère commis que par des individus de la classe la plus pauvre, on ne doit pas rendre sa condition meilleure que celle des individus de cette même classe qui vivent dans un état d'innocence et de liberté.

Règle d'économie.

Sauf ce qui est dû à la vie , à la santé , au bienêtre physique , à l'instruction nécessaire , aux ressources futures des prisonniers, l'économie doit être une considération du premier ordre dans tout ce qui concerne l'administration. On ne doit admettre aucune dépense publique, on ne doit rejeter aucun profit , par des motifs de sévérité ou d'indulgence.

La règle de douceur est fondée sur des raisons de la plus grande force. Les rigueurs qui affectent la vie et la santé des prisonniers , renfermées dans le secret d'une prison, sont à pure perte pour le principal objet des peines légales, qui est l'exemple. D'ailleirrs , comme ces rigueurs se prolongent pendant une longue période, l'emprisonnement devient une peine plus rigoureuse que d'autres peines qui , dans l'intention de la loi , doivent être plus sévères. Ainsi, par un renversement de justice, des hommes moins coupables que d'autres se trouvent condamnés à une plus grande punition. Enfin, comme ces rigueurs abrègent la vie , elles sont équivalentes à

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une peioe capitale , quoiqu'elles n'en portent pas le nom. Si donc le pouvoir exécutif expose la vie des prisonniers par des sévérités que le législateur n'autorise pas , il commet un véritable homicide ; mais si le législateur autorise ces sévérités , il en résulte qu'il ne condamne pas un homme à mort , et que pourtant il le fait mourir, non pas par un supplice d'un instant , mais par un supplice horrible qui dure quelquefois plusieurs années. Il en résulte encore qm ces prisonniers ne sont point punis relativement à Ténormité de leurs offenses , mais relativement à leur force plus ou moins grande, à leurs facultés de résister plus ou moins aux rigueurs de leur traitement.

J^a règle de sévérité n'est pas moins essentielle ; un emprisonnement qui offrirait à des coupables une situation meilleure que leur condition ordinaire dans l'état d'innocence , serait une tentation pour des hommes faibles et malheureux , ou du moins elle n'aurait pas ce caractère de peine qui doit effrayer celui qui est tenté de commettre un crime.

J^ règle iï économie y toujours importante en elle-même, l'est beaucoup plus dans un système où l'on a voulu lever la principale objection qu'on ait fôite contre la réforme des prisons; savoir, l'excessive dépense : il fallait montrer que le système actuel réunissait à tous ces avantages celui d'une économie supérieure.

Mais comment s'assurer de l'économie? Par les mêmes moyens qui la font régner dans un atelier, dans une manufacture. Les établissements publics sont sujets à être négligés ou volés ; les établissements particuliers prospèrent sous la garde de l'intérêt personnel : il faut donc confier à la vigilance de l'intérêt personnel l'économie des maisons de pénitence. Cet article est essentiel, et demande une explication détaillée.

Comparaison des deux modes d^admioistratiou , Tune par contrat» Tautre de coofiaoce.

On ne peut choisir qu'entre deux espèces d'administration : administration par contrat, ou administration de confiance. L'administration par caMrat est celle d'un homme qui traite avec le gouv^nement, qui se charge des prisonniers à tant par tête, et qui applique leur temps et leur industrie à son profit personnel , comme fait un matlre avec ses apprentis. L'administration de confiance est celle d'un seul individu , ou d'un comité , qui soutiennent les frais de l'établissement aux dépens du public, et qui rendent au trésor publie les produits du travail des prisonniers.

Pour se déterminer dans le choix de ces deux

moyens, il suffirait, ce semble, de poser les questions suivantes : De qui doit-on espérer plus de zèle et de vigilance à la tète d'un établissement de cette nature? Est-ce de celui qui a beaucoup d'intéc^ dans son succès, ou de celui qui n'en a que peu? Est-ce de celui qui partage les pei'tes comme les profits, ou de celui qui a les profits sans les pertes? Est-ce de celui dont les gains seront toujours proportionnés à sa bonne conduite, ou de celui qui est toujours sûr du même émolument , soit quil administre bien ou mal ?

L'économie a deux grands ennemis , le />^e«/â/ et la négligence. Une administration de confiance est exposée à l'un et à l'autre; mais une administration par contrat rend la négligence improbable, et le péculat impossible.

On ne dit pas que des administrateurs désintéressés ne rempliraient jamais bien les devoirs de ces places : l'amour du pouvoir, de la nouveauté , de la- réputation. L'esprit public, la bienveillance, sont des motifs qui peuvent nourrir leur zèle , et leur inspirer de la vigilance. Mais l'entrepreneur par contrat ne peut-il pas aussi être animé par ces différents principes ? Le poids d'un nouveau motif détruirait-il l'influence des autres? L'amour du pouvoir est sujet à sommeiller; l'intérêt pécuniaire ne s'endort jamais. L'esprit public se ralentit , la nouveauté s'efface; mais l'intérêt pécuniaire devient plus ardent avec l'âge..

Accordons que les administrateurs désintéressés ne se rendront jamais coupables ni de péculat ni de grossière négligence. Pourront-ils tendre tous les ressorts de Téconomie et du travail au même point qu'un homme intéressé personnellement dans le succès de ses soins-? Bon et mauvais sont des termes de comparaison. Que votre administration vous paraisse florissante et productive, vous ne pouvez pourtant pas savoir quelle épithète elle mérite , jusqu^à ce que vous l'ayez vue dans des mains intéressées: c'est là son vrai critère. Elle peut être bonne en comparaison de ce qu'elle a été , quoiqu'elle soit mauvaise en comparaison de ce qu'elle peut devenir.

