‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 8 sur 547 · OPÉRATION DE CES PRINOPES EN MATIÈRE DE LÉGISLATION · texte numérisé non relu

OPÉRATION DE CES PRINOPES EN MATIÈRE DE LÉGISLATION

Le principe de Futilité n'a jamais été ni bien déreloppé ni bien suivi par aucun législateur : mais , comme nous l'avons déjà dit , il a pénétré dans les lois par son alliance occasionnelle avec le principe .de sympathie et d'antipathie. Les idées générales de vice et de vertu , fondées sur des sentiments confus de bien et de mal , ont été assez uniformes |H)ar ressenliel. Les législateurs, en consultant ces idées populaires , ont fait les premières lois , sans lesquelles les sociétés n'auraient pas pu subaster.

Le principe de l'ascétisme , quoique embrassé avec chaleur par ses partisans dans leur conduite privée , n'a jamais eu beaucoup d'influence directe sur les opérations du gouvernement. Chaque gou- Ternement , au contraire , a eu pour système et pour objet de travailler à acquérir de la force et de la prospérité. Le mal qu'ont fait les princes, ils l'ont fait par de dusses vues de grandeur et de puissance, ou par des passions particulières dont les malheurs publics étaient.le résultat, mais non pas le but. Lq régime de Sparte , qu'on a si bien appelée un cou- ^^^ guerrier y était relatif aux circonstances de celte cité , nécessaire pour sa conservation , ou du moins jugé tel par son législateur, et conforme, sous cet aspect, au principe de l'utilité. Les États chrétieu ont permis l'établissement des ordres monas- * tiqoes, mais les vœux étaient censés volontaires. Se tourmenter soi-même était une œuvre méritoire ; tourmenter un autre individu contre son gré était on crime. Saint Louis portait le cilice , et n'obligea passes sujets à le porter.

Le principe qui a exercé la plus grande influence sur le gouvernement , c'est celui de sympathie et d'antipathie. En effet , il faut rapporter à ce principe Âmt ce qu'on poursuit sous les noms les plus spécieux, sans avoir 1q bonheur pour objet unique ^indépendant, bonnes mœurs , égalité, liberté, JBitice , puissance , commerce , religion même : objets respectables , objets qui doivent entrer dans

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les vues du législateur, mais qui Fégarent trop souvent, parce qu'il les considère comme but, et non pas comme moyen. Il les substitue au lieu de les subordonner à la recherche du bonheur.

Ainsi , dans Téconomie politique , un gouvernement, tout occupé de commerce et de richesse, ne voit plus la société que comme un atelier, n'envisage plus les hommes que comme des machines productives, et s'embarrasse peu de les tourmenter, pourvu qu'il les enrichisse. Les douanes , les changes, les fonds publics absorbent toutes ses pensées. Il reste indifférent sur une foule de maux qu'il pourrait . guérir. Tout ce qu'il veut , c'est qu'on produise beaucoup d'instruments de jouissance, tandis qu'il met sans cesse de nouveaux obstacles aux moyens de jouir.

D'autres ne savent chercher le bonheur public que dans la puissance et la gloire. Pleins de dédain pour ces États qui ne savent qu'être heureux dans une paisible obscurité , il leur faut à eux des intrigues, des négociations, des guerres , des conquêtes. Ils ne considèrent pas de quelles infortunes cette gloire se compose, et combien de victimes préparent ses sanglants triomphes. L'éclat de la victoire, l'acquisition de quelque province , leur cachent ta désolation de leur pays , et leur font méconnaître le vrai but du gouvernement.

Plusieurs ne considèrent point si un État est bien administré , si les lois protègent les biens et les personnes, si le peuple enfin est heureux. Ce qu'ils veulent par-dessus tout , c'est Ja liberté politique, c'est-à-dire la distribution la plus égale qu'on puisse imaginer du pouvoir politique. Partout où ils ne voient pas la forme de gouvernement à laquelle ils sont attachés, ils ne voient que des esclaves ; et si ces prétendus esclaves se trouvent bien de leur état, slls ne désirent pas de le changer , ils les méprisent et les insultent. Ils seraient toujours prêts , dans leur fanatisme, à jouer tout le bonheur d'une nation dans une guerre civile, pour transporter les pouvoirs dans les mains de ceux qui, par l'ignorance invincible de leur état, ne sauraient jamais s'en servir que pour se détruire eux-mêmes.

, Voilà quelques exeipples des fantaisies qu'on substitue dans la politique à la véritable recherche du hfm* heur. Ce n'est pas par opposition au bonheur même, mais par inadvertance et par méprise. On ne saisit qu'une petite portion du plan de l'utilité : on s^attache exclusiveiajsnt à cette partie : on travaille contre le bonheur , en poursuivant quelque branche particulière de bien public : on ne songe pas que tous ces objets n'ont qu'une valeur relative, et que le bonheur seul pos^e une valeur intrinsèque.

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