CHAPITRE H
SECONDE CAUSE DES SOPHISMES. — PRÉJUGÉS FONDÉS SUR UN INTÉRÊT SÉDUCTEUR QUI AGIT A l'iNSU DE CELUI qu'il GOUVERNE.
Sj notre intérêt inj9ue sur nos actions , il n'influe pas moins sur notre entendement : mais cette inj9uence n*est pas touj'ours si manifeste dans le second cas que dans le premier. Un motif séducteur me porte à faire une mauvaise action que je reconnais pour telle : un motif séducteur me fait adopter une
une direction bien opposée au principe de Tutilité , est le plus souvent d*accord avec la morale, et lui prête un nouvel appui.
Voilà les freins moraux qui ajoutent leur force à celle des lois pour tempérer Tintérêt privé : mais sa prééminence n^en est pas moins établie par toute l*histoire.
S'il en était autrement, il y aurait donc beaucoup de despotes qui aurafent employé 4eur puissance à limiter Tautorité absolue; beaucoup de satrapes qui auraient mieux aimé donner à une nation des droits permanents qu'exercer eux-mêmes une tyrannie passagère ; beaucoup de prêtres des fausses religions qui auraient dévoilé publiquement leurs impostures; beaucoup de Jurisconsultes qui auraient cherché à simplifier la procédure, à rendre la législation claire, certaine et facile ; beaucoup de militaires qui auraient refusé de servir dans des guerres injustes et de contribuer à opprimer des peuples libres ; beaucoup de courtisans qui auraient été les censeurs assidus des vices du prince ; beaucoup de colons qui auraient rejeté avec horreur la traite des nègres et travaillé à affranchir leurs esclaves ; beaucoup de nobles qui n'auraient pas voulu de privilèges aux dépens du peuple, etc., etc.
Dèsqu'on connaît la constitution d^unEtat et les intérêts qyi prédominent dans telle on telle classe, il ne faut qu'une sagacitécommune pour deviner une grande partie de son histoire.
Vous savez qu'à Rome , la nation était divisée en patriciens et eu plébéiens : vous connaissez l'intérêt de ces deux ordres, vous pressentires les luttes qui doivent naître, ei vous anticiperez l'arrivée du tyran qui doit les subjuguer tous les deux.
Triste vérité ! dira-t-on ; déplorable révélation de la nature humaine l Je conviens qu'elle n'a rien de flatteur pour l'amour-propre, mais elle ne conduit ni à la misanthropie ni au découragement, puisqu'on vasque ïa plui f;r.ir)de partie des actions humaines est coniluiLe int^occmmeiU et utilement par le seul intérêt privé, et que, daus la (ijuparl dés cas où il serait dangereux, il ed contepu par les loid, parla prudence, parla bienveillance, parla religion. Qu'il y ait des hommes puissants qui, au lien de détruire tes abus, ne s'appliquent qu'à les maintenir ; ^\C\\ y ail rtea ccjrpora* tiom ou des classes dont l'existence cat aiLachéù à des institutions malfais.intes, c'est un gr^ud mal aaps iloiite; mais ce n'est point uo mal sans espoir. Son remède est dans le progrès des lumières, et dans une lécifiiaUon qui, en s'éclairant, tend sans cesse à mettre plus d'harmonie en ire l'intérêt public et les intérêts privés, Voycz^ sur ïa perfectibilité, Traités de iégislation, art. /^^ue prospeeiive , etc*