Ce n'est pas tout; les adnHuistrateurs désinté-' ressés , c'est-à-dire, n'ayant point, comme l'entrepreneur, les profits de la maison , jouissent cependant d'un salaire , qu'ils fassent leur devoir ou ne le fassent pas. Or un salaire est un très-grand motif pour prendre une place ; mais ce n'en est point un pour en remplir assidûment les fonctions : au contraire , il affaiblit la liaison qui doit exister entre l'intérêt et le devoir. Plus ce salaire est considérable , plus il met un homme au-dessus de sa place , plus il le jette au milieu du monde et des plaisirs, plus il le dégoûte d'une attention qui lui

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parait serrile et minutieuse; et si le salaire est assez grand , le fonctionnaire public cherche d'abord un commis, un député qui fait tout l'ouvrage, en sorte que ce n'est plus ce que vous donnez au chef, mais ce que le chef donne à son subdélégué, qui fait aller le travail. Le salaire même, en proportion de sa grandeur, a une tendance funeste à ne laisser le choix pour les places qu'entre les hommes les plus incapables. Les places richement dotées sont la proie des intrigants accrédités , qui sont , non les courtisans , mais les valets des ministres et de chaque ministre , enfants gâtés de la fortune, dont le mérite est dans leur opulence, pendant que leur titre est dans leurs besoins , et dont l'orgueil est au-dessus de l'application des affaires, autant que leurs talents sont au-dessous.

On trouvera , sans doute, des administrateurs qui vomiront servir sans intérêt , pour l'honneur et le bien public ; mais , quoiqu'ils puissent faire mieux qAe ceux qui auraient un salaire, ils feront moins bien qu'un entrepreneur. Aimer le pouvoir et Tautorité d'une place , ce n'est pas toujours en aimer la fatigue et les embarras ; et même aimer les fonctions pendant qu'elles ont le vernis de la nouveauté, nW pas une caution qu'on les aimera (|uand la nouveauté sera usée. D'ailleurs, où le zèle de Tintérêt n'est pas , il peut toujours manquer beaucoup à l'activité de l'industrie.

Mais la grande objection contre les administrateurs gratuits , c'est (|ue plus un homme est assuré d'obtenir la confiance , moins il fait d'efPorts pour la mériter. La jalousie est l'àme du gouvernement ; la transparence de l'administration, si je puis parler ainsi, est la seule sécurité durable; mais la transparence même ne suffit pas , s'il n'y a pas des observateurs curieux pour tout examiner avec attention. Voyez l'entrepreneur par contrat, chacun l'épie avec une jalouse défiance ; chacun le regarde comme un agent suspect , qu'il faut veiller de près, de peur qu'il ne tyrannise les prisonniers et ne les opprime. Toutes ses fautes seraient exagérées , tous ses torts seraient mis dans le plus grand jour ; mais l'administrateur gratuit, charmé de sa propre générosité , attend de tout le monde une estime presque aveugle , une déférence presque illimitée. Il semble que du haut de ses vertus il dise au public : » Qu'un homme comme lui , qui sert sans «( intérêt, qui méprise l'argent, a droit à la con- «c fiance, aux égards; qu*on l'offenserait par des « soupçons; et que s'il daigne rendre ses comptes, «( c*esl une œuvre surérogatotre qu'il ne doit qu'à •t son honneur. » Le public est du même avis ; et si quelqu'un ose relever les abus, les négligences, les vexations même de cette administration généreuse, il n'y a qu'un cri d'indignation contre lui.

Quant aux inconvénients d'une administration confiée à plusieurs personnes , ils sont connus de tous ceux qui ont un peu d'expérience. La multiplicité des gérants détruit l'unité du plan , cause une fluctuation perpétuelle dans les mesures, amène la discorde ; et, après une lutte longue et pénible entre les associés , le plus fort ou le plus opiniâire demeure maître du champ de bataille. Si le pouvoir est susceptible de partage , les administrateurs s'arrangent pour être absolus chacun dans son département. Comme la nature répare les fautes d'un médecin , un contrat tacite corrige ainsi le vice de la loi dans un comité d'administration.

Après tout cela, le public qui, toujours épris de la vertu et de la générosité en théorie , aimerait mieux perdre cinquante mille livres par négligence, que d'en voir gagner mille à un homme par péculat, ne manquera pas de crier que le plan de mettre les prisonniers entre les mains d'un entrepreneur est un plan inhumain , une usure barUare ; qu'on expose ces malheureux à tous les mauvais traitements qui peuvent résulter de la cupidité de leur maître , intéressé à leur donner une mauvaise nourriture, et à leur imposer un excès de travail. Une comf>araison qui se présente d'elle-même avec l'esclavage des noirs, achèvera le tableau, et jettera la plus grande défaveur sur ce projet.

Avec tout ce beau langage d'humanité, les prisonniers ont été, jusqu'à présent , les plus malheureux des êtres : c'est qu'on se borne à faire des règlements, et que les règlements seront toujours vains, jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen d'identifier l'intérêt des prisonniers et de Itur gouverneur. On ne peut y réussir (jue par une administration par entreprise.

Les devoirs de l'entrepreneur envers les individus confiés à ses soins peuvent être, dans cet établissement, tellement liés à son intérêt , qu'il sera forcé de faire, pour son propre avantage, tout ce qu'il ne serait pas porté à faire pour le leur.

Le principe général est le même pour assurer les devoirs d'humanité que pour assurer ceux d'économie.

Il faut assigner un bénéfice croissant en proportion du bien qu'il aura fait , et le soumettre à une perte en proportion du mal qui aura résulté de l'omission de ses devoirs.

Les assurances sur la vie des hommes sont une belle invention qu'on peut appliiiuer à un grand nombre d'dsages , mais surtout dans le cas où il s'^it de lier l'intérêt d'un homme à la conservation de plusieurs.

Supposons trois cents prisonniers, et que d'après le calcul moyen des âges , en y faisant entrer les circonstances particulières des habitants d'une prison, on suppute , par exemple, qu'il en mourra

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m sur TÎDgt chaque année ; donnez à Tentrepr^neur dii lirres sterling pour tout homme qui doit mourir, c^eit-à-i1ire, dans la supposition actuelle, 150 livres steftng , mais à condition qu*à la fin de l'année il TOUS payera dix livres sterling pour tout individu qu'il aura perdu , soit par la mort , soit par une évasioa.Yous pouvez même doubler cette somme pour avgmenter Tinfluence de son intérêt ; et s'il se trou Te plus riche à la fin de l'année , s'il fait , en quelque sorte , une économie de la vie humaine , quel argeot pouvez-vous moins regretter que celui par lequel tous aurez acheté la conservation et le Lien-èlre de plusieurs hommes ?

