‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 269 sur 547 · QUE LES DÉFAUTS DES LOIS SE MANIFESTENT DAVANTAGE , ETC · texte numérisé non relu

QUE LES DÉFAUTS DES LOIS SE MANIFESTENT DAVANTAGE , ETC

ramusement des enfants , dans lesquelles on représente le cochon qui met le cuisinier à la broche , et le foleur qui pend le jif|g;e. Cependant, il est plu* sieurs cas où cette maxime a été suivie par la loi commune de l'Angleterre avec la plus grande exactitude. Si un homme vous poche un œil, vous pouvez le faire payer pour cela ; mets s'il vous crève les deux yeux , il n'y a point de dédommagement pour vous : tout ce qu'on lui prend appartient nominativement au roi, et passe réellement au shérif. Si on vous tue un cheval , vous en aurez la valeur; si on tue un de vos enfants, vous n'aurez rien. La confiscation , s'il y en aune, passe à un étranger cornme dans l'autre cas. Qu'on mette le feu à votre maison : si c'est par malheur, vous recevrez une indemnité ; si c'est par malice , vous n'en recevrez point: mais tel autre qui n'a rien soufFert, recevra pour sa consolation les biens confisqués , si le délinquant a des biens. Il est des avocats qui soutiennent que cela revient au même, x Dès qu'il y a une satisfaction , disent-ils, la justice <c a fait son devoir, n'importe qui la reçoit. » Pour récoinpenser de tels raisonneurs, il faudrait statuer que tout ce qui leur est dû par leurs clients sera §9yé au trésor public.

Quant à la variété des procédures devant les divers tribunaux , aux longueurs , aux formalités , aux embarras, aux frais énormeé qu'elles entraînent, c'^st un autre chapitre dont il est impossible de présenter les détails. L'intégrité des juges anglais est parfaitement à l'abri de tout reproche et de tout soupçon : mais la procédure est bien loin de cette simpliéké , de cette clarté , de cette brièveté , de cette économie qu'on doit se proposer dans cette partie.

Vous êtes père de famille ; vous venez 'a moi , et vous me dites: «cDeux de mes enfants sont en 4( querelle pour un jouet : l'alné s'en est saisi , et tt prétend que son frère le lui a donné ; le cadet u le nie absolument : que ferai-je pour les mettre « d'accord, et pour ^découvrir la vérité du fait? »

La chose est sérieuse , lui répondrai-je : il y a ici usurpation et mensonge : je vous conseille d'approfondir cette dispute , et de ne pas la traiter légèrement. Gardez-vous bien de mander les deux jeunes gens par-devant vous, de les interroger l'un en présence ih rautre, d'appeler immédiatement les témoins s'il y en a , et de hèter ainsi la conclusion. Voici ce que vous devez faire. Sans parler ni à l'un ni a rautre, sans souffrir qu'ils vous parlent, ^faîtes que le cadet de vos fils couche par écrit toute ta plainte, adressant à «on frère toutes les questions qu'il croit conVQpables : donnez à l'autre un temps raisonnable pour préparer ses réponses : d'abord six semaines , ensuite un mois , puis trois

semaines, puis quinze jours. Si ces réponses sont évasives , suivez la même marche : accordez de nouveaux délais : ils serviront à donner aU cadet le loisir d'adresser à son frère quelques autres questions qu'il avait omises la première fois , ou une série d'autres questions rendues nécessaires par la réponse faite aux premières. Nouveaux ajournements pour cela. Cependant l'aîné, à son tour, voudra peut-être raconter son histoire, et faire aussi des questions. Par là le temps de la délibération sera doublé. Quand les affaires en seront venues à ce point , vous pouvez lire vous-même leurs écritures, ou prier un tiers de s'informer dans la famille de tout ce qu'on a pu connaître relativement au fait primitif, mais toujours en prenant bien garde de ne point parler aux enfents eux-mêmes. Quand ce tiers vous aura communiqué ce qu'il a appris , alors l'affaire sera mûre pour la décision. Il est bien vrai que, pendant cet intervalle , on aura dépensé la valeur du jouet en plumes et en papier : le souvenir des événements à l'origine de la dispute sera effacé: vos enfants se seront exercés dans l'art de la fausseté et de la chicane : il y aura beaucoup de temps perdu pour vous et pour vos gens : toute votre maison aura pris parti pour l'un ou pour l'autre , et il y aura des deux parts une animosité profonde ; mais aussi vous aurez découvert la vérité, vous aurez montré Timportance que vous mettiez à la querelle, et la paix renaîtra parmi vos enfants. Après avoir entendu ce savant discours, je ne sais si le père de famille qui m'a consulté me regardera comme un fou , mais je sais que j'ai représenté sans aucune altération la marche d'un procès dans la cour d'équité, sans parler de mille incidents qui compliquent encore cette marche , sans faire mention de ces termes techniques qui en font un mystère pour tout autre que pour les adeptes. Je sais bien qu'un État est plus grand qu'une famille : mais c'est aux partisans de cette procédure à montrer pourquoi les mêmes moyens qui rempliraient le but de la justice dans un cas , ne le rempliraient pas également dans un autre. Sans être admirateur de la justice sommaire descadis , on peut dire qu'elle ressemble plus à celle d'un père de famille que celle que nous venons de décrire.

Qui le croirait? Cette masse d^absnrdités n'est point une production de l'ancienne barbarie , ce sont des raffinements modernes. On voit encore , dans l'histoire, les traces du temps où un juge anglais avait le pouvoir de faire prompte justice. Ghaque partie était prête à parler et à répondre, à examiner et à être examinée en présence du juge. Il y avait alor^^u d'avocats, point deprocureui^, pas un denier de frais, jutqn'à ce qu'on eiU vu qin

INFLUENCE DU TEMPS

arail mérité de les payer. Pourquoi a-t-on abandonné ces formes si simples et si pures? Pourquoi ne les a-t-on pas rétablies quand on avait à instituer des tribunaux dans une autre contrée?

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