DES FRAIS DE CULTE
Si l'on considère les ministres de la religion comme chargés de maintenir une des sanctions de la morale (la sanction religieuse), il faut rapporter les frais de letir entrelien à la même branche que la
t Si cette déduction est établie sur un pied fixe, chaque propriét.iire sachant d'avance ce qu*il doit donner, la peine d'attente trompée disparaît et fait place à une autre nn peu différente par sa nature, et moindre en degré.
s M. Bentham a pubUé un ouvrage sur ce sujet , depuis l'époque où j'avais rédigé ces Principes du code civil. Il
police et la justice , à la sûreté intérieure. C'est un corps d'inspecteurs et d'instituteurs moraux qui forment pour ainsi dire l'avant^garde de la loi, qui n'ont pas de pouvoir contre les crimes , mais qui combattent les vices d'où sortent les crimes , et qui rendent l'exercice de l'autorité plus rare en maintenant les mœurs et la subordination. S'ils étaient chargés de toutes les fonctions qu'on pourrait convenablement leur assigner pour l'éducation des classes inférieures, pour la promulgation des lois, pour la tenue de divers actes publics, l'utilité de leur ministère serait plus manifeste. Plus ils rendraient de vrais services à l'Etat , moins ils seraient sujets à ces maladies des dogmes et des controverses, qui naissent de Fenvie de se distinguer, et de l'impuissance d'être utile. Il faut diriger leur activité et leur ambition vers des objets salutaires, pour les empêcher de devenir malfaisants.
Sous ce rapport, ceux mêmes qui ne reconnaîtraient pas les bases de la sanct^n religieuse , ne pourraient pas se plaindre qu'on les fit contribuer aux fixais de son entretien, puisqu'ils participeraient à ses avantages.
Mais s'il y avait dans un pays une grande diversité de cidtes et de religions, et que le législateur ne fût pas gêné par un établissement antérieur ou des considérations particulières, il serait plus conforme à la liberté et à l'égalité d'appliquer à l'entretien de chaque église les contributions de chaque communauté religieuse. On pourrait craindre, il est vrai, dans cet arrangement , le zèle du prosélytisme de la part du clergé; mais il serait aussi probable que de leurs efforts réciproques résulterait une émulation utile , et qu'en balançant leur influence , ils établiraient une espèce d'équilibre dans ce fluide d'opinions sujet à de si dangereuses tempêtes.
On pourrait imaginer un cas bien malheureux 3, celui d'un peuple à qyi le législateur défendrait l'exercice public de sa religion, en lui imposant en même temps l'obligation de salarier une religion qu'il regarderait comme l'ennemie de la sienne. Ce serait une double violation de la sûreté. On verrait se former dans ce peuple un sentiment habituel ^ haine contre son gouvernement , un désir de noil*^.- .^ veauté, un courage féroce , un secret profond. Le peuple privé de tous les avantages d'une religion publique, de guides connus, de prêtres avoués, serait livré à des chefs ignorants et fanatiques; et comme le maintien de ce culte serait une école de
en existe un abrégé sous ce titre: Esquisse d'un ouvragés^'en fitveur des Pauvres, parler, Behtbàm , publiée en français par Adrien Djj Quesnot. Paris, de rimprimerie des Sourds-Muets, an 10, in-S*'.
' Ce n'est point un cas Imaginaire : c'est ea particulier celui de l'Irlande.
DE QUELQUES CAS SUJETS A CONTESTATION
conspiration , la foi du serment , au lieu d'être la sauvegarde de TÉlat, en deviendrait la terreur : au liea de lier les citoyens au gouvernement , il les , unirait contre lui. En sorte que ce peuple de viendrait aussi redoutable par ses vertus que par ses vices.
SECTION m.
VÊ LA GULTUBE DES ARTS ET DES SaENCES.
Je ne parlerai pas ici de ce qu'on peut faire pour ce qu'on appelle les arts et les sciences utiles : personne ne doute que des objets d'une utilité pubb'que ne doivent être soutenus par des contributions publiques.
Mais quand il s'agit de la culture des beaux-arts, derembellissement d'un pays, des édifices de luxe , des objets d'ornement et de plaisir, en un mot, de c«s œuvres de surérogation , doit-on lever des contributions forcées? Peut-on justifier l'établissement des impôts qui n'auraient que cette destination brillante, mais superflue?
