Pétition de priDcipe cachée dans un seul mot
L^ pétition de principe ou le cercle vicieux est un des sophi^mes les plus connus , même de ceux qui n'ont pas fait une étude particulière de la logique. Une question étant donnée, on prétend la résoudre en affirmant la chose même qui est en question , le quod erat demonstrandum. Pourquoi Topium fait-il dormir? C'est qu'il a une vertu soporifique. — C'est un de ceux qu'Aristote avait signalés. Hais Aristote n'a pas décrit et n'a pas même indiqué un mode particulier de l'employer, par le moyen d'un seul mot. Cependant le sophisme ainsi couvert et caché , n'en est que plus efficace. Cherchons à le démêler.
Bans la nomenclature des êtres moraux , il est des dénominations qui présentent l'objet pur et simple , sans y ajouter aucun sentiment d'approbation ou de désapprobation. Par exemple : désir^ disposftîon, habitude^ caractère, motif. J'appelle ces termes , neutres.
Il en est d'autres qui , à l'idée principale, joignent une idée habituelle d'approbation. Honneur, piété, générosfté, gratitude.
D'autres joignent à l'idée principale une idée habituelle de désapprobation. Libertinage, avarice, luxe, cupidité, prodigalité^.
Si l'on fg^mait un catalogue des plaisirs , désirs, émotions , affections , penchants , etc., on en trouverait quelques-uns qui sont pourvus de ces trois
déguisé les vices d^Augiisle, nous y aurions peul-élre* perdu quelques aoecdoies curieuses ou instrucliyes^etnous aurions uoe idée exagérée du mérite de ces hommes célèbres. Voilà le seul inconvénient qui eût pu résulter do leur silence. Mais si Eosèbe avait rapporté fidèlement les scandaleuses dissenaions des confesseurs de la loi , s*ll avait montré que leurs vertus étaient empreintes d'orgueil et d'obstination, que leur piété n'était pas exempte d'enthousiasme, il aurait prémuni ses lectem's contre cet excès de vénération pour eux, qui dégénéra insensiblement en culte religieux. Son Histoire, en cachant ou palliant tout ce qui tient aux faihlcMes humaines , fct un des moyens les plus efficaces de consacrélHa mémoire , les reliques et les écrits des saints du parti dominant ; et une grande partie des erreurs et des corruptions det Ages suivants peut être justement attribuée à cette' criminelle disiimulation de l'Histoire ecclésiastique. jf. Lot fables, dit l'ahbé Fleury, se Découvrent tôt ou tard; « et , alors , elles donnent occasion de se défier de tout , et
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espèces de dénominations , mais en très - petit nombre. Pour les uns , vous n'avez que des termes appro^afUi» ; pour d'autres, et c'est le grand nombre, vous n'en avez que d^ désapprobatiis. Par dénominations , j'entends celles qui ne consistent que dans un seul mot ; car, avec des phrases composées , ou peut exprimer tout ce qu'on veut.
Beaucoup de termes, neutres dans l'origine, ont pris par degrés une teinte de blâme ou de louange, à mesure que les sentiments moraux se sont développés par les progrès de la civilisation. Tyran a été un terme neutre. Le mot pirate fut employé par les anciens Gre«s comme un terme neutre , et quelquefois comme un terme honorable , jusqu'à ce qu'enfin il n'a plus exprimé qu'un délit. Fitium, disent quelques étymologistes , n'exprimait qu'une maladie dans la plante qui porte le vin. Virtus ne signifiait que force. Latro, hostis, et beaucoup d'autres avaient insensiblement changé de signification. Ces variations dans toutes les langues fournissent un fonds de recherches curieuses et intéressantes.
Venons maintenant à notre objet , le sophisme qui se cache sous ces mots. — Ces termes moraux qui ont pris ce caractère déterminé en bonne ou en mauvaise part , ne sont point des termes simples. Ils renferment une proposition , un jugement. liC mot seul , et par lui-o&ème , affirme qye l'objet auquel on l'applique est un objet d'approbation ou de désapprobation.
Une dénomination partiale ajoute donc à la proposition primitive une proposition secondaire; et cette addition se fait d'une manière imperceptible , ou du moins cachée *.
£n parlant de la conduite, ou des penchants, ou des motifs de tel individu , vous est-il indifférent , vous employez le terme neutre. Voulez-vous lui concilier la faveur de ceux qui vous écoutent , vous avez recours au terme qui emporte un accessoire d'approbation. Voulez-vous le rendre mépri-
« de combattre les vérités les mieux établies. » Premier discours sur i'Hisi, eccL, pag. 16.
L*abbé Fleury est cependant Phomme qui a le plus altéré l'histoire dans le sens indiqué par Eusèbe. Il supprime d'une relation antique tous les miracles ridicules qui l'auraient rendue suspecte, du langage d'un saint toute amertume, de sa conduite toute violence. La comparaison, année par année, de son Histoire à celle de Raynaldus, qui lui a servi de base^est un constant commentaire sur ce chapitre.
^ Dans la première édition, J'avais hasardé, d'après mon auteur, deux termes nonvesiux , euloçisliçue ei t^ylogiS' tique, synonymes tVapprobattf, et désapprobatif. On m*a objecté qftiils n'aient pas assez nécessaires pour justifier le néologisme. Je les di supprimés.
a En termes de logique , la proposition primitive est le sujet: la seconde est le prédicat. Ce prédicat est un Jugemtnt d'approbation ou de^ésapffrobation sur l'acte, ou le lODlii^ou l'intention dont il s'agit. '
SOPHISMES DES TERMES AMBIGUS
saMe ou odieux , tous usez de celui qui emporte UD accessoire de blâme *.
Pour employer ce genre de sophisme , il ta'est pas besoin de Ta voir étudié. On y tombe tout Dituréllement; on en fait usage sans s*en apercevoir. Molière dit qu'un gentilhomme sait tout sans avoir rien appris. Tout homme est gentilhomme par rapport à ce sophisme. La difficulté est de le désapprendre. Dans d'autres cas , on enseigne ; dans celiH-ci , U faut désensejgner.
Toutes les fois qu*il s'agit d*estimer si la chose mérite blâme ou louange , celui qui ne veut employer qu'un terme partial cherche à éluder la preuve, et à faire passer pour vrai ce qu'il sait être faux. C'est une pétition de principe.
Il s'agit d'une mesure politique à discuter. Changement dans la loi est un terme neutre. Perfectionnement^ amélioratfon, sont des termes de faveur : innovation est un terme de défaveur.
Il ne sera pas rare, dans. un débat, de voir ces trois mots , mais surtout les deux derniers , appliqués à la même mesure par les deux partis , avec l'intention de produire un effet par la seule fbrce du mot. Celui ^'innovations qui semble synonyme de nouveauté , a pris un caractère , sinon absolument mauvais , du moins suspect. Innovation emporte J'idée d'un changement téméraire ou brusque, qui ne s'aille pas avec les choses existantes. Celui qui ne veut point écouter ou alléguer de raison , et qui aurait honte de rejeter une mesure améliorative, la rejette , sans scrupule, sous le nom d'innovation. Ce nom insinue une présomption générale contre la mesure proposée.
Tous les sophismes suivants renferment la pétition de principe y et précisément celle qui est cachée dans le mot; mais ils ont quelque circonstance qui les distingue.