‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 186 sur 468 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DES COLONUES.

La colonisation est une mesure très-conrencUfle quand on a ou qu'on prévoit un excédant de population par rapport au territoire : elle est trèsinconvenable comme moyen d'accroître la richesse générale du pays, ou d'augmenter le revenu de la mère patrie. Toutes les idées vulgaires à ce sujet, sont fondées sur des illusions^

Que les colonies ajoutent à la richesse générale du monde, c'est ce dont on ne saurait douter, car, si le travail est nécessaire à la production , la terre ne l'est pas moins ; celle des colonies, indépendam-

i rai ftoos les yeux ud gros livre politique de M. de Beausobre , conseiller du roi de Prusse , où, à i*article Population, il ne donne pas moins de vingt recettes pour raogmenter. Voici la dii-nenvième : « \\ faut veiller à ce u que , dans la saison des fruits, le peuple ne se Jette pas sur «( ceux qui ne sont pas mûrs. » 11 aurait dû fournir les moyens d^exécution , indiquer le nombre des inspecteurs , pour Juger de la maturité des fruits, des surveillants pour les garder, des magistrats pour Juger des infractions. Cela Ta loin.

Un autre moyen consiste à « empêcher que les hommes « n*épousent des femmes très-désagréables. » Il ne dit point non plus à quel juge il faudrait commettre ce Jugement un peu délicat , ni sur quels principes il pourrait prouver la laideur des femmes, ni le degré d*tnquisition qu*on devrait lui permettre, ni les éptces qu*on devrait lui

ment du produit annuel, est riche en matériaux bruts qui ne demandent , pour obtenir de la valeur, que Pextraction et le transport.

Mais cette richesse est pour les colons, pour ceux qui occupent la terre , et non pour la inétropole. D'abord ils ne sont pas en état de payer des taxes; ensuite ils ne le veulent plus. Pour les établir, pour les protéger, pour les tenir dans la dépendance, U faut des frais ; et tous ces frais sont acquittés par des impôts levés sur les habitants de la mère patrie.

La colonisation exige une dépense immédiate, une perte de richesse actuelle, pour un profit futur, pour une richesse contingente. Le capital qui s'exporte pour l'exploitation , s'il eût été employé dans la mère patrie, aurait ajouté à la rtcbesse croissante , aussi bien qu'à la population et aux moyens, de défense du pays. Quant au produit des colonies , il n'en revient qu'une faible partie i la métropole.

Si la colonisation est une félie comme moyen d'enrichissement , c'est du moins une falie agréable. Il en résulte des jouissances nouvelles, autant que les jouissances dépendent de la nouveauté et de la variété des objets. Le sucre substitué au miel; le thé , le café, le chocolat substitués à la bière et â la viande dont se composait le déjeuner de la reine Elisabeth; l'indigo qui a varié les teintures, la cochenille qui a fourni une écarlate plus brillante, le bois d'acajou qui a décoré nos appartements, la vaisselle d'or et d'argent qui orne nos tables, le plaisir qui résulte de tous ces objets de luxe : voilà le profit. Les plantes médicinales et nutritives, en particulier le quinquina et la pomme de terre, sont d'une utilité bien supérieure.

La nouveauté et la. variété , par rapport aux moyens de la jouissance, n'ajoutent rien à la quantité de la richesse, et la laissent telle qu'elle était, en tant que les anciennes productions, supplantées par les nouvelles, cessent d'avoir lieu. Il en est ainsi des nouveaux fruits , des nouvelles couleurs,

donner... Le reste est à peu près dans le mémegoét.

Empêcher le mariage des vieillards avec de jeunes fiUei , celui des jeunes hommes avec des femmes beaucoup plu âgées qu*eux ; — empêcher le mariage des personnes qQ*oo croit inhabiles à la génération :— ce sont d*autres récipésde cette pharmacopée politique, un peu moins ridicules, mais non moins inutiles.

Ses plaintes sur la prosUtution , raisonnables , ti elles avaient pour objet le malheur de la classe des femmes pobliqucs, victimes du célibat forcé , ne le sont pas dans leur rapport à la |K>puIation, qui n*en souffre point. Je renvoie à ce qui a été dit à ce sujet dans les Traités de léfflslth tlon , etc. , tom. I , liv. IV. Des moyens indirects p<nr prévenir les délits; chap, r, Ftdre en sorte qu'un désir donné se satisfasse sans préjfudice, ou avec le moindre préjudice possible.

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