DE L'ÉDITEUR
Ce Irailé esl, à plusieurs égards, une conlreparliedu précédent. Par rapport aux peines, OD avait eu à examiner dans quels cas elles étaient convenables, dans quels autres elles étaient nuisibles ou superflues — quelles règles de proportion il fallait suivre dans leur emploi — et quelles qualités on devait chercher dans la nature des peines pour les assortir à la nature des délits. L'analogie conduit dans la même route lorsqu'il s'agit des récompenses:
les deux plans sont symétriques. Le second n'est qu'une image réfléchie du premier.
Le sujet des peines devait précéder, à raison de son importance supérieure. Une peine infligée est un mal : une récompense non accordée est la simple absence d'un bien. Une peine infligée sans cause légitime n'est pas seulement QD mal pour l'individu qui la souffre : c'est une cause d'alarme pour la société, une atteinte portée à la sûreté de tous. Une récompense accordée sans cause légitime, sans mérite, ne p^uit aucune alarme sensible , ne fait aucun noal apparent. Il en résulte bien réellement un mal; mais à moins qu'il ne soit arrivé à un grand excès, il ne peut frapper que les esprits qui réfléchissent.
Le sujet des peines devait précéder par une autre raison. La peine est un instrument nécessaire dans le mécanisme du gouvernement; la récompense n'est qu'un moyen accessoire, un auxiliaire utile et agréable: c'est.unc espèce de luxe, et l'art de s'en servir habilement annonce un« politique perfectionnée. La feinc est
lElfTBAM. — TOIB II.
la gardienne de toutes les lois : la récompense ne peut s'appliquer qu'à des services qui sortent de la ligne commune.
Mais, quoique la théorie rémuillratoire soit inférieure en importance à la théorie pénale, elle mérite encore un haut degré d'intérêt.
Selon l'usage bien ou mal entendu de la récompense , c'est une force vive qui produit les services désirés, ou une force morte qui ne produit rien , ou une force ennemie qui agit dans un sens inverse à l'effet qu'on en attend.
On a écrit bien des volumes sur les peines.
La récompense offre encore un sujet neuf. Dans VJSspit des lois on ne trouve sur cette matière qu*un chapitre de deux pages, où il y a plus d'éclat que de vérité. Rousseau, dans ses Considérations sur la Pologne, trace un système rémunératoire bien lié et bien entendu, mais adapté à une forme particulière de gouvernement. L'ouvrage de Draghonelti , Traliaio ddle virlk et de* premj , qui parut peu après celui de Beccaria, ne ressemble guère à son modèle.
C'est une déclamation stérile et prolixe, un déluge de mots sur un désert d^idées»
Les auteurs qui ont parlé occasionnellement des récompenses se sont fréquemment jetés dans deux exagérations opposées. Les uns se sont persuadé qu'on pourrait gouverner les États comme des séminaires, où l'on peut tout faire avec des distinctions et^ des prix ; les autres, par enthousiasme poog^la vertu, ou par zèle pour l'égalité, rejettent toutes les récompenses, comme des motifs trop peu nobles, ou
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OBSERVATlOltS PRÉLIMINAIRES DE L'ÉDITEUR.
comme des systèmes de faveur el de corruption politique.
Ces deux espèces d^exagération seront indirectement combattues par un examen des^as où la récompense eat un moyen convenable et même nécessaire, et de ceux où elle est superflue ou nuisible.
Je dirai encore un mot sur le plan général.
On examinera d'abord les sources d'où on peut tirer la récompense, ses divers emplois, les
proportions à suivre et le choix à faire entre ses différentes modifications.
On s'attachera à trouver comment, avec la plus petite quantité de cette matière précieuse, on peut produire les plus grands effets.
On examinera enfin les ressorts de cette mécanique d'où partent les lois auxquelles on attribue le pouvoir de s exécuter cTeUes-mémeê^ en vertu de cette heureuse alliance que forme un habile législateur entre l'intérêt et le devoir.