‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 180 sur 468 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

PROmblTION DES lIANOFàCTURBS RIVALES.

Ce mode d'encouragement prétendu ne peat jamais produire aucun bien; et il peut faire du nal : nuisible ou niU^ voilà l'aUernative.

I. Je dis nul: c*est un privilège parttculier de cette mauvaise mesure de pouvoir être appliquée dans quelques cas sans faire auoiiQ mal : et ces cas sont ceux où la branche dlndustrie ou de commerce qu'on prohibe ne serait point admise, lors même qu'il n'y aurait pas de prohibition. On déclara autrefois félonie, en Angleterre, d'importer des pollards et des crocards , espèce de monnaies de ce temps-là. Cette proIMbîlion subsiste encore, saas qu'il en résulte aucu» inconvénient. Si, dans la vue d'encourager la multiplication des poules comjnunes , eu dans quelque autre vue également patriotique , on défendait l'importation et la muUipJicalioa des phénix , il est clair qu'il n'en résulterait pour le commerce de la volaille ni beaucoup de gain ni beaucoup de perte.

Entre toutes ces espèces de manufactures que l'Angleterre interdisait à ses colonies avec tant d'anxiété , il en était plusieurs qui , comparées à l'agriculture , ne pouvaient pas plus convenir aux Américains que d'élafer de» phénix, de cultiver des ananas dans les champs, ou delbbriquer des étoffes avec des toiles d'araignée.

Que les articles de manufactures étrangères, chargés ées frais d'importation , ne soient ni meilleurs en nature, ni à plus bas prix que les mêmes articles de manufactures domestiques, ils ne seront point importés ; la prohibition existe par la nature des choses.

II. Nuisible. Pdr la prohibition des manufactures rivales, vous voulez assurer* le succès de la manufacture favorisée; et vous créez d'abord tous les mjiuv|is effets -du monopole. Tous donnez aux monopolistes la facuUétie vendre plus cher, et vous diminuez par là le nombre des jouissances. Vous leur doqpez le priviii^e singulier d9 fairç moins

bien, de rester stationnaires dans lent industrie, ou du moins vous affaiblissez consiâérablemeipl le principe de l'émulation , qui ne tient qu'à b coocurcence. Enfin vous favorisez l'enricbisseiBeot d'un petit nombre d'individus , aux dépena4it4>ua ceux qui auraient partagé le bénéfice. Vovs j^anez à dix mauvais manufacturiers «i embonpoint ^rces* mf m lieu d'en alimaiiler di)^ ni«Ue bons ; et vous blessez les sentiments des peuples par l'Idée d'injustice et 4e violence attaclfée à la partialité de cette mesure.

Les prohibitions des manufactures étrangères sont le plus souvent appliquées à ces objets que les étrangers peuvent fournir d'upe manière moins dispendieuse, à raison de quelque avantage particulier de leur sol ou de leur industrie : c'eat-Wirc que , refusant de participer à cet avantage na&irel dont ils jouissent , vous préferez ce oui vouacoâte plus d'avance et plus de travail ; voift employez vos ouvriers et vos ca[)itaux à perte^ plutôt que de prendre des mains d'un rival ce qu'il vous offre d'une meilleure nature et à meilleur prix. Si vous croyez par là soutenir un coBimerce fui i^urfait vous échapper, cela est^rrâi ; mais il n'abandamierait cette carrière où il a des désavantages inévitables que pour entrer dqns celles où les mêmes capiteux seraient employés avec plus d'eflKcacilé. La plus grande de toutes les erreurs est d'imagiijKr que, par ces projiibilions , soit de manuflactures étr|ngèiysv"S^it de»atftnufactures domestiques , on obljfnne un co0ime«ce de plus. j#a quantité de capital, cette cause efficiente de tont^caroissepMi^ restant la même , to«t ce qui est ajouté à \aiatJKt' merce favorisé en conséquence de la prohimjpp , est autant de retranché à d'autres commerce^.

Il n# faut pas oublier les maux collatéraux qui accompagnent ce système prohibitif. C'eal une source de faux frais , de vexations et de délits.

La dépense perdue la plus apparente est êelledes douaniers, des inspecteurs, des gardes-c6tesf mais la plus réelle est celle de la peîte du travail , ou le travail stérile de ceuj^ qui |oot leur méfier de la centrel^ande, et de ceux qui font ou paraisseui faire leur occupation de la prévenif .

Anéantir le commerce étranger, se suffire j ngème, tout vendre et ne rien adieter , toUà { qui a passé pour de la pq^itique profoulo, !

des hommes d'État.

Dans les procédés déflation à nation, leal consentent à soutenir,i glands f^ais, < tures désavantageuse» pour ne pas acheta* de iburs rivaux. On ne voit pas de ^s excès d^xtratayaacc d'individu à individu. Si un'^iégdcîant ae conduisait ainsi, on dirait' qu'il court à sa ruine; mns son intérêt le guide trop bien^U n'y a que des admifti^*

FIIATION »U P|»X DES DENRÉES.

ail

tratenrs puMics qui soient capables de cette méprise ; encore i^en sout-ils capables qi^ lorsqu'ils agissent poiiyr le compte des autres.

L^avidité Teut embrasser plus qu'elle ne peji^ leDtr* La malfeillance aime qu'eux se punir ellemême que de permettre à ses ennemis un bénéfice.

Avoir les yeux plus grands que le ventre :

phrase proverbiale de nourrice qui convient aux enfants, et qui s'applique toujours aux nations. L'homme individuel se corrige de ce défaut par l'expérience: l'homme politique, quand il en est atteint , ne s'en corrige jamais.

Qu'un enfant refuse ujie médecine , les mères et les nourrices le disposent quelquefois â la prendre , en le menaçant de la donner au chat ou au chien. Combien de grands hommes d'État , enfants mai corrigés, s'obstinent à soutenir un commerce auquel ils perdent, pour éviter la mortification de le laisser faire à une nation rivale ?

L*homme d'État qui croit pouvoir étendre infiniment le commerce, sans s'apercevoir qu*il est limité par les capitaux, est l'enfant dont les yeux sont plus grands que le ventre.

L'homme d'État qui s'efforce de retenir un commerce désavantageux par la crainte qu'une autre palfon ne le gagne», es? Tenfant qui avale la pilule amère de peur qu'on ne la donne au chat*

Ces comparaisons ne sont p%s nobles , mais elles sont justes; et quand lescn*eurs s^ couvrent d'un masque imposant , on est tenté de les mettre dans un jour qui les humilie.

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