Cependant ne vous fiez pas à ce moyen seul , quelle que soit son énergie réelle , fondée sur un intérêt facile à calculer. La pt#6//c//^ est la première des cautions, elle perfectionne tout : c'est le meilleur moyen de mettre en œuvre tous les motifs moraux et toutes les ressources intellectuelles. Or cette prison, bâtie sur le principe panoptique, est comme transparente ; elle accomplit le vœu de ce Tertueux Romain , qui aurait voulu vivre, dans l'intérieur de son domestique , sous les yeux mêmes du public. C'est un spectacle ouvert à tout le monde ; il sufiRt, en quelque manière, d'un coup d'œil pour le voir tout entier. Chacun peut juger par soi-même si Fentrepreneur remplit les conditions de sa place , et il n'a point de faveur à espérer, parce que le public, toujours plus enclin à la pitié qu'à la rigueur, se fera beaucoup plus de mérite d'écouter les plaintes des prisonniers que les raisons de l'entrepreneur.

Pour augmenter la force de cette sanction, il sera tenu de publier tous ses comptes , tous les procédés , tous les détails de son gouvernement , toute l'histoire, en un mot, de sa prison : ce compte sera rendu sous serment , et soumis à un examen contradictoire.

Hais , afin d'écarter tout intérêt pécuniaire qui pourrait l'engager à dissimuler, il faut que sa place lui soit assurée pour sa vie , sous les réserves ordinaires de bonne conduite : car il ne serait jamais ni prudent ni juste de l'obliger à publier tous ses moyens de profit , et à en tirer parti contre lui , soit pour augmenter le prix de sa ferme , soit pour appeler d*au(res concurrents.

Si les termes de ces contrats sont d'abord désa- Tantageux , ils deviendront meilleurs pour le gou- Temement, à mesure que l'intérêt particulier aura perfectionné ces entreprises. Un homme industrieux fera un gain légitime , et l'État en profitera dans tous les marchés subséquents.

Je le répète encore , parce qu'on a besoin d'insister quand on attaque des préjugés publics, et surtout des préjugés respectables. Tout système

d'administration qui est assis sur le désintéressement réel ou présumé, est ruineux dans ses bases. Il peut, dans le principe, avoir un succès momentané, mais il ne sera pas durable. Le motif sur leifuel on doit le plus compter, est eelui dont l'influence est la plus puissante, la plus continue, la plus uniforme et la plus générale. Ce motif est Tintérêt personnel , corrigé par la publicité la plus grande. Après avoir montré combien une administration par contrat promet plus de vigilance et iféconomle que tout autre genre d'administration, je vais entrer dans l'examen des différents objets du gouvernement intérieur de ces asiles de pénitence.

Séparation des texei.

Le moyen qui se présente d'abord pour effectuer cette séparation , c'est d'avoir deux panoptii^ues ; mais la raison d'économie s'y oppose d'autant plus que , dans le nombre total des prisonniers , il n'y a pas un tiers de femmes, et ({u'en faisant deux établissements pour les deux sexes , il y aura comparativement trop peu de sujets pour l'un , et trop pour l'autre, sans qu'on puisse verser le superflu de manière à établir le niveau entre les deux.

On peut voir en détail , dans l'ouvrage anglais, comment on peut sauver cette difficulté dans le panoptiijue , en disposant d'un côté les cellules des hommes, et de l'autre les cellules des femmes, et comment on peut prévenir, par des précautions de structure, d'inspection et de discipline, tout ce qui pourrait alarmer la décence.

Séparation en classes et en compagnies.

La plus grande difficulté jusqu'à présent a été celle de distribuer les prisonniers dans l'intérieur des prisons. Le mode le plus ordinaire, et cependant le plus vicieux à tous égards, c'est de les confondre tous ensemble , de mettre les jeunes avec les vieux , les voleurs avec les assassins , les débiteurs avec les criminels, et de les jeter dans une prison comme dans un cloaque, où ce qui n'est corrompu qu'à demi est bientôt attaqué d'une corruption totale , et où la fétidité de l'air est moins nuisible à leur santé que l'infection morale n*est dangereuse à leur cœur.

On comprend d'abord que le bruit , l'agitation , le tumulte , et toutes les scènes qu'ofl^re sans cesse l'intérieur d'une prison, où les prisonniers sont entassés, ne laissent aucun intervalle o.ù la réflexion puisse travailler, où le repentir puisse germer et fructifter.

Un autre effet non moins frappant d'une telle association , c'est d'endurcir les hommes contre la

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honte. La honte est la crainte du blâme de ceux avec qui nous vivons ; mais le crime peut-il être blâmé parmi des criminels? Qui d'entre eux se condamnera lui-même? Qui ne cherchera pas à se faire des amis plutôt que des ennemis parmi ceux avec lesquHs il est forcé de vivre? Le monde qui nous environne est celui dont Topinion nous sert de règle et de principe. Des hommes séquestrés de cette façon font un public à part ; leur langage et leurs mœurs s'assimilent. Il se fait insensiblement, par un consentement tacite, une loi locale, qui a pour auteurs les plus abandonnés des hommes ; car, dans une telle société, les plus dépravés sont les plus audacieux, et les plus méchants imposent à tous les autres. Ce public, ainsi composé, appelle de la condamnation du public extérieur, et cas«0 sa sentence. Plus ce peuple , enfermé dans celte enceinte, est nombreux, plus les clameurs sont .bruyantes, plus il est aisé de noyer dans le tumulte le faible murmure de la conscience, le souvenir de cette opinion publique , que Ton n*ente'nd plus, et le désir de regagner l'estime des hommes que Ton ne voit plus.

Le mode le plus opposé à celui-là , c'est de confiner les prisonniers dans une solitude absolue, pour les séparer entièrement de la contagion morale , et les livrer à la réflexion et au repentir ; mais le bon et judicieux Hoxvard , qui a accumulé tant d'observations sur les prisonniers, avait bien vu «que la solitude absolue, qui produit d'abord un effet salutaire, perd assez promptement son efficace, et fait tomber un malheureux captif dans le désespoir, la folie ou l'insensibilité. En effet , quel autre résultat peut-on attendre quand on laisse une âme vide, pendant des mois et des années, se tourmenter elle-même? C'est donc une pénitence qui peut être ulile pendant quelques jours pour dompter un esprit de rébellion ; mais il ne faut pas la prolonger. Le quinquina et l'antimoine ne doivent pas être employés comme des aliments ordinaires.

