DB LA DIFFUSION DES SCIENCES
les animaux , nos coficftoyens inférieurs . qui partagent avec nous la surface de notre planète , nous trouverions peut-être qu'il n'en est point dont l'existence soit indifférente à la nôtre.
J'ai mis au dernier rang l'institution d'une ferme expérimentale , non qu'elle fût moins utile, mais ses fonctions sont plus facilement remplacées par les soins des individus. Dans un pays riche et cOltivé comme l'Angleterre, il n'est point de district où Ton ne trouve des propriétaires qui font leur objet principal du perfectionnement de l'agriculture. 11 ne leur manque qu'un dépôt pour donner à leurs expériences toute la publicité nécessaire. L'ouvrage de M. Toung a rempli longtemps cet objet jusqu'à un certain point ; mais un recueil d'instructions éparses et accidentelles ne remplace pas un système de recherches régulières, ni un établissement central qui recevrait des informations de toute part et les répandrait avec méthode *.
En faisant la revue des sciences propres à être répandues dans la masse du peuple , je ne dois pas oublier la connaissance des lois , ces fruits les plus mûrs et les plus précieux de la morale. Mais , malheureusement , il s'en faut bien que le système des lois soit assez simple, assez méthodique et intelligible pour être mis à la portée du peuple. Quand les lois seront ce qu'elles peuvent être, elles formeront à peine une science. Malheur au législateur qui laisse dans l'enceinte du langage des expressions plus faciles à entendre que les siennes ! Il est singulier que la loi en plusieurs pays se réserve des façons de parler surannées et obscures , desjnoto techniques ou barbares, une sorte de langue morte, comme si on craignait qu'elle ne fût trop bien comprise du vulgaire. Si les principes que j*ai posés sont frais , si l'application que j'entai faite au code pénal y est conforme , je puis me flatter d'avoir mis en évidence que les lois peuvent être rendues intelligibles aux esprits les plus communs.
C'est surtout par le système complet de ces instructions qu'il faudrait préparer cette classe d'emrrait rendre si utiles à ésiastfques. Alors, dans ique paroisse, dans les , dans les lieux les plus g^es, il se trouverait au ince, instruit de tout ce ivoir. Quel avantage! et les connaissances sont minées. D'ailleurs, plus r leur influence et leur
attire, toim le nom de bnfoodé sout Padm'iDisCration
considération de vrais services , moins ils seraient portés à la chercher dans des moyeos dangereux. Ces connaissances , qui sont la gloh*e et le salut de l'esprit humain , les préserveraient du fanatisme , qui en est la honte et le fléau. Placés au milieu de leurs paroissiens, comme de bons pères de famille, leurs guides et leurs oraotes dans toutes les circonstances difficiles, ils s'appliqueraient à rectifler les préjugés nuisibles ; ils combattraient leurs funestes habitudes dans l'éducation physique et morale de leurs enfants. Un cours élémentaire de physicothéologie vaudrait bien d'autres instructions religieuses. Peu à peu, sous les yeux d'un homme éclairé , d'un chef aimé et respecté , cette porticNi du peuple si négligée acquerrait plus d'intelligence dans ses travaux , plus de douceur dans toutes ses habitudes, et, en perdant sa grossièreté, deviendrait plus respectable aux yeux des classes supérieures.
Je n'ai compris dans ces établissements que les connaissances qui exigent l'mstruclion de vive voix: il en est d'autres pour lesquelles les livres valent mieux , telles que la législation , la logique, la métaphysique , la grammaire , la rhétorique , l'histoire dans toutes ses branches , et la morale. I^s secours publics doivent se donner pripcipalement aux premières. Les instituteurs , pour les autres , ne sont utiles que pour flxer l'attention des élèves , ou leur épargner la fatigue solitaire de la lecture. Le gouvernement peut toutefois donner un encouragement direct à ces sciences , en fondant , dans chaque ville où il aurait placé les différents collèges, une bibliothèque croissante affectée à ces branches. Ce serait un secours pour les étudiants et une récompense pour les auteurs.
Beaucoup de personnes rejetteront ce projet d'instruction comme chimérique, croyant ces scietices trop abstruses pour les jeunes gens. Leur entendement n'est point encore formé, dira-t-on, pour des éludes si profondes.
L'opinion commune sur la difficulté des sciences, en comparaison des langues mortes, est un préjugé, qui doit son origine à l'ordre dans lequel on se livre à leur étude, et au petit nombre de personnes qui les cultivent. Ce qui n'est connu que dépende gens parait toujours plus difficile à savoir; et , comme on n'entre dans ces sciences qu'apr<*s avoir flni le coucs classique , on en a conclu que ces diverses études avaient été placées selon la gra* dation de leur difficulté. J^làis , èoutume et préjugés à part , la carrière des sciences est plus facile , plus a(jréable , même pour les plus jeunes élèves , qnc celle des langues mortes. Dans l'étude des sciences,
de M. Prit: on 1e dut à TactivUé el aux •oUicilaUom desrr John Sinelatr^
DE LA HFFUSION DES SCIEI^CES.
