DIVISION DES ARTS ET DES SCIENCES
Je poufrais citer tel pays où , parmi les amtisemeota , est uo jeu de cartes soUlgire. Dans le nombre des amateurs de ce jeu singulier à plus d*un titre, on com|^lait un des ministres d'État les plus accrédités et les plus actifs. Je vois un sourire de mépris sur les lèvres de bien des lecteurs , qui ne seraient point étonnés qu'on jouât du niatin au soir, pourvu que ce fût en compagnie. J'avoue qu*on pourrait imaginer des délassements plus convenables à un homme chargé des intérêts d'une nation. Cependant , quelle comparaison entre ce jeu solitaire et les jeux de société, si souvent antisociaux dans leurs suites! Le premier est le jeu pur et simple, dépouillé de tout ce qui peut nuire, exempt de passion, de cupidité, de perle et de regrets ; c'est le jeu ramené par quelques individus heureux au point où le législateur doit souhaiter, tans l'espérer, qu'il soit ramené par tout le monde. Qu'il était mieux occupé, ce ministre *, que si, rilîade à la main , il eût fomenté dans son cœur l«i semences de celte passion féroce qui ne se nourrit que de sang et de larmes !
Les hommes, en vieillissant, perdent le goût des aoiusemenls simples de l'enfance. Est-ce une raison de s'enorgueillir? Oui , si c'est un avantage d'être plus difficile à amuser, de faire dépendre son bonheur de moyens plus dispendieux et plus compliqués. L'enfant qui élève des châteaux de cartes est plus heureux que ne l'était Louis XIV en bâtissant Tcrsailles. Architecte et maçon tout ensemble, Ol^lre de son terrain et de ses matériaux, il cbange, il renverse à son gré,
PIrult, œdi/tcatf mutât quadrata rotundU,
et toul cela ne coûte ni gémissements ni dépenses; il ne faut point fouler de province , ni dessécher des marais» ni détourner des rivières, ni faire* périr des milliers d'hommes , pour avoir ensuite l'honneur d'être inamusable et de sécher d'ennui dans la triste enceinte d'un palais immense.^L'expression proverbiale àt^Jeux 4^ princes renferme ime grande raison pour aiaoïer et i^gretter les jeux d'en/Onu,
Un empereur fit annoncer une* récompense pour qui eyichirait d'un nouvel article le fonds des plaiairs ; et jjarcè que èet empereur s'appelait Néron ou Cailla, on lui en a fait un crime : comme si^ tout soaveraiû , tout particulier même qui encourage les beaux-arts , ne se rendait pas complice de ce cHlDe. L'emploi des critiques dont j'ai parié est deiUmiDiier ' le fonds subsistant de nos plaisirs. L'effet* naturel de l'âge est de nous rendre' plus ou lifolns insensibles à*toiis. Ceux qui blâment en ce
I PoicnikiD.
point l'empereur romain doivent remercier ces critiques, et regarder la vieillesse comme la perfection de la vie.
A ces critiques on peut joindre les satiristes, ces hommes généreux qui^ sans autre récompense que le plaisir d'humiliée et de déchirer tout ce qui ne leur plaît pas, s'établissent réformateurs du genre humain. lia seule satire que je pusse lire sans dégoût et sans aversion serait une satire contre ces libellistes eux-mêmes. 1 fomenter la médisanc le monde, en hii fc verser le mépris sur intéresser les homm de tout exagérer ( c; l'exagération), ils fai des lecteurs : occup ridicules, fautes légèj ils confondent tout ; i venin. Leur emploi
toutes ces lignes démarcatives , toutes ces distinctions essentielles que tracent avec tant de peine le philosophe et le législateur. Pour un trait de vérité dans leurs ouvrages, on trouve cent liyperbolea odieuses. Ils ne cessent d'exciter la malveillance et l'antipathie. Sous leurs auspices, ou du moins sons l'influence de la passion qui les anime, les langues mêmes deviennent des satires. On ne trouve presque plus de mots neutres pour exprimer les motifs qui déterminent les actions humaines; ces mots, tels qu* avarice, cupidité , ambition^ orgueil , gourmandisey paresse, et tant d'autres, ajoutent constamment , à l'idée du motif même , une idée importune et étrangère de désapprobation : en sorte que la simple mention de ces motifs implique une censure dans les cas mêmes où les actions qui en résultent sont tout à fait innocentes ; et la nomenclature morale , teinte de ce& préjugés , ne se prête qu'avec la plus grande difficulté et de longues circonlocutions, à représenter nûment et simplement, sans blâme ni louange, les motifs qui gouvernent le genre humain. Aussi nos langues, bien commodes pour la haine, sont bien quî|hteuses et bien revêches pour la raison. Tel e^t le mal qu'ont fait ou qu'ont accru les auteurs satiriques.
Quant, aux arts* et aux sciences de pur agrdn é ei 1(
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fait en ce genre, il doit le 'faire plutôt comme particulier que comme homme public.
Puisqu'on obtient sans frais les arts agréables, il faut encore moins se constituer en dépenses pour les arts curieux.
-Quant aux arts et aux sciences immédiatement utiles, et à ceux dont Tulilité est plus ou moins éloignée f il' ne serait pas nécessaire ni peut-être possible de conserTer entre ces deux classes une ligne exacte de démarcation. Théorie et pratique ^ cette distinction s'applique à tous également. Or du côté de la théorie , c'est-à-dire des propositions préliminaires ou générales, il n'est aucun art, même de ceux dont le service est continuel, qui ne semble s'éloigner de nous, et passer de la classe des arts immédiatement utiles à celle des arts d'une utilité éloignée. C'est ainsi que la médecine et la législation ( ces arts si pratiques), considérées sous un certain aspect, paraîtront dans le même éloignement, par rapport à l'utilité , que les sciences spéculatives de la logique et des mathématiques. D'ailleurs, il est telle branche de science qui, après avoir resté longtemps parmi les objets de pure curiosité, cultivée par dw mains industrieuses, présentera des caractères d'utilité immédiate. L'électricité, qui, dans sa naissance, ne semblait destinée qu'à amuser quelques philosophes par la singularité de ses phénomènes, a été employée avec succès au service de la médecine , et sert à protéger nos habitations contre ces calamités terribles auxquelles l'antiquité ignorante et consternée ne savait trouver de cause suffisante que dans la colère spéciale des dieux.
Ce que l'État doit faire pour les arts et les sqences utiles peut se rapporter à trois choses : 1» favoriser leur avancement ; 2« contribuer à leur diffusion ; 3" lever les découragements qui les gênent.