DIVISION DES ARTS ET DES SCIENCES
Cependant la poésie conservera toujours la prééminence sur (les amusements moins susceptibles d'abus, parce qu'elle amuse des personnes plus dif< liciles à amuser.
Les arts et les sciences d'agrément, comme emplois innocents du loisir, ont une utilité morale qui, pour être un peu cachée, n'en est pas moins^ réelle ni moins importante. Ils rivalisent avec des goûts dangereux. A mesure qu'ils prévalent, ils remplacent les inclinations malfaisantes , les passions nuisibles qui naissent du désœuvrement et de l'ennui. C'est un heureux antidote contre F/ntempérance des liqdeurs fortes, la médisance et les jeux de hasard *,
Voyez dans Tacite les elFeU de l'oisiveté chez les Germains. Ses observations s'appliquent à toutes les peuplades sauvages. Les hommes se faisaient la guerre, à défaut d'autre occupation. C'était un divertissement plus animé que la chasse. Un chef qui projetait une expédition guerrière, au premier son de la trompette, rangeait sous ses drapeaux une foule d'oisifs pour qui la paix était un état forcé de langueur et d'ennui. La gloire n'avait qu'un objet; l'opulence ne connaissait que le luxe guerrier ; il fallait avoir des combats à livrer ou à raconter. Les femmes mêmes, dans l'ignorance des arts agréables qui multiplient les ftiojens de plaire, et prolongent le charme de la beauté, devenaient les rivales des hommes pour le courage , et s^ndurcissaient avec eux dans le tumulte farouche d'une vie toute belliqueuse.
Ce parti d'opposKion qui existe de nos jours contre la guerre, c'est aux beaux-arts qu'on le doit : ils l'ont créé en fournissant des occupations et des plaisirs qui font aimer la paix. Les arts agréables ont, pour ainsi dire, enrôlé sous leurs paisibles enseignes une armée d'oisifs qui, sans cela , n'auraient eu d'autre amusement que les jeux sanglants de la guerre.
Voilàle genre d'utilité qui appartient en commun à tous les arts agréables.: raison unique, mais raison suffisante pour souhaiter de les voir indistinctement fleurir et se répandre.
plus ou moins considérable des objets qui" amusent. Ces modestes arbitres de l'élégance et I goût se regardent de bonne foi comme des e^ de bienfaiteurs du genre humain , quoiqu'itt* ne soient réellement que les perturbatoHrs du plaisir, des hôles importuns qui se mettent à table pour diminuer, par leur prétendue délicatesse, l'appétit des autres convives. Ce n*est que par préjugé qu'en matière de goût on parle de faux et de vrai; et ce préjugé ne fait que du mal. 11 n'y a point de bon goût qui mérite cette épithète d'approbation, à moins que ce ne soit le goût pour ces emplois du temps qui, au plaisir actuel, ajoutent quelque utilité contingente ou future; point de mauvais goût qui mérite cette épithète de blâme , à moins que ce ne soit le goût pour quelque occupation d'une tendance nuisible.
Le célèbre et ingénieux Addison s'est distingué dans cet art de ridiculiser les plaisirs en leur attachant ridée fantastique de mauvais goût. Voyez dans le Spectateur quelle guerre impitoyable il déclare à toute la foroïHe du feux bel esprit. Acrostiches, calembours, pantominaes, jeu de marionnettes, bouts rimes, stances en forme d'œàfis, stances eu formes d'ailes , poésie burlesque teat entière, enfin mille Yiutres petites muses également innocentes , tombent écrasées sous le poids de sa massue. Kt tout fier d'avoir établi sa domioatioo sur les ruines de ces troupes légères de la littérature , il se regarde comme le législateur du Parnasse! Cependant quel était l'effet de ces lois nouvelles? Le premier était d'ûter autant de sources de plaisir à ceux qui se laissaient entraîner par ee despotisme ; le second , délivrer au mépris de leurs voisins tous ceux qui ne s'y soumettaient pas.
Hume lui-même , aviec sa fière et indépendante philosophie, a fléchi sous ce préjugé de littérature. « Par une seule pièce, dit*il, le duc de Buckingbam « rendit à son siècle un grand service, et fui le « réformateur du goût. » Qu'étaitH^e donc que te service si important? Il avait fait une comé<lie (the Rehearsal) dont l'objet était de dégoûter le public des pièces de théâtre les plus courues. CeUe crKiqOe eut le succès le plus oomplet; mais quel en était le fruit? Les amateurs avaient autant de plÉrfïr de moins, et one foule d'auteurs^ couverts de ridicule et de mépris , pleuraient à la fois la peritrj^c leur réputation et de leur fortune *•
n*on(-elles pM donné autant de plafiir dans leur temps que celles de Corneille et de Racine? ChapeUid, eo mattelaot la poésie #siiçaite dans sa Pucelie, a été plue heu^ux que Virgile en compoeaot TÉoéide. Crédit l^opioion d«i lui'OnéiDe :
Cn toi, en écritiBt , tMt tout avec MaMr, Il ii*a poiniiNi tes rers remlMrrtfs de choialr ; Et toujours amoureux de ce qu'il vient «récrire, Ravi d'étonoement, en sor-même II s'admire.