‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 456 sur 547 · SOPHISME D'AUTORITÉ · texte numérisé non relu

SOPHISME D'AUTORITÉ

serment, n*a pas voulu anéantir sa propre puissance , ni rendre le roi indépendant et le mettre dans Fobllgation de maintenir des lois contre le Tœu général. Il n'a voulu attacher cette obligation au monarque que dans sa capacité executive , et non dans sa capacité législative.

Si , par la troisième clause , il est interdit au roi de consentir à un bill qui altérât la constitution ecclésiastique, il lui est donc interdit , par la posr mière , de cqpsentir à un bill quelconque : car il jure solennellement, pir cette première clause, u de gouverner le peuple selon les statuts du parlement, selon les lois et les coutumes établies, n Mais comment peut-il consentir à des lois nouvelles sans en altérer d'anciennes, sans abroger ou changer des coutumes?

Il est vrai que celte interprétation serait trop absurde pour en imposer à personne. Il est clair que l'objet n'était pas de restreindre le monarque dans son autorité législative, et, par conséquent, de paralyser celle des deux chambres , mais de le guider dans l'exercice de son pouvoir exécutif ;*or, si c'est là l'intention manifeste de la première clause, peut-on en supposer une autre relativement à la troisième?

Mais voulez- vous forcer la conscience du souverain ? Quel que soit le sens que vous donnez à cette clause, voulez-vous lui ôter le droit de l'entendre dans le sien? Exigez- vous de lui le sacrifice de son jugement, tandis que vous réclamez Isf liberté du vôtre?

Non ; mais fout-il qu'en alléguant sa conscience, on obtienne un pouvoir absolu , et , en particulier, celui de maintenir des lois réputées pernicieuses?

Le sermeni, selon les termes dans lesquels il est conçu , est un frein ou une permission. Souvent c'est une permission sous l'apparence d'un frein : un frein dans la forme , une permission dans la réalité.

Ce sont des chaînes qu'on donne au pouvoir. Oui; mais des chaînes comme celles qui figurent sur le théâtre , des chaînes qui font du bruit et qui ont àt l'éclit , mais très-légères pour celui qui les porte. Ce sont des décorations plutôt que des gènes, puisque c'est lui-même qui a choisi les liens qu'il lui convieBtde porter.

Le roi s'engage à ne rien changer à l'ordre ecclésiastique. On parait Kmiter son pouvoir; point du tout, 4)0 l'étend si en hii donne ainsi la faculté de se refuser au vœu de la nation. F^e pouvoir qo'il a pendu est précisément celui qu'il ne veut pas exercer, et la gène apparente du serment est précisément un moyen de despotisme.

Si un roi d'Angleterre se croyait lié par son

serment à refuser une loi qui serait jugée nécessaire par les deux chambres et par le vœu national , la constitution donne heureusement des moyens de sortir du labyrinthe. Il ne trouverait plus de ministres , ou ces ministres n» pourraient plus obtenir la majorité du parlement pour aucune mesure. Le roi serait réduit à céder ou à abdiquer.

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