CHAPITRE VII
PEBS0NN4L1TÉS àDULATOIKES.
Ce sophisme est exactement la contre-partie de celui que nous venons d*exposer; mais, quoiqu'il puisse avoir les mêmes nuances ou les mêmes modifications , il n'est pas nécessaire de les examiner en détail , parce que l'argument f|u'on veut en tirer n'a pas , à beaucoup près , la même force.
Dans le cas précédent , il s'agissait de décrier une mesure de réforme par le caractère de ses partisans ; il s'agit icf de la foire écarter comme inutile à raison des vertus de ceux qui gouvernent. Cette réforme leur déplaH , donc elle est mauvaise ; car il est dans leur nature de vouloir tout ee qui est bien , de préférer l'intérêt public au leur, de ne considérer en toute chose que Tavantage de la communauté. La réforn^ proposée serait à leur égard un acte injurieux de défiance. Les précautions ne sont nécessaires qu'autant que le danger existe ; et , dans ce cas , les dispositions morales des individus en question sont une garantie suffisante , une sauvegarde supérieure à toutes les autres, contre tous les dangers possibles.
Le panégyrique s'élève graduellement des rangs inférieurs aux classes supérieures , constituées en autorité* Les ministres, comme placés phis haut dans Téchelle, sont plus éminents en talents et en vertus; et quand l'argument s'applique au chef
' a II serait absurde de décimer aujourd'hui la Sorbonne, parce qu'elle |>réteDla requête autrefois pour faire brûler la Piicelle d'Orléans ; parce qu'elle déclara Henri UI déchu do droit de régûer, qu'elle rexconunuma ; qu'elle proscrivit le çraod Heari IV. On ne recherchera pas sans doute les autres corps du royaume qui commirent les mêmes excès dans ces temps de frénésie; cela serait non-seutement injuste, oiais il jr aurait autant de folie qu''à purger tous les habitants de Marseille, parce qu'iU ont eu la peste en 1720...
u La fureur qu'inspirent l'esprR dogmatique et l'abus de la religion cbrétienne maV entendue, a répandu autaût de *Af , a produit autant de déssaires en Allemasne, en Angleterre , et même en Hollande , qu'en France : cependant anjoufd*hui la différence des religions ne cause aucun trouble dans ces États. Le juif, le calviniste, te grec, le luihérien, l'anabaptiste, le socioten, le memaoniste, le
suprême de TÉtat , il acquiert une force proportionnelle à sa dignhé.
1*" Cet argument a le caractère général du sophisme. Il est étranger à la question, fia mesure doit avoir quelque chose de tien extraordinaire en elle-même , s*il n*y a pas de moyen plus sûr de juger de sa convenance que par le caractère général des membres du gouvernement.
2*" Si la bonté d*une mesure a été prouvée par des arguments directs , Faccueil qu'elle reçoit est un meilleur critère des dispositions des hommes en place, que celui qu*on peut tirer de leur morale supposée et des éloges qu*on leur donne.
3* Si cet argument est bon dans un cas , il est bon dans tous ; et s*il est admis , il ne tend à rien moins qu'à donner aux personnes en pouvoir un veto absolu sur toutes les mesures qui seraient contraires à leurs inclinations.
4<> Quand le législateur confie un pouvoir, il doit supposer, de la part du dépositaire , une disposition à abuser de son dépôt pour son avantage personnel. Cette supposition , appliquée à tous les individus, n*est injurieuse à aucun. Voilà le principe : et la conséquence pratique est de prendre , contre les abus de pouvoir, toutes les précautions compatibles avec son plein exercice. Ainsi ces arguments tirés des vertus de ceux qui gouvernent, sont en contradiction avec le fondement même des lois *.
50 Qu'une mesure soit proposée par Thomme le plus probe , il n'en doit résulter aucun préjugé en sa faveur. Il peut être homme de bien et ignorant. Nul homme plus vertueux que Thomas Morus , le chancelier d'Angleterre : nul individu qui ait été plus dangereux par son fanatisme. Le vertueux Las-Casas n'eut pour objet que de soulager la misère des malheureux Indiens , lorsqu'il proposa de leur substituer, pour les travaux des mines , les robustes Africains; et avec la meilleure
morave et tant d'autjres, vivent en frères dans ces contrées, et contribuent également au bien de la société... La philosophie, cette soeur de la religion, la philosophie a désarmé des mains que la superstition avait si loogtemps ensanglantées, et l'esprit humain, au sortie de son ivresse, s'est étonné des excès où l'avait emporté le fanatisme.» Voltaire tom. XXX, De la Tolérance , chap. ui.
* « Choisissons de bons magistrats et brûlons nos lois, n J*ai entendu ces propres paroles, prononcées par un homme respectable, dans le conseil représentatif d'une république. Ceux qui applaudissaient à ce sentiment ne considéraient pas qu'il ne tendait à rien moins qu'à établir l'autorité arbitraire sous le nom d*auiorité paternelle. Ces sortes de bergeries politiques sont un objet de dégoût pour ceux qui savent que les bonnes lois seules font de bons magistrats , et que le premler'vœu d'un bon magistrat' est de ne goi* verner que d'après de l>onnes lois.