‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 84 sur 547 · INTERCOMMUNAUTÉ DE BIENS. SES INCONVÉNIENTS · texte numérisé non relu

INTERCOMMUNAUTÉ DE BIENS. SES INCONVÉNIENTS

Il n'est point d'arrangement plus contraire au principe de l'utihié que la communauté des biens ; surtout ce genre de communauté indéterminée où 16' tout appartient à chacun.

1*» C'est une«ource intarissable de discordes ; loin d'être un état de satisfaction et de jouissance pour tous les intéressés , c'en est un de mécontentement, d'attentes trompées.

â" Cette propriété indivise perd toujours une grande partie de sa valeur pour tous les copartageants. Sujette, d'un côté, à des dépérl9sements de toute espèce, parce qu'elfe n'est pas sous la garde de l'intérêt personnel, de l'autre elle ne reçoit point d'amélioration. Ferais-je une dépense dont le fardeau sera certain et pèsera tout entier sur moi, tandis que l'avantage seva précaire et nécessairement partagé?

5*» L'apparente égalité de cet arrangement ne sert qu'à couvrir une inégalité très-réelle. Le plus fort abuse impunément de sa force , et le plus riche s'enrichit aux dépens du plus pauvre. La communauté des biens me rappelle toujours cette espèce de monstre qu'on a vu exister quelquefois ; ce sont des jumeaux attachés par le dos l'un à l'autre; le plus fort entraine nécessairement le plus faible.

Il ne s'agit pas de la commui^uté des biens entre époux. Appelés à vivre ensemble , à cultiver ensemble leurs intérêts , celui de leurs enfants, ils doWenl jouir en commun d'une fortune souvent acquise et toujours conservée ptr des soins communs. D'ailleurs , si les volontés se croisent , le conSit ne sera pas éternel : la loi confie à l'homme le droit de décider.

Il ne s'agit pas non plus de la communauté entre associés de commerce. Cette communauté a pqur objet l'acquisition, et ne s'étend pas jusqu'à la jouissance. Or, quand il sUgit d'acquérir, les associés n'ont qu'un seul et même objet, un seul et même intérêt. Quand il s'agit de jouir et de consommer, chacun redevient indépendant de l'autre. — D'ailleurs , les associés dans le commerce sont en petit nombre : ils se choisissent librement et ils peuvent se séparer. C'est précisément le contraire dans les propriétés communales.

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