‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 496 sur 547 · SOPHISME DE PARTIALITÉ AVOUÉE · texte numérisé non relu

SOPHISME DE PARTIALITÉ AVOUÉE

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Cette distinction, toute facile, tout évidente qu'elle est, n'empêche pas ce sophisme de se reproduire sans cesse dan$ les débats législatifs. Chez les uns, n y a défaut de discernement pour la saisir dans les cas particuliers. Chez les autres , il y a défaut de candeur; et c'est là un genre de cataracte qu'aucun oculiste ne peut guérir.

Ce sophisme se montre assez souvent dans un parti d'opposition, sous une forme de lieu commun déclamatoire contre toute création de place ou d'office nouveau , sans aucun examen préalable de son utilité.

Dans ces cas, on fait valoir deux objections générales, l'une tirée du besoin d'économie y l'autre du danger d*accrottre l'influence du gouvernement.

Ces deux objections ont chacune leur force , et une force prépondérante , quand il n'y a point de raison supérieure. Le sophisme consiste à les employer comme des arguments concluants pour rejeter une mesure qui ne présente aucun autre inconvénient que ceux-là.

S'en tenir à ces deux moyens d'attaque, c'est moins combattre l'établissement proposé que faire Taveu de son mérite. En effet, celui qui aurait qufl||ue objection spécifique à présenter, s'en tiendrait-il à celles-ci, qui s'appliquent à tous les emplois existants, à tous ceux qui peuvent exister, et qui détruiraient le système entier du gouvernement si on leur donnait une force péremptoire ?

S'agit-il d'un office à créer , il sera exposé aux attaques par un autre paralogisme. On le dénoncera comme une place parasite, comme une affaire de faveur; on tournera en objection contre le plan le bénéfice qui doit en résulter pour un ou plusieurs individus.

Or la circonstance de ce bénéfice individuel, considérée seule et indépendamment de toute autre objection, bien loin de constituer un argument contre la mesure, est, au contraire, un argument additionnel en sa faveur. La mesure est-elle bonne en totalité , elle devient meilleure par les profits individuels qui en résultent. Est-elle mauvaise en totalité , le profit individuel est autant de soustrait à la somme du mal qu'elle fait naître.

En pHncipe , rien de plus clair : mais la passion ob^ifrcit l'évidence même. Voit- on ce profit indi- ^duel, il sert d'abovd de préjugé, et bientôt d'argument contre la mesure.

Il n'est pas difficile de remonter à la source ^ ce sofOiisme , et d'expliquer son ascendant. L'-ertvie qui dénonce est tot^purs sûre de plaire à l'envie qui écou|e ; et ce sentiment agit avec d'autant plus de force, que oeux qui l'épr^trvent peuvent souvent le méconnaître.

En parlant de cette passion si odieuse dans ses excès , je ferai une observation qui , au premier moment, aura l'apparence d'!!n paradoxe. Je pense que ses effets, pris dans leur totalité, sont plus utiles que pernicieux.

Je ne crois pas qu'il fût pfi))»ib1e à aucune société de se conserver sans la défiance et la vigilance , qui ont pour première cause cette passion toujours secrète et toujours active.

Le législateur qui serait déterminé à n'employer à son service (\ne li s nuAiU sociatix , les moWH de pure bienveillance , itouverait btcnlùtseâ lois sans force et sansefFfl,

Le juge qui ne voudrait recevoir que des «lénonciateurs animés par des motifs purs, serait bientôt sans emploi, relalivement é louLes les fraudes sur le revenu, et à tous leîi délits qui n'affectent que le public en général. S'il ne voulait écouter de témoins que ceux qui lui seraient amenés par le pur amour du bien public, il serait bientôt réduite abandonner son tribunal.

Le législateur ne peut faire concourir les hommes à ses vues qu'en intéressant leurs affections et leurs passions. Les motifs qui les font agir sont personnels ou sociaux, ou antisociaux. Son premier objet sera non-seulement d'employer à son service tous les motifs sociaux qui sont déjà en action , mais encore de les cultiver, de les fortifier, de leur donner toute l'étendue possible *. Par rapport aux motifs personnels , il cherchera à les limiter, à les réprimer, sans leur imputer un blâme qu'ils ne méritent point. Par rapport aux motifs antisocraux, il ne se servira jamais de ces dangereux auxiliaires que par nécessité; il ne les mettra point de luimême en mouvement, mais c<Ni>me ils existent, il s'efforcera de diriger leur influence" vers le bien pnblic : il laissera surtout la concurrence libre dans les carrières des honneurs et de la fortune, afin de convertir l'envie en émulatioA^

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