La soUtude absolue , si contraire à la justice et à l'humanité , quand on en fait iin état permanent, est encore heureusement combattue par les plus grandes raisons d'économie ; elle exige une dépense énorme en bâtiments , elle double les frais pour éclairer, conserver la propreté, renouveler l'air; elle resserre le choix des travaux , en limitant trop l'étendue des cellules , en excluant les professions qui exigent la réunion de deux ou trois ouvriers. Elle nuit encore à l'industrie , soit parce qu'il n'y a plus moyen de donner des apprentis à des ouvriers expérimentés, soit parce que l'abattement de la solitude détruit l'activité et l'émulation , qui se développent dans un travail fait en compagnie.

Le troisième système consiste à agrandir les cel-

lules , à leur donner assez de capacité pour recevoir deux , trois et quatre prisonniers , et même un plus grand nombre, en les assortissant , comme je le dirai bientôt , de la manière la plus convenable pour les caractères et les âges.

La construction même du panoptique donne tant de sécurités contre les révoltes et les complots entre les prisonniers , qu'on ne doit pas craindre leur réunion en petites compagnies, parce qu'il n'y a rien pour favoriser leur évasion, et qu'il y a beaucoup de moyens combinés pour la rendre impossible.

Og dira plutôt que celte société ne sera qu'une école de crimes , où les moins pervers seront perfectionnés dans Tart de la scélératesse , par ceux qui en ont une longue expérience.

On peut prévenir cet inconvénient en distinguant les prisonniers en différentes classes suivant leur âge , le degré de leur crime , la perversité qu'ils monirent , leur application , et les marques de leur repentir. L'inspecteur doit êlre peu intelligent et bien inattenlif , s'il ne connaît pas en peu de temps le caractère de ses prisonniers, assez du moins pour les assortir de manière qu'il résulte de leur société un frein mutuel, un motif de subordination et d'industrie.

Il ne faut pas s'en laisser imposer par les mots. Tous ceux qui sont enfermés sont coupables; ils ne sont pas tous pervertis. Le libertinage , par exemple , n'est pas la même chose que la violence: ceux dont les offenses consistent dans des actes d'une timide iniquité, comme les vokurs et les filous , sont plus à redouter en qualité de corrupteurs et de donneurs de leçons , qu'en qualité d'hommes dangereux pour la sûreté de la prison et l'audace de leurs entreprises. Ceux qui se sont abandonnés une fois au crime par la tentation de la pauvreté et de l'exemple, sont bien faciles à distinguer des scélérats endurcis, LHvrognerie , source d'un si grand nombre de délits , ne peut pas êlre enseignée dans une maison de pénitence où il n'y a aucun moyen de s'enivrer. Indépendamment de ces différences essentielles , on reconnaîtra bientôt ceux qui ont une disposition plus marquée à se réformer, à contracter de nouvelles habitudes, et toutes ces observations serviront à former les assortiments des cellules et les compagnies de prisonniers.

Après cette précaution foadpmentale , qu'a-t-on à craindre? Le libertinage /Mais le principe de l'inspection le rend impossible. Les emportements, les querelles ? Mais l'œil qui voit tout en aperçoit les premiers mouvements , et sépare d'abord les caractères inconciliables. Le corrupteur dira-t-il qu'il n'y a point de danger dans le crime? La preuve du contraire est dans la situaiion même. Fera-t-il

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une peinture atlrayante de ses plaisirs ? Mais ce plaisir est éteint , la punition qui est comme sortie de ses cendres est présente à la pensée par le sou- Tenir du passé , par la souffrance actuelle , par la perspective de Tavenir. Dira-t-il qu^il n'y a point de honte dans le crime ? Mais ils sont plongés dans rbumîliation, et chacun n'a que deux ou trois compagnons pour appui.

Un sujeL^ de conversation plus naturel et plus consolant se présente à eux : l'amélioration de leur état présent et futur. Comment s'y prendront-ils pour tirer plus de parti de leur ouvrage ? Que feront-ils de ce qu'ils gagnent à présent qu'ils ne peuvent que travailler, et que toute dissipation est impossible? Quel usage feront-ils de leur liberté quand leur terme sera fini , et à quoi pourront-ils appliquer leur industrie ? Ceux qui auront accumulé des profits, donneront de l'émulation aux autres. Comme c'est l'intérêt du moment qui les atait fait tomber dans le crime , l'intérêt du moment les ramène à une bonne conduite. Une réformalion mutuelle est du moins aussi probable qu'une corruption progressive.

Les petites associations sont favorables à l'amitié qui est la sœur des vertus. Un attachement durable et honnête sera souvent le fruit d'une société si intime et si longue.

Chaque cellule est une tie : les habitants sont des matelots infortunés; jetés dans cette terre isolée par un naufrage commun , ils sont redevables l'un à Tautre de tous les plaisirs que peut donner la société ; adoucissement nécessaire, sans lequel leur condition, qui n'est que triste, deviendrait affreuse.

S'il y a parmi eux des hommes violents et colères, oo les livre à la solitude absolue, jusqu'à ce qu'ils soient apprivoisés. On les prive de la société pour leur apprendre à en connaître la valeur.

Voilà donc un fonds de liaisons qu'on leur prépare pour le temps où on les rendra au monde. On prévient ainsi l'un des plus grands inconvénients qui accompagnent les emprisonnements dans les maisons de pénitence ; car le malheur de n'avoir plus d'amis dans leur état de liberté les replonge presque toujours dans les excès de leur première ▼ie. Mais, en quittant l'école de l'adversité, ils seront Pun à l'autre comme d'anciens camarades qui ont fait ensemble leurs classes.

En admettant fa distribution j^s prisonniers par petites compagnies formées d'après des convenances morales , il faut prendre garde à ne jamais se départir de ce pr^cipe, et à ne permettre en aucune occasion une société générale et confuse qui pourrait détruire tout le bien qu'on aurait fait. L'ouvrage anglais renferme de grands détails sur un plan pour faire promener les prisonniers, sans rompre les

divisions par compagnies ; mais ce plan n'est qu'un accessoire au projet , puisqu'il ne serait nécessaire que dans le cas où leurs travaux ne leur donneraient pas assez d'exercice.

Des travaux.

Passons à l'emploi du temps , objet d'une importance infinie , soit par des raisons d'économie , soit par des principes de justice et d'humanité, pour adoucir le sort actuel des malheureux , et pour leur préparer les moyens de vivre honnêtement du fruit de leur travail.

