‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 542 sur 547 · EXAMEN PARTIEL · texte numérisé non relu

EXAMEN PARTIEL

Si tous les hommes sont égaux en droits, il n'y a plus de droits : car si tous ont le même droit à une chose , il n'y a plus de droits pour personne.

Tout citoyen qui est dan^ Pimpuisxance de pourvoir à ses besoins ^ a droit aux secours de ses concitoyens.

Avoir droit aux secours de ses concitoyens , c'est avoir droit à leurs secours dans leur faculté individuelle ou dans leur faculté collective.

Donner à chaque indigent un droit sur les secours de chaque individu qui n'est pas au même degré d'indigence, c'est renverser toute idée de propriété ; car, dès lors , incapable de pourvoir à ma subsistance, j^i droit de me faire nourrir par vous, j*ai droit à ce que vous possédez, c'est mon bien autant que le vôtre ; la portion qui m'est nécessaire nfest plus à vous , elle est à moi ; vous me volez si vous me la retenez.

Il est vrai qu'il y a des difficultés d'exécution ; moi indigent , auquel de mes concitoyens dois-je n'adresser pour me faire donner ce qui me manque ? Est-ce à Pierre plutôt qu'à Paul? Si vous vous bornez à déclarer un droit général , sans spécifier comment je puis l'exercer , vous ne faites rien du tout , je puis mourir de faim avant de savoir qui doit me donner de la nourriture.

Ce que Tauteur a dit , ce n'est pas ce qu'il a voulu dire. Son intention était de déclarer que les indigents auraient droit aux secours de la communauté. Mais alors il faut déterminer comment ces secours doivent se lever, se distribuer. Il faut organiser Tadministration qui doit assister les pauvres , créer les officiers qui doivent constater son besoin , et

régler la manière dont il doit procéder pour mettre son droit en valeur.

Le soulagement de l'indigence est une des plus belles branches de la civilisation. Dans Tétat de nature, autant qu'on peut s'en fairt une idée, èeux qui ne peuvent pas se procurer de quoi vivre, meurent de faim. 11 faut qu'il existe un superflu dans une classe nombreuse de la société, avant qu'on puisse en appliquer une partie au maintien des pauvres. Mais on peut imaginer un tel état de pauvreté , une telle famine , qu'il ne serait pas possible de donner du pain à tous ceux qui en manquent. Comment peut-on faire de ce devoir de bienfaisance un <}roit absolu? C'est donner à la classe indigente l'idée la plus fausse et la plus dangereuse : ce n'est pas seulement ôter aux paBvret toute reconnaissance pour leurs bienfaiteurs , c'est leur mettre les armes à la main contre tous les propriétaires.

Je sais bien que l'auteur se défendrait contre toutes les conséquencel pernicieuses qui décpulent si manifestement de ses principes , par les clauses qu'il a insérées , qu'on n'a Jamais le droit de nuire à autrui ^ et que la loi peut mettre des bornes à Cexercice de toutes les branches de la liberté : mais ces clauses réduisent tout à rien : car si la loi peut mettre des bornes, jusqu'à ce qu'on les connaisse, quelle connaissanœ a-t-on de son droit? Quel usage en peut-on Aire? Rien de plus captieux qu'une déclaration qui me doone ce qu'elle autorise à me reprendre. Ainsi rédigée , elle pourrait être reçue à Maroc et à Alger, sans faire ni bien ni mal.

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