on op s^acîresse â la mémoire et aux autres facultés iDteUectuenes que par des expériences qui parlent aux yeux, j^ar la démonstration des objets. La curiosité , passion qui se développe avec tant de force dès Tenfance même , y trouve des jouissances continuelles. Dans l'étude des langues , au contraire , tout est abstraction , tout est ennui! point d'objets sensibles pour soulager la mémoire ; point de Tartété : toute Ténergie de Tesprit se consume sur des mots auxquels on ne voit encore ni utilité ni application. Aussi les cours les plus détaillés. sur les sciences dont nous avons parlé ne prennent pas tous ensemble une portion de temps égale à celle qu'absorbe le latin seul , qu'on oublie si communément au sortir du collège. Une langue en ellemême n'est bonne à rien ; son utilité ne se rapporte qu'au service qu'on peut en tirer pour la conversation ou pour la lecture. Mais on n'a rien écrit dans les langues mortes qu'on ne trouve, sur le même sujet, des ouvrages plus instructifs dans les langues modernes. D'ailleurs , au moyen des traductions , on a fait passer dans nos idiomes vulgaires toute la substance des anciens auteui*s. Que les orateurs et les poètes aient des beautés supérieures dans l'original , est-ce un avantage assez grand pour l'acquérir aux dépens de tout ce qu'on pourrait apprendre dans une jeunes^^e bien employée? A quoi se réduit-il pour les érudits euxmêmes? A leur fournir un fonds d^allusions etd'ornenents dans leurs conversations ou leurs livres; dédommagement assez faible des idées fausses et confuses que la coutume nous force à puiser dans ces sources, eu négligeant les vérités utiles que Tindustrie heureuse des modernes a fait éclore. Que ceux qui trouvent de l'amusement dans ces études en fossent leur principal objet, que les
' On 06 peat pat disconvenir qu^il n*f ait nn degré d*«liUté réelle dans la coonaitsance des langues mèret, , relalivemeni à la connaissance de celles qui en sont dérivées, et à cette branche de la mélapbysique qui s^applique à la Sramanire générale, éi de là aux syntaxes particulières. Le proeédé de Pespril humSin dans la mécanique du langage- nC peut être bien connu que par Pelade réflécble du grec et du latin. Mais celle ulililé est beaucoup trop bornée pour justifia cette élude comme base de Tédiicalion générale. {Éd.)
* tt En effet, la plupart de ces savants ne sentent plus les cImmm en elles-mêmes. Ils sont comme ces imaginations felblés, qui, subjuguées par. Péclat des dignités et des ridAtses, ailmirenl dans la bouche %'\ïft grand ce qu^ils Inséraient pitoyable dans celle d\in homme du commun. Ainsi, Paocienne réputation et les langues savantel leur Imposent et chasgent tout à leurs yeux. Telle pens^ quMIs eolendlb} tous !«• jours en frasçai», sgns y prendre garde, les çolèvft vrir viennent à la rencontrer dans un auteur grec. VmM pMas qqMIs é& sont, ilt.tous la citent suée emphase , et |& vous ne partagez pat leur enlhousiasme : Ahl
SCimi4B. ' TOIE II.
poetea étudient la langue d'HQinire et de Virgjli, c'est un plaisir innocent, et précisément utile à proportion du plaisir qu'il leur donne. Mais qu'on livre ces études , comme la peintureet la musique , au goût de chaque individu , qu'on cesse d'en tourmenter la jeunesse , aux dépens des Instructions dont l'utilité serait permanente et le profit toujours croissant^.
Trois causes concourent à fortifler rattachement et le respect pour les langues mortes. La première est Futilîté réelle qu'elles^nt eue autrefois à l'époiiue du réveil de l'esprit humam ; littérature, philosophie, histoire, iotit était renfermé dans les ouvrages grecs et latins ; ces langue^étaient la clef du seul dépôt où l'on pût trouver ce qui existait «lors de science ; et comme on ne saurait fixer l'époque où cette utilité a cessé , on a cru , par<%abitude , qu'elle durait toujours.
Une seconde raison , c*est la peine et le temps qu'il en coûte pour les apprendre. Le prix d'une chose se règle non-seulement sur son utilité , mais aussi sur la difficulté de l'acquérir. On ne veut pas avouer qu'on a consumé une partie de sa vie à apprendre ce qui ne valait guère la peine d'ètir appris. On cherche , au contraire , à rehausser la valeur de ce qu'on possède. Bien des gens qui savent le grec et le latin ne savent pas autre chose. Conviendront-ils de l'inutilité de leur conquête? C'est demander à un chevalier errant qu'il convienne de la laideur de sa maltrese * .
En troisième lieu, ces langues sont réputées nécessaires comme marque dislinctive d*une éducation régulière. Cette nécessité . pour être de pure convention , n'en est pas moins réelle tant qu'eMe subsiste. Le degré de considération qu'on y attache est une raison suffisante pour les faire acquérir à
s^écrient-ils , si vous saviez le grec 1 11 me semble entendre le' héros de Cervantes, qui, parce qu*il était armé chevalier, voit des enchanteurs où son écuyer ne voit que des moulins.
« Tel est rinconvénient ordinaire de Pérudition, et il n*y a que les esprits du premier ordre qui puissent Téviter. L*ignorance, lae dira-l-on , n*a-t-elle pas ans?! ses inconvénients 70ui, sans dpiUe ; mais on a tort d*appeler ignorants ceux mêmes qui ne sauraient ni grec ni latin. Ils peuvent même avoir acquis en français toutes les idées nécessafrit, potfr perfectionner leur raison , et toutes les expériencei propres à assurer leur goût. Nous avons des philosoi>hes, des orateurs , des portes : nous avons même des traducttonl où Ton peut puiser toutes les richesses anciennes dépouillées de Torgueil de les avoir recueillies dans les originaux* Un homme qui , sans grec et sans Ijftin , aurait misà'profit tout ce qui s'est fait d*excellent dans noire langue, remporterait sans doute sur le s^anWqui, par un amour déréglé des. anciens, aurait dédaigné les ouvrages modernes, « — ||a Uoihe/RéflextonJt sur fa Critique, pag. U^.