Il n'y a nulle raison de prescrire à l'entrepreneur l'espèce de travaux auxquels il doit occuper ses prisonniers , parce que son intérêt lui découvrira bien quels sont les plus lucratifs. Si le législateur se met à réglementer, il se trompera toujours : s'il ordonne des travaux peu profitables , ses règlements sont pernicieux; s'il ordonne les travaux les plus avantageux, ses règlements sont superflus; mais les travaux avantageux celte année ne le seront plus peut-être l'année prochaine : rien n'est plus absurde que de régler par des lois l'industrie qui varie sans cesse, et l'intérêt qui épie essentiellement les besoins.

Une faute qu'on doit relever , parce qu'elle est commune , c'est d'imaginer que l'on doit condamner les prisonniers à de certains travaux rudes et pénibles, souvent à pure perte, uniquement pour les fatiguer. Howard parle d'un geÂIier qui avait entassé des pierres à une extrémité de la cour de la prison , et qui ordonnait aux prisonniers de les transporter à l'autre extrémité; puis, il fallait les reporter à leur première place, et ainsi de suite. Quand on lui demanda l'objet de cette belle industrie , il répondit que c'était pour faire enrager tous ces drôles.

C'est une imprudence bien fuueste que de rendre le travail odieux , d'en faire un épouvantail pour les criminels , et de lui imprimer une espèce de flétrissure. L'effroi d'une prison ne doit point porter sur l'idée du travail , mais sur la sévérité de la discipline, sur un uniforme humiliant , sur une nourriture grossière, sur la perte de la liberté. L'occupation , au lieu d'être le fléau du prisonnier, doit lui être accordée comme sa consolation et son plaisir. Elle est douce en elle-même en comparaison d'une oisiveté forcée, et son produit lui donnera une double saveur. Le travail , le père de la richesse ; le travail , le plus grand des biens , pourquoi le peindre comme une malédiction?

liC travail forcé n'est point fait pounies prisons : si vous avez besoin de produire de grands elfbrtf , vous le ferez par des récompenses et non par des

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peines. La contrainte et la servitude n*ayanceront jamais dans la carrière aussi loin que l'émulation et la liberté. Comment feriez-vous porter à un prisonnier le fardeau dont un crocheteur se charge avec plaisir pour vingt sous? il oindrait de succomber sous le poids : comment découvririez-vous la fraude? Peulrètre même succomberait-il en effet ; car la force du corps est en raison de la bonne volonté; quand elle n*a point d'énergie, les muscles n'ont point de ressort.

Le travail doit durer toute la journée, excepté l'intervalle des repas ; mais il est convenable que différenis travaux se succèdent, qu'il y en ait de sédentaires et de laborieux, auxquels on applitjue les hommes tour à tour, parce (|u'une occupation constamment sédentaire ou constamment laborieuse, surtout dans un état de captivité, produirait une mélancolie sombre, ou ruinerait la santé ; mais Talternative de l'un à l'autre remplit le doulde objet du délassement et de l'exercice. Le mélange des occupations est donc une heureuse idée pour l'économie des maisons de pénitence.

De la diète.

On doit relever deux erreurs principales sur la nourriture des prisonniers. La plupart ont cru devoir en limiter la quantité, et donner des mesures fixes; mais c'est un véritable acte d'inhumanité pour tous ceux à qui cette ration ne sufiRt pas. C'est une punition bien inégale : elle ne se proportionne point au degré du délit, mais à la force ou à la faiblesse d'un homme ; et bien cruelle : ce n'est point une injustice d'un jour ou d'un mois , mais de plusieurs années. Si la faim d'un malheureux n'est pas apaisée après son repas , elle pe diminuera pas sans doute dans l'intervalle. Il éprouvera donc un malaise perpétuel, une langueur qui minera peu à peu ses forces. C'est une véritable torture, avec celte seule différence que, dans ce cas, la torture est appliquée à l'intérieur de l'estomac, au lieu de l'être aux bras et aux jambes.

Pourquoi n'a-t-on pas encore dit nettement qu'on devait nourrir un prisonnier selon la mesure de son appétit? N'est-ce pas là l'idée la plus simple et le premier vœu de la justice ?

La seconde erreur dans laquelle on est tombé , par une bonté irréfléchie, c'est de proposer de la variété dans les aliments des prisonniers, au point que quelques réformateurs , et entre autres le bon Howard , plus indulgent pour les autres que pour lui-même , ont demandé qu'on leur donnât de la viande au moins deux fois par semaine, sans penser qae la plupart des habitants de la campagne, et beaucoup dans les villes, ne peuvent pas se pro-

curer ce premier objet de luxe. Faut -il réaliser pour ceux qui ont perdu la liberté par des crimes, ce vœu de Henri IV, qui n'est encore qu'une espérance éloignée pour tant de vertueux cultivateurs?

Cette méprise se manifeste en Angleterre, par une gradation curieuse dans la nourriture des individus, comparée avec leur qualité. Les pauvres les plus honnêtes , ceux qui subsistent de leur travail, ont à ]>eine un peu de viande le diooanche. I^es pauvres qui sont entretenus aux frais du public en ont, d'après un terme moyen , quatre fois par semaine. liCS malfaiteurs, emprisonnés pour les crimes les plus odieux , en ont tous les jours. Que penser de celle différence?

La nourriture des prisonniers doit être la plus commune et la moins chère que le pays peut fournir, parce qu'ils ne doivent pas être mieux traités que la classe pauvre et laborieuse : nul mélange, car il n'est pas nécessaire d'aiguiser leur appétit. De l'eau, pour toute boisson ; jamais de liqueur fermenlée : du pain , si le pain est la nourriture la plus économique; mais c'est une maoufaclure, et la terre nous fournit des aliments très-abondants et très-sains , qui n'ont pas besoin d'être manufacturés. La race des irlandais, qui ne mangent que des pommes de terre, est-elle faible et dégénérée? Le montagnard écossais , qui ne se nourrit que de farine d'avoine , est-il timide à la guerre?

