‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 535 sur 547 · ARTICLE XIV · texte numérisé non relu

ARTICLE XIV

Tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée.

OBSERVATIONS

Supposez que l'auteur de cet article fût un ennemi de l'État, qui se proposait de troubler le cours des affaires publiques et de mettre tous les citoyens aux prises , rien ne pouvait être plus adroitement ad^té à ce but : mais si c'est un ami de l'État , et qu'il ait eu pour objet de donner aux dépenses publiques un contrôle salutaire , on ne saurait rien concevoir de plus puéril.

Qu'entend-on par tous les citoyens? Entend on tous les citoyens collectivement , agissant en corps, ou chaque citoyen individuellement ? Ce droit que j'ai, puis-je l'exercer par moi-même quand il me plait, sans le concours de personne, ou faut-il que j'attende jusqu'à ce que j'aie engagé tous les autres ou du moins Ta m^ure partie des autres, à se joindre à moi pour en faire usage? La différence qui en résulte , par rapport à l'exercice du droit , est énorme : mais ces rétlacteurs qui emploient indistinctement, ce semble , les mots disjonctifs et les mots conjonctifs, ne paraissent pas même la soupçonner.

Si je puis exercer ce droit par moi-même , dans

SûraiSMES ANARCHIQUES.

ma capacité individuelle , j*ai donc le droit d'aller â mon gré dans tous les bureaux du retenu public, de demander compte aux employés, de me faire apporter leurs livres , de les soumettre à -toutes mes questions, d'arrêter toutes les affaires : et ?ous, qui êtes citoyen aussi bien que moi , vous avez le même droit que j*ai. Si tous voulez Texercer en roèmé temps, qui doit avoir la préférence? Qui doit être obéi le premier? Qui réglera ce pas entre nous et mille autres? Cette manière d'instituer le gouvernement serait plutôt celle de le dissoudre.

Si les citoyens ne peuvent exercer ce droit que collectivement, c'est-à-dire agissant en corps,, il fallait donc expliquer de quelle manière ces corps collectifs devaient se former. C'est là précisément ce que la loi devait nous apprendre , et ce qu'elle ne nous apprend pas.

Le droit de consentir! Singulier mode d'expression pour signifier le droit d'accepter ou de rejeter ! Le droit de voter est clair. Le droit de consentir présente une idée ridicule. Il rappelle ce qu'un railleur disait d'un sénat dans un gouvernement despotique :«( Ces messieurs ont le droit d'approuver tout « ce qu'on leur propose, ou d'aller en exil. » Ces p(Altes pagodes chinoises qu'on vendait à Paris sous le nom de ndlabies, n'avaient d'autre mouvement de la tête qu'une inclination en avant. C'était l'image du droit de consentir. Je ne donne pas cette remarque comme bien importante : mais il est étonnant qu'une assemblée qui prétendait fixer les mots, fixer les idées, fixer les lois et tout fixer pour toujours, se servit , dans une occasion essentielle , d'un terme équivoque et impropre, comme si la langue française était réiluite à ce bégayement inepte.

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