‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 80 sur 547 · Beioin supérieur · texte numérisé non relu

Beioin supérieur

C'est-à-dire : Besoin de recevoir le service supérieur à Vinconvénient de le rendre.

Chaque individu a pour occupation constante le soin de son bien-être : occupation non moins légitime que nécessaire ; car supposez qu'on pût renverser ce principe, et donner à l'amour d'autrui l'ascendant sur Famour de soi-même , il en résulterait l'arrangement le plus ridicule et le plus funeste. Cependant il y a beaucoup d'occasions où l'on peut faire une addition considérable au bien-être d'autrui par un sacrifice léger et même imperceptible du sien propre. Faire en pareille circonstance ce qui dépend de nous pour prévenir le mal prêt à tomber sur un autre , c'est un service que la loi peut exiger : et l'omission de ce service dans les cas où la loi a trouvé bon de l'exiger, ferait une espèce de délit qu'on peut appeler délit négatifs pour le distinguer du délit positif y qui consiste à être soi-même la cause instrumentale du nfîal.

Mais employer ses efforts , quelque légers qu'ils soient , peut être un mal : être contraint de les employer, c'en est un certainement; car toute contrainte est un mal. Ainsi, pour exiger de vous quelque service en faveur de moi y il faut que le mal de ne pas le recevoir soit si grand , et le mal de le rendre si petit, qu'on ne doive pas craindre d'amener l'un pour éviter l'autre. — 11 n'y a pas moyen de poser des limites précises. Il faut s'en rapporter aux circonstances des parties intéressées , en laissant au juge le soin de prononcer sur les cas individuels à mesure qu'ils se présentent.

Le bon Samaritain ^ en secourant le voyageur

blessé, lui sauva la vie. C'était une belle action, un trait de vertu, disons plus, un devoir moral. Aurait-on pu en faire un devoir politique? Aurait-on pu ordonner un acte de cette nature par une loi générale? non, à moins qu'on ne l'eût tempérée par des exceptions plus ou moins vagues. Il faudrait bien , par exemple, établir dans ce cas une dispense en faveur d'un chirurgien , attendu par plusieurs blessés dans un besoin extrême , — ou d'un officier qui se rend à son poste pour repousser l'ennemi, — ou d'un père de famille allant au secours d'un de ses enfants en danger.

Ce principe du besoin supérieur est la base de plusieurs obligations. Les devoirs exigés du père envers ses enfants peuvent être onéreux pour lui : mais ce mal n'est rien en comparaison de celui qui résulterait de leur abandon. Le devoir de défendre l'État peut être encore plus onéreux; mais que l'État ne soit pas défendu , il ne peut plus exister. Que les impôts ne soient pas payés , le gouvernement est dissous. Que les fonctions publiques ne soient pas exercées , la carrière est ouverte à tous les malheurs et à tous les délits.

On comprend que l'obligation de rendre le service tombe sur tel individu , à raison de sa position particulière , qui lui donne plus qu'à tout autre le pouvoir ou l'inclination de l'accomplir. C'est ainsi qu'on choisit pour tuteurs à des orphelins des parents ou des amis à qui ce devoir serait moins onéreux qu'à un étranger.

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