‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 450 sur 547 · SOPHISME DU VETO UNIVERSBL · texte numérisé non relu

SOPHISME DU VETO UNIVERSBL

BENTIIAS. — TOÏ"^ I.

II n*y a poiat d^ântécédenl.

L'argument consiste à alléguer contre une mesure proposée qu'elle est nouvelle , et que , sur le point en question , il n'y a pas d'antécédent ou d'exemple d'après lequel on puisse se conduire.

Une telle observation , loin d'être condamnable en elle-même , est, au contraire, d'une très-grande utilité : elle sert à fixer l'attention sur le sujet , et à rappeler à l'assemblée toutes les précautions nécessaires quand on entre dans une route qui n'est pas encore frayée, u Considérez mûrement ce qu'on u vous propose : il n'y a point d'antécédent qui u vous serve de règle; vous -allez faire une expé- « rience. Usez de votre jugement. »

Quel est donc le sens dans lequel cette observation se range parmi les 8«pliismes ? C'est lorsqu'on prétend l'employer comme une raison suffisante pour rejeter la mesure qui a ce caractère de nouveauté.

C'est une branche du sophisme précédent. On disait par J'im : it Nous voulons maintenir tout ce « qui a ék* i labU pat* nos artaMres ; » on dit par celui-ci : » Nous refusons dt; faire ce que nos ancê- « très n'ont p^i* tWiK =^

Il est clair que cette objection , réduite à ellemême , n'a rien de commun avec le mérite ou le démérite de la mesure ; elle conclut à la rejeter sans examen. Avec un tel argument, on aurait condamné tout ce qui a été fait jusqu'à présent; on condamnerait de même tout ce qui se fera dans la suite. Une maxime qui serait fatale à tous les progrès de l'esprit humain dans tous les arts, dans toutes les sciences , peut-elle être bonne en politique, en législation?

u Mais , M dira un raisonneur subtil , u ce qui u nous porte à condamner une mesure qui n'a u point d'antécédent 9 c'est qu'il est à présumer K que si elle eût été bonne , elle se serait déjà i( présentée. 6a nouveauté est contre elle , parce u qu'on n'aurait pas attendu jusqu'à présent à tt trouver ce qui est vraiment utile. »

Rien de plus faible et même de plus faux qu'une telle présomption. Combien n'y a-t il pas d'obstacles , soit politiques, soit naturels, qui ont pu empêcher la mesure , quoique très-convenable en elle-même, d'être présentée au législateur ?

1® Si , toute bonne qu'elle est pour l'Intérêt général, elle ne s'accorde pas avec' les intérêts

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