Au reste , on doit laisser à chaque prisonnier la liberté d'acheter des alimenU plus variés et plus succulents , avec le produit de son travail ; c'est la meilleure spéculation , même pour l'économie, que d'exciter l'industrie par une récompense , et d'attribuer à chacun d'eux une certaine proportion de ses profits. Mais la récompense, pour avoir toute son énergie, doit s'offrir sous la forme d'une gratification actuelle , et l'on ne peut rien imaginer de plus innocent, ni de plus propre à opérer sur cette classe d'hommes, qu'une jouissance de cette nature qui flatte en même temps le goût et la vanité. Cependant, on doit toujours excepter les liqueurs fermentées, parce qu'il est impossible de tolérer un usage modéré sans courir le hasard des excès , vu que le breuvage qui ne produit point d'effet sensible sur un homme suffit pour faire perdre la raison à un autre. Celte règle n'est point trop sévère , puisqu'il y a un grand nombre de pauvres industrieux et honnêtes, ^ui ne peuvent jamais se donner cette indulgence.

De Phabillement. ^

Il faut consulter l'économie en tout ce qui n'est pas contraire à la santé et à la bienséance. L'habil- Wfaient, pour répondre au grand objet de l'exemple,

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doit porter qnelqne marque d'humiliation. lia plus simple et la plus utile serait de faire les manches de lliabit et de la chemise d'une longueur inégale ponr les deux bras. Ce serait une stkneté de plus contre Térasion , et un moyen de reconnaître un homme échappé ; car, même après un certain temps, il y aurait une différence sensible de couleur entre le bras couvert et le bras nu.

De la propre(é et; de la santé.

Les détails ^sur ce sujet ne sont pas nobles en eux<mèmes ; mats ils sont ennoblis par la fin qu'oi^ se propose.

L'admission d'un prisonnier dans sa cellule doit être précédée d'une ablution complète. II serait même convenable qu'on mit à cette admission quelque cérémonie solennelle, comme une prière, une musique grave , un appareil qui fit impression sur des âmes grossières. Combien les discours sont faibles en comparaison de ce qui frappe l'imagination par les sens ?

Le prisonnier doit avoir un habit grossier , mais blanc et saD^teinture, afin qu'il ne puisse contracter aneune malpropreté qui ne se montre d'abord : ses cheveux doivent être rasés ou coupés courts. L'usage des bains doit être régulier. Il ne faut tolérer aucune espèce de tabac, ni aucune coutume contraire à la pratique des maisons les plus propres. On fixera les jours où il faut renouveler le linge.

Toute cette délicatesse n'est pas nécesaire à la santé; mais comme une prison a été presque partout un séjour d'horreur, il vaut mieux prendre des précautions extraordinaires que d'en négliger aucune. Pour redresser un arc. dit le proverbe , il faut le tendre en sens contraire.

Cette partie du régime a même un objet supérieur : entre la délicatesse physique et morale , on a observé une liaison , qui est l'ouvrage de l'imagination , mais qui n'en est pas moins réelle. Howanl et d'autres l'ont remar(|ué. Les soins de propreté sont un stimulant contre la paresse , ils accoutument à la circonspection , et apprennent à porter, jusque dans les ))etites choses, le joug de la décente. La pureté morale et phy$ique.ont un langage commun. On ne peut louer une de ces vertus , sads qu'une partie de la louange ne réfléchisse sur l'autr». De là ces systèmes ^ purifications et iPablutions auxquels les fondateurs des religions ^e rOrient ont attaché une iqnportance si minutieuse, ^ux qui ne croient pas à Tefficace spirituelle de ces rites sacrés, ne nieront pas leur influence corporelle. U|Uution est un type : puisse-l-elle être ttueproph^l Que n'est-il aussi aisé de purifier l'âme de nos prisonniers que leurs corps !

L'exercice en plein air est un préservatif pour la santé ; mais il faut que cet exercice soit soumis , comme tout le reste, à la loi inviolable de l'inspection , qu'il ne soit point incompatible avec le degré de séparation ou de formation en petites sociétés que l'on aura jugé convenable , qu'il soit favorable à l'économie , c'est-à-dire, productif, s'il est possible; et appliqué à quelque travail utile. L'ouvrage anglais renferme beaucoup de détails, d'où il résulte que Fauteur donne la préférence à l'usage des grandes roues qui sont mises en mouvement par le poids d'un ou de plusieurs hommes , et qui donnent une force qu'on peut employer à volonté pour mille objets mécaniques. Cet exercice remplit toutes les conditions qu'on peut souhaiter. On peut les proportionner aux forces de chaque indiWdu. Un prisonnier paresseux ne peut pas tromper Tinspecleur. Un inspecteur ne peut pas en faire un usage lyrannique contre ses prisonniers. Il n'a rien de dur et d'inhumain ; ce n'est qu*une manière difi^rente de monter une colline. L'efl^et est produit par le seul poids du corps qui s'applique successivement à différents points. C'est d^ailleurs un travail compatible avec le plan de séparation, et même avec celui d'une solitude absolue. On peut y employer les femmes mêmes , et il n'est rien de plus facile que de distribuer les tours des prisonniers , de manière à leur donner deux fois, par joiu* un exercice qui n'en sera pas moins bon pour la santé, parce qu'il aura de plus un objet économique et utile.

Ces précautions sont plutôt des vues susceptibles d'èlre perfectionnées que des ordres péremptoires.

On ne veut pas fixer non plus la distribution du temps, qui peut varier selon diverses circonstances; mais on doit avoir pour principe d'éviter toute oisiveté dans un régime qui a pour objet la réformation âes mœurs, et ce serait une grande faute que de donner aux prisonniers plus de sept ou huit heures pour leur sommeil. La coutume oiseuse de rester dans le lit quand on est éveillé est aussi contraire à la constitution du corps, (ju'elle aflviihlit, qu'à celle de l'âme , où l'indolence et la mollesse fomentent tous les germes de la corruption. Les longues soirées d'hiver doivent avoir leurs occupations réglées, et quand on pourrait supposer que leur travail ne vaudrait pas la dépense des lumières , il y aurait encore des raisons d'humanité et de sagesse phis fortes que celles de l'économie , pour ne pas condamner tous ces malheureux à douze ou quinze heures de langueur et d'obscurUé. Rien n'est si facile que de placer les lumières hors des ceUides , de manière à éviter tout danger de négligence ou de malice, et même à maintenir pen-

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dant la nuit la principale force du principe de l'inspection • *

De rinstructioD et de remploi du dimanche.

