Liberté de cbaue sur les terres non-appropriées
Il en est de même des terrains qui ne sont pas appropriés 9 les landes incultes, les forêts sauvages. Dans les pays vastes, qui ne sont pas peuplés â proportion de leur étendue , ces terrains vagues forment des espaces considérables où le droit de chasse peut s'exercer sans limite. L'homme n'est encore là que le rival des animaux carnassiers , et la chasse étend le fonds des subsistances sans nuire i personne.
Mais dans les sociétés civilisées, où l'agriculture a fait de grands progrès , où les terres non-appropriées ne sont qu'une très«petite proportion de celles qui ont reçu le sceau de la propriété , il y a bien des raisons qui plaident contre ce droit de chasse accordé au premier occupant.
Premier inconvénient. Dans ces pays où la population est nombreuse, la destruction des ani- .maux sauvages peut aller plus vite que leur reproduction. Rendez la chasse libre, les espèces qui en sont l'objet pourraient diminuer d'une manière sensible et même s'anéantir. Le chasseur, qui au- , rait autant de peine alors à se procurer une seule perdrix qu*aujourd'hui à s'en procurer cent, les renchérirait du centuple. Il ne serait pas en perte lui-même, mais il ne fournirait en valeur â la société que la centième partie de ce qu'il lui fournit actuellement. En d'autres termes plus simples , le plaisir de manger des perdrix serait rédiut à la centième partie de ce qu'il est.
Second inconvénient. La chasse , sans être plus productive que d'autres travaux, a malheureusement plus d'attraits. Le jeu s'y combine avec la
, peine , l'oisiveté avec l'exercice , et la gloire avec le danger. Le charme d'une profession si bien assortie à tous les goûts naturels de l'homme, amènera dans cette carrière un grand nombre de concurrents ; ils réduiront le prix du travail , par la rivalité, à la plus simple subsistance, et, en général, cette classe d'aventuriers sera pauvre.
Troisième inconvénient. La chasse ayant des saisons particulières , il y aura des intervalles où l'activité du chasseur sera enchaînée. Il ne reviendra pas aisément d'une vie errante à une vie sédentaire, de Tindépendance à l'assujettissement , et d'une habitude d'oisiveté à une habitude de travail. Accoutumé, comme le joueur, à vivre de chances et d'espérances, un petit salaire fixe a peu d'attraits pour lui. C'est donc un état qui doit porter l'homme au crime par la misère et la fainéantise.
Quatrième inconvénient» L'exercice même de cette profession est naturellement fécond en délits. Tout ce qu'elle cnAinte de querelles , de procès , de poursuites, de convictions, d'emprisonnements et d'autres peines, est plus que suffisant pour en contre-balancer les plaisirs. Le chasseur , fatigué d'attendre vainement sa proie sur les grands chemins , épie en secret le gibier des possessions voisines. Se croit-il observé? il se détourne, il se cache: il est fait à la patience et à la ruse. Ne voit-il plus de témoins? il ne respecte plus de limites, il franchit les fossés, il saute les haies, il dévaste les enclos; et sa cupidité , trahissant sa prudence, le jette dans des positions périlleuses dont souvent il ne peut sortir sans malheur ou sans crime. — Si la chasse est permise sur les grands chemins, il faudra donc une armée de gardes pour prévenir les écarts des chasseurs.
Cinquième inconvénient, Laisse-1-on subsister ce droit de chasse, si peu avantageux quand il s'exerce dans des limites si étroites? il faut dans le code civil et pénal un assortiment de lois pour en déterminer l'exercice et pour en punir les violations. Cette multiplication des lois est déjà un mal , parce qu'on ne les multiplie point sans les affaiblir. De plus , la sévérité nécessaire pour prévenir des délits si faciles et si attrayants, donne un caractère odieux à la propriété, et place l'homme opulent dans un état de guerre avec ses indigents voisins. Le moyen de couper court, ce n'est pas dérégler le droit, mais de le supprimer.
La loi prohibitive une fois connue , il ne se formera plus iL'attente pour la jouissance de ce privilège. On ne convoitera pas plus les perdrix que les poules ; et dans l'esprit de la multitude même le braconnage ne se distinguera pas du larcin.
Il est vrai que jusqu'à présent les idées populaires sont en faveur de ce droit de chasse ; mais s'il faut
AUTRE MOYEN D'ACQUÉRIR. — CONSENTEMENT
de la condescendance pour les idées populaires , ce n*e8t que dans les occasions où elles auraient une grande force, et où Ton ne pourrait pas espérer (Ceo changer le cours. Qu'on se donne la peine d'éclairer le peuple , de discuter les motifs de la loi, de la faire envisager comme un moyen de paix et de sûreté , de montrer que Texercice de ce droit se réduit presque à rien , que la vie du chasseur est misérahle, que cette ingrate profession Texpose sans cesse au crime , et sa famille à Findigence et à la honte , j'ose affirmer que les idées populaires, pressées par la force continue et douce de la raison , prendronten peu de temps une direction nouvelle. Il est des animaux dont la valeur, après leur mort, ne compenserait point les dommages. Tels sont les renards, les loups, les ours, toutes les hètes carnassières ennemies des espèces assujetties à rhomme. Loin de les conserver , il ne s'agit que de les détruire. Un des moyens , c'est d'en donner ia propriété au premier occupant, sans égard au droit du propriétaire foncier. Tout chasseur qui attaque des animaux nuisibles doit être considéré comme un employé de la police. Mais il ne faut admettre l'exception que par rapport aux animaux capables de faire beaucoup de dégâts *.