DES ÉCHANGES FORCÉS
cipe de la 8ûrelé , de poursuivre l'erreur dans toutes ses retraites.
Que fait-on pour se tromper soi-même , ou pour tromper le peuple sur ces grandes injustices? On a recours à certaines maximes pompeuses qui ont un mélange de faux et de vrai, et qui donnent à une question simple en elle-même un air de profondeur et de mystère politique, l/intérèt des individus, dit-on , doit céder à Tintérèt public. Mais ici qu'est-ce que cela signifie? Chaque individu n*est-il pas partie du public autant que chaque autre? Cet intérêt public , que vous personnifiez , n*est qu'un terme abstrait : il ne représente que la masse des intérêts individuels. Il faut les faire tous entrer en ligne de compte, au lieu de considérer les uns comme étant tout et les autres comme n'étant rien. S'il était bon de sacrifier la fortune d'un individu pour augmenter celle des autres , il serait encore mieux d'en sacrifier un second, un troisième, jusqu'à cent, jusqu'à mille, sans qu'on puisse assigner aucune limite; car, quel que soit le nombre de ceux que vous avez sacrifiés, vous avez toujours la même raison pour en ajouter un de plus. En un Bot, l'intérêt du premier est sacré, ou l'intérêt d*aucun ne peut l'être.
Les intérêts individuels sont les seuls intérêts réels. Prenez soin des individus. Ne les molestez jamais, ne souffrez jamais qu'on les moleste, et vous aurez fait assez pour le public. Conçoit-on qu'il y ait des hommes assez absurdes pour aimer mieux la postérité que la génération présente, pour préférer Fhomme qui n'est pas à celui qui est, pour tourmenter les vivants, sous prétexte de faire le bien de ceux qui ne sont pas nés et qui ne naîtront peutêtre jamais.
Dans une foule d'occasions, des hommes qui souffraient par l'opération de quelque loi , n'ont pas osé se faire entendre ou n'ont pas été écoutés , à cause de cette obscure et fausse notion, que rinlérèt privé doit céder à l'intérêt public. Mais si c'était une question de générosité, à qui convient-il mieux de fcierccr? A tous envers un seul , ou à un seul envers tous? Quel est donc le pire égoïste, celui qui d^re de conserver ce qu'il a, ou celui qui veut s'emparer , et même par force , de ce qui est à un autre?
Un mal senti et un bienfait non senti , voilà le résultat de ces belles opérations où l'on sacrifie des ÎBciÎTÎdus au public.
Je finirai paonne grande considération générale. Pfm on respecte le principe de la propriété, plus é s*afFermit dans l'esprit du peuple. De petites atteintes à ce principe en préparent de plus grandes. Il a fallu bien du temps pour le porter au point où !ë voyons dans les sociétés civilisées : mais
une fatale expérience nous a montré avec quelle facilité on peut l'ébranler, et comment le sauvage instinct du brigandage reprend l'ascendant sur les lois. Les peuples et les gouvernements ne sont à cet égard que des lions apprivoisés : mais s'ils viennent à goûter du sang , leur férocité naturelle se rallume.
Si torrida parvus F'enit in ora cruor, redeunt rabîetque furorque; Admonitœque tument guslato sanguine fauces. Fervet et à tt^epido vix abstinet ora magistro,