SOPHISME DE PARTIALITÉ AVOUÉE
chMe sqU mauvaise^ à raison du ntauvais usage qu'on en fait,
Getlc proposition ett spécieuse ; elle peut s'expliquer dans un sens raisonnable ; mais elle est fausse CD elle-même et dangereuse dans les conséquences quV)n veut en tirer.
S*agi(-il d'examiner une institution , tons les bons efPets qui en résultent, conslitiieVit ce qu'on appelle son usage : tous les mauvais effets qui en dérivent, 'non par accident, mais par la volonté des hommes, constituent ce qu'on appelle son abus.
On ne doit juger de la bonté d'une institution que par une comparaison exacte et complète entre l'usage et l'abus,
\^ La maxime peut signifier qu'efa faisant le bilan d'une institution , il ne faut pas conclure qu'elle soit mauvaise , parce que ses effets sont en partie mafivais.
Ce sens présente une vérité trop incontestable pour avoir besbin d'être prouvée , mais utile et même nécessaire comme avertissement, puisqu'elle a été souvent oubliée ou volontairement méconnue par des écrivains amoureux du paradoxe.
Cette maxime , appliquée aux circonstanœs pécuniaires d'un indfvidu , revient à ceci : — De ce qu'un homme a des dettes , ne concluez pas qu'il n'a point Ae propriété.
â° La maxime peut signifier qu'en faisant Texamen en question , il ne fallait passer en ligne de compte que les bons effets , et omettre tous les mauvais.— Ce qui revient à dire qu'il est bon de se tromper soi*même et de tromper les autres.
Ce sophisme implique la crainte de l'examen et le sentiment confus d'une mauvaise cause. Il est nuisible dans tous ses effets.
Si fe partialité est reconnue , non-seulement elle détpuil la confiance, mais elle fait naître des soupçons qui vont souvent 9iu delà du mal qu'on a voulu déguiser. Si elle n'est pas découverte , elle perpétue les abus qu'un examen judicieux aurait fait cesser. Elle entretient dans l'esprit public cette espèce de faiblesse iotellectuelle qui tend à confondre le faux et le vrai. Les préjugés nationaux ainsi flattés peuvent prendre un degré de force et de violence qui conduit aux plus grands malheurs.
^ Eusèbe déclare, dans son Hhlofre de l'Église j quMl a rapporté tout ce qui pouvait contribuer à Phooneur de la religion, et supprimé tout ce qui pouvait tournera se honte. Dans sa Préparation évangitfçue, un des ouvrages les plin savants et les pliil soignés (|ue Tanliqulté nous ait laisait, le xixii« chapitre du xii«livr» porCa celle proposition scandaleuse : « Oomment it peut être légitime et convenable d'employer la fausseté comme une médecine et pour le bien de ceux gui ont besoin d'être trompés,* Le célèbre historien Gibl)«n , dans $i*Défense, pag. 132 ,
11 y a deux classes d'écrivains à qui l'on peat particulièrement reprocher soit yne partialité d'intérêt , soit une partialité de5)révention : les historiens et les jurisconsultes ; les uns en ftveur de leur patrie , de ce qu'ils appellAt sa £^ire et sa grandeur; les autres en faveur du système de lois qu'ils entreprennent d'expliquer.
Mais ce sophisme a été particulièremenl mràU au service de la religion. La notion ItP^lus commune est qu'on ne saurait montrer trlp de partialité en sa fateur. Il ne faut prendre les témoignages que d'une part.
L'auteur de cette maxime , quel qu'il soit , avait une très-mauvaise opinion ou de la religion ou des hommes : de la religion , s'il estimait qu'après un fidèle calcul de ses effets, la balance tournerail contre elle : des hommes , si , croyant que l'utilité de la religion serait démontrée par son résultat, Il les jugeait incapables de saisir cette vérité, et pensait qu'on dût les tromper comme des enfants: opinion qui , pour le dire en passant , doit aboutir au despotisme universel ; car si les hommes sont radicalement incapables de bien juger de ce qui leur convient , toute liberté leur est nuisible , toute connaissance est un piège de plus.
Pour déguiser cette partialité trop marquée^on a eu recours à un expédient. On a créé une autre entité abstraite qu'on a dévouée comme le bouc expiatoire , et qui est chargée de tous les mauvais effets : on l'appelle tantôt superstition , tantôt fanatisme. La superstition fait tout le mal ; et tout le bien, on l'attribue à la religion. C'est une espèce de manichéisme avec son bon et son mauvais principe.
Pour faire une balance exacte et Impartiale, il faudrait séparer ce qui appartient aux diflercntes sanctions qui influent sur la conduite des hommes, ouvrir un compte pour tout ce qui se fait par la sanction naturelle, par la sanction politique, par la sanction de l'honneur (ou sanction morale); et quand on aurait vu ce qu'elles peuvent produire par elles-mêmes, conjointement ou séparément, on verrait ce qui reste à la sanction religieuse, ce qui lui appartient incontestablement ; et l'on aurait alors tous les éléments d'une discussion candidt et instructive <.
censure avec beaucoup de force un IbéologHn anglais qui avait cherché à pallier eeRe prudence d'Eusèbe. lUHe uo passage de MelchiorCanus, qui se plaint«'d^#B qutlMViés (( des philosofUies ont été écrites par Dio^e LaCrce, et (f celles des Césars pà^ Suétone , avec un respect plu «( scrupuleux pour la vérité , qu« celles de^'oiarCyrs et des « saints par les écrivahis catholiques. }>,Et cependant cette partialité infidèle a des conséfpienees plus pemicieuseï dua l'histoire ecclésiast^itil que dms lîiisioire politique. Si Laerce avait caché les défauts de Platon , si Suétone arait
SOPHISMES DES TERMES AMBIGUS