DIVISION DU CORPS LÉGISLATIF EN DEUX ASSEHBLËES
réduit â ne iloiuier au peuple qu*un nombre de députés trop insuffisant pour établir la confiance publique.
Des cinq objections qui ont été présentées contre la division du pouvoir législatif, la cinquième est sans contredit la plus forte. Il faut qu'une des deux assemblées devienne prépondérante, qu'elle ait Finitiative des ali^aires. Il ne reste à l'autre , dans la plupart des cas, que la négative. Or il parait assez absurde de créer un corps de sénateurs ou de nobles, upiquement pour s'opposer aux voeux des députés du peuple. Mais, dans cette manière de voir, on ne considère la cbose que par ses abus ; et l'on s'écarte en double sens de la vérité , soit en se fiant à une assemblée nommée représentative, plus qu'on ne doit s'y fier, soit en craignant une assemblée de nobles plus qu'elle n'est à craindre ^.
On ne peut nier toutefois que la division du corps législatif, quelle que fût la composition des deux chambres , n'apportât de grands obstacles à la referme des abus. Un tel système est moins propre à créer qu'à conserver. Cela même montre combien il est convenable à une constitution établie. Le vaisseau de l'État, assuré par ces deux ancres, possède une force de résistance contre les tempêtes, qu'il ne pourrait obtenir par aucun autre nïoyen.
Mais si l'on étendait la division du corps législatif jusqu'à trois ou quatre chambres , on verrait naître de cette complication des inconvénients irrémédiables: non-seulement l'on mutiplie ainsi les délais, les rivalités, les obstacles à toute espèce de perfectionnement, mais encore on donne au pouvoir exécutif le moyen de tout arrêter par une influence majeure sur une seule chambre , ou de réduire à rien la puissance d'une de ces assemblées , si le «encours de deux autres décide de tout. Il en résulte une association inégale et frauduleuse où deux des associés n'ont qu'à se concerter pour ne laisser au troisième qu'un simulacre ée pouvoir. C'est ainsi que la noblesseetleclergé, en Danemark, avaient tenu les communes dans un état de nullité presque absolue : ce fut aussi par une réunion des communes et du clergé contre la noblesse que les états f uren t anéantis et le pouvoir absolu transféré au roi. La Sicile avait aussi son parlement, où les deux ordres supérieurs, toujours d'accord entre eux contre le tiers état ,
* Aux raifoos que J*ai déjà douDées pour montrer que la Dobletie réuoie dans une chambre est moins à craindre qu^on ne le pense communément, il faut en ajouter une aulre qui esi tirée de son caractère.
La noblesse est naturellement indolente; elle craint les affaires comme les procès, parce qu^elle est peu exercée. EnAngleMrre même, la chambre des pairs est extrêmement 4)ortée à négliger ses fonctions sénatoriales. Il faut la re-
l'ayaient réduit à une existence purement nominale.
Pour revenir aux deux chambres , si l'on demandait quel bien a résulté en Angleterre de la chambre des lords , il ne serait peut-être pas facile de citer de mauvaises lois qu'elle ait prévenues par sa négative : on pourrait même , au contraire , en citer de bonnes qu'elle a rejetées ; et on pourrait conclure de là , qu'elle est plus nuisible qu'utile. Mais cette conclusion ne serait pas juste ; car en examinant les effets d'une institution, il faut prendre en considération ce qu'elle opère , sans qu'on s'en aperçoive, par la simple faculté d'empêcher. On ne tente pas même de demander, quand on est d'avance assuré d'être refusé. On ne fait pas des entreprises sans aucun espoir de succès. Une constitution devient stable, parce qu'il y a une puissance établie pour la protéger. Si Ton n'avait aucune preuve positive du bien que fait la chambre des pairs , on aurait toujours à lui attribuer, en partie , la modération de la chambre des communes dans l'usage de son pouvoir, le respect qu'elle montre pour les limites de son autorité, très-peu déterminées, et son assujettissement constant aux règles qu'elle s'est prescrites à elle-même.
Je me borne à faire ici une simple mention de plusieurs avantages collatéraux résultant de la chambre haute, tels que le relief qu'elle donne au gouvernement aux yeux du peuple, la plus grande force des lois lorsque la noblesse même a concouru à les sanctionner, l'émulation que la diversité des rangs répand dans les différentes classes de la société, l'avantage d'offrir à l'ambition une carrière fixe et précise, où une récompense légitime remporte suf tout ce qu'on pourrait se promettre des succès de la démagogie ; l'avantage plus grand encore de retenir la noblesse dans des limites certaines , de ne la rendre héréditaire que dans la branche aînée, et de lier son intérêt avec l'intérêt général par une transfusion continuelle de ces familles nobles dans le corps de la nation. Il n'y a pas de maison de duc en Angleterre qui n'ait dans son sein un parti plus attaché par intérêt à la liberté des communes qu'aux prérogatives de la pairie. Voilà le principe de la stabilité. Chacun, dans ce bel ordre politique , craint plus de perdre ce qu'il possède qu'il n'aspire à ce qu'il n'a pas.
cruter fréquemment pour la maintenir en activité. Ce sont comme desindous qui se laissent gouverner par des hommes transplantés d'un autre climat.
Ceux qui ont plus à perdre sont en conséquence plut timides. Leur rang les met plus en vue. Ils ne peuvent pas échapper dans la foule. SMIs se rendaient impopulaires, cette impopularité les suivrait partout.