‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 254 sur 547 · TRANSPLANTATION DES LOIS CHEZ DIFFÉRENTS PEUPLES · texte numérisé non relu

TRANSPLANTATION DES LOIS CHEZ DIFFÉRENTS PEUPLES

1. Injures corporelles simples. Elles sont peu susceptililes de modifications par la différence des lieux. Ces délits seront les mêmes à Londres ei à Calcutta. La sensibilité physique, quoique différente pour le degré , est la même en nature par toute la terre. Cependant une blessure dans un. pays cbaud et malsain peut avoir des consé4[uences plus dangereuses que dans un pays sahibre et froiil. — Dépouiller une personne de ses habits en Sibérie ou (laps rindostan , ce ne serait pas le même délit : ce peut n^ètre qu'un jeu dans le climat brûlant, et un bumicide dans le climat glacé.

2.» Injures corporelles irréparables. On aurait à examiner, sous ce chef, si Ton doit jamais tolérer Tànasculation. Cet usage serait moins déraisonnable dans un pays où les eunuques sont réputés nécessaires à la garde de la fidélité conjugale , que dans ceu» «ù ito ne servent qu'à Tamusement des amateurs de musique.

3» Emprisonnement injurieux . Bannissement injurieux. Les effets de ces actes diffèrent beaucoup selon Jes climats, les mœurs, la religion.

Plusieurs centaines de prisonniers anglais , renfermés pour une seule nuit dans un étroit cachot à Calcutta, après avoir souSPert des tourments inouYs, par la chaleur étouffante et la privation d*air, périrent presque tous dans ce court intervalle.

Peut-être que le même nombre de personnes renfermées pendant une nuit d'hiver dans une prison de Sibérie, auraient pu y rester le même temps sans sounFrir aucun inconvénient remarquable.

Vemprisonnemenrin^'igé à un gentou pourrait, dans cefldlnes circonstances / entraîner pour lui

! la Séparation d'avec sa caste, malheur plus affreux poi^r lui que la mort. Le bannissement aurait le même effet , s'il Tempêchait de se livrer aux puri-

I fications rituelles.de sa loi. L'un et l'autre de ces moyens coercitifs pourraient blesser sa conscience, et seraient d'une tout autre gravité pour lui que pour un Européen.

.En faisant une échelle de la sensibilité religieuse, voQft trouverez au sommet le gentou , — plus bas le mahométan , — âu-dessous le juif, — le chrétien grec, — le catholicfue romain, — tous exposés à souffrir par des causes semblables , selon leurs notions des^devoirs religieux : le mahométan, s'il est privé de ses ablutions lègues, ou forcé à une diète c^hb*aira à son jeune \ le juif, s'il est contrainfde manger des viandes immondes ou de violer

^ le sabbat ;le grec et le catholique , s'ils sont obligés

la religàpa de 'la cADlré^e qa*il avait à servir. Depuis Montesquieu, il faut à un législateur un peu plus de travail et de documents : Il faut qn^il connaisfe le peuple.

de rompre leur carôrtie ou privés d'entendre la messe ; et même un protestant dévot peut souffrir en quelque degré, s'il ne peut parlïtiîjicr, â certaines époques, à la communion spirituelle. Aulnnl de circonstances qui demandent des éf^ârds particuliers dans le choix des peines qu'on h uf inflige.

4. Injures mentales simples, Ttl s|ïect.ic!e , tel discours, offensant au plus haut degré pour les habitants d'un€ oonfrée , serait isKliftérenl h ceux d'une autre. Les sectateurs de ehaquc reïifjron , et principalement le vulgaire, sont exposés % avoir peur de (iuelque$ agents Invisibles : o^mUs d^mt les noms et les attributs sont d'une ^ramle diversité^ et dont la puissance est attachée aux syllibes mêmes de leur nom.

L'àme d'un gentou peut être remplie d'une terreur inexprimable à la seule idée d'une visite de Peshusb , tandis (|u'un chrétien ignorant craint les sorciers, les diables, les saints, les revenants , les vampires.

Les précautions a prendre , pour empêcher les imposteurs de jeter dans les âmes des terreurs religieuses, doivent varier seli>TiI^i nature des ii[»inions. A Londres, on enferme It s jMtjjiIjcles qui ont des révélations sur la fin du rnondt* , 1 1 Ton a peu de fous de cette nature quand on se borne h les traiter doucement comme tels.

Les superstitieux de toyles les sectes ressentent comme une injure très-riv(! la \M%^ légère marqjUe de mépris pour les objets de leur véiiëratiiiA. Cette sensibilité religieuse, d'aiilâut plus T^K^i le u blesser qu'elle porte sur des objeis moins eotinu^ , est particulièrement le siège des passions irascibles. Les chrétiens se représentent une des personnes de la Trinité sous la forme d'une colombe , image qui ne devait inspirer que la douceur ; mais , pendant des siècles , ils ont condamné au supplice du feu ceux qui ne croyaient pas à cette colombe.

II y a bien d'autres délits de cette classe purement locaux.

Parmi les gentous et les mahométans d'un rang élevé, qu'un homme passe dans l'appartement d'une femme mariée, cela suffit pour constituer aux yeux du mari une injure irrémissible. Demander simplement à lui faire visite, c'est un affront : en parler, c'est une impolitesse. Voilà des genres d'offenses qui n'existent pas pour les Européens.

Les différences de castes dans l'Indostan fournissent un fonds considérable d'atténuations et d'aggravations aux différentes classes de délits.

Si un paria touche une personne d'une tribu

les usages, les pr^ugés, la religion, le climat , el bien d^autreit choses, avant que de se mêler de lui donner des lois.

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