Je ne veux |>a8 faire ici le plaidoyer de l'agréable contre l'utile *, ni justifier qu'on mette le peuple à Tétroil pour donner des fêtes à une cour, ou des pensions à des baladins. Mais on peut présenter une ou deux réflexions par manière d'apologie.
1. La dépense qu'on fait et qu'on peut faire pour ces objets , est ordinairement bien peu de chose , comparée à la masse des contributions nécessaires. (jHj'oD s'avisât de restituer à chacun sa quote-part de cette dépense superflue, ne serait-ce pas un objet impalpable ?
2. Cette partie surérogatoire des contributions étant confondue avec la masse de celles qui sont nécessaires , la levée en est impercepèible : elle n'excite aucune sensation séparée qui puisse donner Beuà une plainte distincte. Et le mal du premier ordre , limité à une somme si modique , ne suffit * pas pour produire un mal du second ordre.
■ £e luxe d'agrément peut avoir une utilité païen attirant un concours d'étrangers qui ent leurs capitaux dans le pays : peu à peu les ons deviennent tributaires de celle qui tient le rittptre de la iqpde.
• Un pays fefi^ en amusements peut être envisagé comme un grand théâtre qu'une foule de spectttjpni ciK'ieux , attirés de toutes parts , souliiimuiM^li partie à leurs frais.
H se peut même que cette prééminence dans les
' J€ ii*eiitends pat qu^il y ait une opposition réelle entre I^uile et l*afréable : tout ee qui donne du plaisir e^t utile; ■iif dans li langage ordinaire , on appelle exclusivement ^iltf ce qui produit une utilité éloignée ; agréable y ce qui
objets d'agrément, de littérature et de goût, tende à concilier à une nation la bienveillance des autres peuples. Athènes , qu'on appelait l'œil de la Grèce , a été sauvée plus d'une fois par ce sentiment de respect qu'inspirait cette supériorité de civilisation. Une auréole de gloire , qui environnait cette patrie des beaux-arts , servit longtemps à couvrir sa faiblesse , et tout ce qui n'était pas barbare s'intéressait à la conservation de cette ville, le centre de la politesse et des plaisirs de Fesprit.
Après tout cela, il faut bien convenir que cet objet séduisant pourrait être abandonné sans risque à la seule ressource des contributions volontaires. Il faudrait au moins n'avoir rien négligé d'essentiel avant que de se livrer aux dépenses de pur ornement. On pourra s'occuper des comédiens, des peintres et des architectes, quand on aura satisfait à la foi publique , quand on aura dédommagé les individus des pertes occasionnées par les guerres , les délits et les calamités physiques, quand on aura pourvu à la subsistance des indigents : jusque-là cette préférence accordée à de brillants accessoires sur des objets de nécessité, ne saurait être justifiée.
Elle est même bien contraire à Tintérèt du souverain , attendu que les reproches seront toujours exagérés , parce qu'il ne faut point d'esprit pour les trouver, mais seulement de la passion et de l'humeur. On sait à quel point on s'en est servi de nos jours, dans des écrits d'une éloquence vulgaire, pour échauCFer le peuple contre le gouvernement des rois. Cependant, quoique tout conspire à cet égard à jeter les princes dans Tillusion, sont-ils jamais tombés, pour le luxe des amusements, dans les mêmes excès que plusieurs républiques? Athènes, à l'époque de ses plus grands dangers, dédaignant également et l'éloquence de Démoslhène et les menaces de Philippe , connaissait un besoin plus pressant que celui de sa défense, un objet plus essentiel que le maintien de sa liberté. I>a plus grave des prévarications consistait à détourner, même pour le bien de l'État, les fonds destinés â l'entretien du théâtre. Et à Rome, la passion des spectacles ne fut-elle pas portée jusqu'à la fureur? 11 fallut prodiguer les trésors du monde et les dépouilles des nations pour captiver les suffrages du peuple-roi. La terreur se répandait dans tout un pays, parce qu'un proconsul avait une fête à donner à Rome : une heure des magnificences du cirque jetait dans le désespoir cent mille habitants des provinces.
a une utilité immédiate ou se borne au plaisir présent. Bien des choses auxquelles on conteste le nom d'unie, ont donc une utilité plus certaine que celles auxquelles on approprie cette dénomination.
DE QUELQUES ATTEINTES A LA SÛRETÉ