‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 393 sur 547 · AUTRES RÈGLES RELATIVES AU DÉBAT · texte numérisé non relu

AUTRES RÈGLES RELATIVES AU DÉBAT

Les rèQfl(*8 que nous allons exposer ne sont pas de la même importance que les précédentes; mais., elles tendent toutes à prévenir des inconvénients et à produire un meilleur débat. Les premières sont de nécessité : celles-ci sont de prudence.

1» Adresser les discours au président y et non à rassemblée en général.

Cet usage , constamment suivi dans la chambre des communes, est très convenable à une assemblée nombreuse , pour donner à ceux qui |>arlent un point lixe de direction , et un centre commun à tous les discours.

Il est naturel que chacun s*adresse à celui qui, par son office , a le droit de juger si Ton s'écarte de la question , ou si Ton tombe dans quelque irrégularilé défendue par le règlement.

Le discours adressé au chef de rassemblée sera plus grave et plus tempéré que s*il Tétait à rassemblée entière. Un homme passionné même, en 8*adressant à un magistrat impartial, à un chef respecté^ sentira la nécessité de mesurer ses expressions, et de réprimer des mouvements d'indignation et de colère.

Si les membres se parlaient entre ^eux directement, la discussion dégénérerait plus facilement en personnalités.

11 n'est point d'habitude plus utile dans une assemblée politique, que celle de considérer le président avec déférence et respect ; et rien n'est plus propre à former celte habitude que de l'envisager comme le centre de la délibération , comme l'assemblée personnifiée.

^Éviter les noms propres en désignant les membres de l'assemblée auxquels on répond.

Cette régule, strictement observée dans la chambre des communes, oblige à recourir à différentes circonlocutions , pour désigner un individu. V honorable membre à ma droite ou à ma gauche ^ le gentilhomme au ruban bleu y, le noble lordj mon savant omi (en parlant d'un homme de loi ), etc. La plupart de ces. expressions sont polies sans fadeur.^ Ub«* noms propres aiiiènent«9ouvent une

del*alaroi0';^(^elquefoi8 on parvteDi ^ Je faire laire ; mais plBS AnivQtft , U intnifesie un ceora^e héii^(|ue contre les murmures ; alors ie»«|U) versailions particulières s^élablisseot; les uns quiAteot leur plaea, iPautref lisent, personne n'éc<Hi(e, un tfrult confus remplit la saUe; le discours est complètement perdu pour tout le monde , et ne se retrouve que dans les Journaux. Si deux ou trois orateurs lecteurs

kyrielle d'épithètes com pi tmenteusts, connue on en voit divers exemples dans les diseaurê lic Cic#run, prononcés dans le sénat de Rome : mnh le vcritnbTo Inconvénient est qiu'. \him 1rs débaiii, t.i mention du nom est un appel ptiis Pbrl à rr»mfïijr-praj»re que toute autre design:! t. ion. H ml mmn^ dioquiiut de dire : « L'honorablu membre cpri n p-ii fé r.ivantdernier, est tombé dans une erreur grossière , » que de le signaler nominativement. C'est conune une abstraction faite de l'individu , pour ne fe eoasidérer que dans son caractère polititpie. Cette règle est gênante, et quand les débattants sont échauffés, ils ont beaucoup de peine à s'y soumettre. Cela même prouve combien elle est nécessaire.

3« Ne Jamais supposer de mauvais motifs.

C'est encore là une règle absolue du débat britannique. Vous pouvez, en toute liberté, reprocher à un préopinant son ignorance, ses méprises, ses repréaentations erronées d'un fait; mais Re dites pas un mot qui inculpe ses motifs. Appuyez sur toutes les conséquences nuisibles de son opinion ou de la mesure qu'il soutient; montrez qu'elles sont funestes, qu'elles tendent à établir là tyran^iie ou l'anarchie : mais ne supposez jamais qu'il ait prévu et voulu ces conséquences.

Strictement , la règle est fondée en juKîce : car s'il nous est difficile de connaître toujours %os vrais et secrets motifs, il y a bien de la témérité à prétendre démêler ceux des autres; et, par notre propre expérience, nous devons savoir combien Ton se trompe aisément à cet égard. La réserve 'qu'impose cette règle est utile à tous ; elle est favo* rable à la liberté des opinions; elle est la sauvegarde commune. Vous devez, dans le débat politique comme dans la guerre , ne vous permettre aucun des moyens que vous ne voulez pas qu'on emploie contre vous.

Mais surtout cette maxime est conforme à la prudence. Votre antagoniste est-il dans l'erreur , il peut recevoir de vous la vérhé que vous lui présentez en le ménageant : Âccusez-vous ses motifs , vous l'offensez , vous le provoquez ; vous ne lui laissez pas le calme nécessaire p^ur vous écouter avec attention. Il devient partie contre vous. Le feu se communique de l'un à l'autre. Ses amis prennent fait et caus« avec lui : et de là souvent <les ressentiments qui , se prolongeant au delà àt% débats , portent dans l'opposition politique toute lâpreté

^;»e succèdent à la tribune, on n*y tient plus et on appelle de toutes parts cette clôture de la discussion , celle clôture si contraire à la liberté et à la justice qtie rassemblée doit à tous ses membres. C'est donc aux discours écrits qu'on peut attribuer, en grande partie, \e\ fâcheuses liabiludcs d'inattention, de tumulte et d'impatience qui troublent si souvent ses débals.

Page 1