Chaque maison de pénitence doit être une école : c'est d*abord une nécessité pour les jeunes gens qu'eUe renferme, puisque cet âge tendre n'est point exempt des crimes qui conduisent à ce genre de peine : mais pourquoi refnserait>on le bienfait de l'instruction à des hommes ignorants qui peuvent devenir des membres utiles de la société , par une éducation nouvelle? La lecture, l'écriture, l'arithmétique peuvent convenir à tous. Si quelques-uns d'entre eux ont les semences de quelque talent particulier, on peut les cultiver et en tirer un parti avantageux. Le dessin est une branche lucrative d'industrie , et sert à plusieurs arts. La musique pourrait avoir une utilité spéciale, en attirant un plus grand concours à la chapelle. Si le chef d'une telle maison joignait à une idée juste de son intérêt une certaine mesure d'ardeur et d'intelligence, il trouverait bien son comptée développer leurs différentes capacités , et ne pourrait pas faire son bien particulier, sans faire encore plus le leur. 11 n'y a point de maître qui ait un si grand intérêt aux progrès de ses disciples, puisqu'ils sont ses apprentis et ses ouvriers.

Le dimanche nous offre un espace vacant à remplir. La suspension des travaux mécaniques amène naturellement l'enseignement moral et religieux , selon la desliaation de ce jour; mais comme on ne peut pas employer le jour entier à ces inslruclions qui deviendraient, par leur longueur, inutiles et monotones , il faut les varier par des leçons différentes, auxquelles on peut donner encore un objet moral et religieux par le choix des ouvrages sur lesquels on les exerce à lire, à copier, à dessiner*, et le calcul même peut donner une double instruction , en offrant à résoudre des questions qui développent les produits du commerce, de l'agriculture, de l'industrie et du travail.

On renvoie à l'ouvrage anglais pour la manière (fe placer les prisonniers sur un amphithéâtre découvert pendant ces exercices, sans abandonner le principe de l'inspection et de la séparation, et sans compromettre la sûreté des maîtres.

Des ohàUmeols.

Il peut y avoir des offenses commises dans la prison même, il doit donc y avoir des châtiments. On peut en augmenter hb nombre sans en augmenter la sévérité-, on peut les diversifier avec avantage, selon la nature du délit.

Un mode d'analogie, c'est de diriger la peiiie contre la faculté dont on a abusé. Un autre mode, c'est de tout arranger de façon que la peine sorte, pour ainsi dire, de la faute elle-même. Ainsi des clameurs outrageuses peuvent être domptées et puuies par le bâillon ; des coups , des violences , par la veste étroite que l'on met aux fous ; le refus du travail , par le refus de la nourriture jusqu'à ce que la tâche soit faite. On sent ici l'avantage de ne pas condamner habituellement les prisonniers à une solitude absoliw^ c'est un instrument utile de discipline que l'on aurait perdu, et qui est un moyen de contrainte d'autant plu» précieux , qu'on ne peut pas en abuser, et qu'il n'est pas contraire à la santé comme les châtiments corporels. Mais on ne doit donner au gouverneur que le pouvoir de condamner les prisonniers à la solitude; les autres châtiments ne doivent être administrés qu'en présence et sous l'autorité de quelques magistrats.

C'est ainsi que la loi de la responsabilité mutuelle peut se montrer dans tout son avantage. Renfermée dans les bornes de chaque cellule, elle ne peut jamais dépasser les limites de la plus étroite juslice : Dénoncez le mal, ou souffrez comme complice. Quel artifice peut éluder une loi si inexorable? Quelle conspiration peut tenir contre elle? Le reproche qui, dans toutes les prisons, s'attache avec tant de virulence au caractère de dénonciateur, ne trouverait point ici de base où il piU se prendre. Nul n'a droit de se plaindre de ce qu'un autre fait pour sa propre conservation. Fous me reprochez ma méchanceté, répondrait l'accusateur, mais que dois-je penser de la vôtre, vous qui savez bien que je serai puni pour votre fait, et qui voulez me faire souffrir pour votre plaisir ? Ainsi dans ce plan , autant de camarades, autant d'inspecteurs ; les personnes mêmes qu'il faut garder se gardent mutuellement , et contribuent à la sécurité générale. Observez encore ici un autre avantage des divisions par petites corn* pagnies'; car, dans toutes les prisons, la société des prisonniers est une source continuelle de fautes : dans les cellules des panoptiques, la société est une caution de plus de leur bonne conduitf.

Couverte de la rouille de l'antiquité , la loi de la responsabilité mutuelle a captivé, depuis des siècles, l'admiration des Anglais. Les familles étant réparties par dizaines, chacui^e répondait pour toules les autres. Quel est pourtant le résultat de celte loi cflèbre? Neuf innocents punis pour un coupable. Pour imprimer à cette responsabilité l'équité qui la caractérise dans le panopt'que, que faudraii-ll? Donner de la transparence aux murs et aux forêts, et condenser toute une ville dan» uo espace de deux toises.

PANOPTIQUE, OU MAISON D'INSPECTION CENTRALE

Provision pour les prisonoiers libérés.

On a tout lieu de penser qu'après un cours de quelques années, peut-être même de quelques mois seulement, d'une éducation si stricte, les prisonniers accoutumés au tra?ail, instruits dans la morale et la religion , ayant perdu leurs habitudes ficieuses par Fimpuissance de s'y livrer, seront de- Tenus des hommes nouveaux. Il y aurait cependant une grande imprudence à les jeter dans le monde sans gardiens et sans secours, à Tépoque de leur émancipation , où Ton peut les comparer à des enfants longtemps gênés, qui viennent d'échapper à la surveillance de leurs maîtres.

On ne doit mettre un prisonnier en liberté, que lorsqu'il peut remplir Tune ou l'autre de ces conditions : d'abord, si les préjugés ne s'y opposent pas , il peut entrer dans le service de terre, ou dans le service de mer; il est tellement accoutumé à l'obéissance, qu'il deviendrait sans peine un trèsbon soldat. Si l'on craint que de telles recrues ne fussent une tache pour le service , on ne fait guère attention à l'espèce d'hommes dont les recruteurs remplissent les armées.

Dans le cas où une nation forme des colonies , les prisonniers seraient préparés , par leur genre d'éducation , à devenir des sujets plus utiles pour ces sociétés naissantes , que les malfaiteurs qu'on y envoie. Mais on ne forcerait pas le prisonnier qui aurait achevé son temps de captivité à s'expatrier ; on lui en donnerait seulement le choix et les moyens.

Un autre mode pour eux de rentrer dans leur liberté, ce serait de trouver un homme responsable, qui voulût devenir leur caution pour une certaine somme, en renouvelant cette caution toutes les années, et en s'engageant, s'il ne la renouvelait pas, à représenter la personne elle-même.

