CHAPITRE II
DES ÉGARDS DC8 AUX mSTITUTlONS EXISTANTES.
* On voit par les exemples cités dans le chapitre précédent, que les cB^constanccs qui doivent faire varier les lois sont de denx espèces; les unes tiennent à des causes purement physiques, et par conséquent sont insurmontables ; les autres dépendent des causes morales, et sont susceptibles de changement. Le climat f le sol, les circonstances géographiques entraînent des différences nécessaires et permanentes. L^ gouvernement, la 'reiigio^ , \e$n{œurs entraînent aussi des différences, mais
qui n'ont pas le même caractère de nécessité et de durée.
uMais, dira-t-on, les circonstances physiques « influent sur les circonstances morales, et puis- « qu'on ne saurait changer les premières , on ne « peut pas maîtriser entièrement les secondes. Ainsi « le climat peut opposer un obstacle invincible à ic telle ou telle espèce de législation. »►
L'iniuence de ces circonstances physiques est incontestat)le ; mais est-elle nécessairement pernicieuse? N'eslelle pas soumise à Fart du législateur? t'histoire entière ne prouve-t-elle pas qu'il n'y a l)oint de climat ni île sol q4ii opposent une résistance invincible au bonheur des hommes, et que partout où les hommes peuvent vivre, on peut leur donner un gouvernement, une relicflon et des mœurs qiii les rendent heureux ? Le monde n'a été jusqu'à présent qu'un ihéûtre de vicissitudes. Si l'Egypte n'adore plus la déesse Isis, l'Indien peut cesser de croire à la divinité de Brama. Si rilalie a nourri les peuples les plus belliqueux , la mollesse des Italiens modernes n'est pas une suite ^éc«saiw du climat. Si la Grèce a été couverte de républiques, pourquoi ne serait-elle plus propre quïà poi^ 1er des troupeaux d*esclaves ?
Voyef un Mahowel imprimant aux paisibles tribus de l*Arabie un enthousiasme guerrier, renversant avec une jmignée de fanatiques les lois, la religion, les coutumes, fes préjugés Invétérés de tant de peuples ; supposez à cet homn^e extraordinaire lgt;iî|me force d^xolonté avec plus d^uuiière et plus de géoie, ci osez dire qu'il n'eût pas pu donner à ces nations des lors ^lus assorties è leur bonheur et moins hostiles au genre humain.
Si cet 'exemple ne ïotfS parait pas concluant, contid^ez «lui du fondateur de la Russie. Ce qu'il n'a pas fait en législation , il pe^faut pas l'attribuer an climat : ce n'est pomt le climat qui a donné âes bornes à ses succès ; il a été aussi loin (pie son génie a pu le porter : et «'il avait eu dans l'esprit uu système parfait de législation , il aurait trouvé plus de facilité à l'établir qu'un système imparfait. Les plus grands obstacles sont peut-être sortis^ de ses propres fautes. •
Mais il y a des questions plus délicfiiles et plus importantes. Ce sont celles qui roulent sur la convenance des changements et sur la manière de jes opérer.
Comparez le gouvernement que vous voulez régler à celui qui vous sert de modèle. Relativement au point qui vous occupe , vous le trouverez égal , supérieur ou inférieur à ce modèle. Qu'il soit supérieur, c'est ce qui ne s'accorde guère avec la supposition , puisqu'alors la loi du pays qu'on suppose la plus parfaite en tout point ne serait pas la meilleure