Ceux des prisonniers qui auraient des parents, des amis ; ceux qui se seraient fait une réputation de sagesse , d'industrie et d'honnêteté dans leurs années d'épreuve, n'auraient point de peine à trouver une caution : car, quoiqu'on ne prenne pas pour le service domestique des personnes d'un caractère entaché, cependant il est mille travaux pour lesquels on n'a pas les mêmes scrupules, et l'on pourrait encourager les cautionnements de plusieurs manières.

La plus simple de toutes serait de donner à la personne qui se rendrait caution le pouvoir de faire un contrat à long terme avec le prisonnier libre , semblable à celui d'un maître aved un apprenti, en sorte qu'il aurait le pouvoir de le reprendre s'il Tenait à- s'échapper, et d'obtenir des dédommagements coi^e ceux qui auraient voulu le séduire et l'engager èleur service.

Cette condition , qui parait dure au premier coup d'œil pour le prisonnier libéré, est dans le fait un avantage pour lui; car elle lui assure le choix entre un plus grand nombre de compétiteurs qui rechercheront le privilège d'avoir des ouvriers dont ils peuvent être sûrs.

On n'entre point dans l'examen des précautions nécessaires pour s*assurer de la validité des cautionnements. La meilleure serait de rendre le gouverneur de la prison responsable pour la moitié de la caution, dans le cas où elle aurait manqué, parce qu'alors il serait intéressé à bien connaître ceux avec lesquels il passerait ces transactions juri* diques.

Mais examinons à présent le cas qui doit souvent arriver, où un prisonnier n'aurait ni amis ni parents, ne trouverait point de caution, ne serait reçu ni à s'enrôler ni à passer dans une colonie. Faut-il l'abandonner au hasard et le relancer dans la société? Non , sans doute ; ce serait l'exposer au malheur ou au crime. Faut-il le retenir dans les mêmes liens d'une discipline sévère? Non ; ce serait prolonger son châliment au delà du terme fixé par la loi.

On doit avoir un établissement subsidiaire, fondé sur le même principe : un panoptique dans lequel on laissera régner plus de liberté , où il n'y aura plus de marque humiliante , où on admettra le mariage , où les habitants traiteront pour leurs travaux à peu près sur le même pied que les ouvriers ordinaires ; où l'on peut , en un mot , répandre autant de bien-être et de liberté que cela peut être compatible avec les principes de la sûreté , de la bienséance et de la sobriété. Ce sera un couvent soumis à des règles fixes , avec celte différence qu'il n*y aura point de vœu ; les personnes recluses pourront sortir dès qu'elles trouveront une cauiion , ou rempliront les conditions de Télargissemenl.

On fera une objection : n Le panoptique subsîu diaire est un réceptacle pour des manufacturiers i( qui travaillent en certain nombre sous un toit « commun ; et l'expérience a prouvé que de tels « réceptacles étaient une pépinière de vices. Les « seules manufactures qui ne ruinent pas les mœurs it sont celles où les ouvriers sont épars, celles qui, tt comme l'agriculture, couvrent toute la surface « d'un pays , ou celles qui se renferment dans ITn- (( térieur des familles où chaque homme peut trat( vailler au milieu des siens, dans le sein d&l'innou cence et de la retraite. »

Cette observation est fonjlée , mais elle ne va point/conlre ce plan; il y a une grande différence entre une manufacture ordinaire et celle qu'on établirait dans un panoptique. Dans quelle maison publique ou privée peut-on trouver une pareille

Ék

RÉSUMÉ

sécurité pour la chasteté du célibat, pour I9 fidélité du mariage , et pour la suppression de rivrognerie, habitude meurtrière qui cause tant de misère et de désordres?

Ces précautions pour les prisonniers , à Tépoque de leur élargissement , sont ce qu'elles doivent être pour leur 6ter la tentation et la facilité de retomber dans le crime. On a beaucoup admiréFidée de donner à ceux qui sont élargis une provision en argent, afin qu'un besoin immédiat ne les jetât pas dans le désespoir ; mais une telle ressource n'est que momentanée. Elle peut même devenir un piège pour des hommes qui ont si peu de mesure et de prévoyance; et , après une jouissance passagère , d'autant plus irrésistible que les privations ont été plus longues, l'argent est perdu , la pauvreté reste , et les séductions les environnent.

Cet exposé , qui ne renferme que les principales idées de l'auteur, suffit pour apprécier ce qui est annoncé au commencement de ce Mémoire.

Au moyen de deux principes , Vinspection centrale et V administration par contrat y on obtient pour résultat Une réforme vraiment essentielle dans les prisons ; on s'assure de la bonne conduite actuelle et de la réforotation future des prisonniers. On augmente la sécurité publique, en faisant une économie pour l'État. On crée un nouvel instrument de gouvernement par lequel un homme seul se trouve revêtu d'un pouvoir très-grand pour faire le bien , et nul pour faire le mal.

Le principe panoptique peut s'adapter avec succès à tous les établissements où l'on doit réunir l'inspection et l'économie ; il n'est pas nécessairement lié avec des idées de rigueur : on peut supprimer les grilles de fer ; on peut permettre des communications *, on peut rendre Tinspection commode et non gênante. Une maison d'industrie, une manufacture bâtie sur ce plan , donne à un seul homme la facilité de diriger les travaux d'un grand nombre ; et les divers appartements pouvant être ouverts ou fermés, permettent diiférentes applications du principe. Un hôpital panoptique ne pourrait admettre aucun abus de négligence ni dans la propreté, ni dans le renouvellement de l'air, ni dans l'administration des remèdes. Une plus grande division d'appartements servirait à mieux séparer les maladies. I^es tubes de fer-blanc donneraient aux malades une communication continuelle avec leurs gardiens. Un vitrage en detlan», au lieu de grilles, laisserait à leur choix le degré de température. Un rideau pourrait les soustraire à tous les^egards. Enfin, ce principe peut s'appliquer heureusement à des écoles , à des casernes , à tous les emplois où un homme seul est chargé du soin de plusieurs. Au moyea d'un panoptique , la prudence intéressée ^'un seul indi-

vidu est un meilleur gage de succès que ne le serait, dans tout autre système, la probité d'uo grand nombre.

RÉSUMÉ

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