‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 187 sur 468 · DES COLONIES · texte numérisé non relu

DES COLONIES

des DouTelles étoJFes , des nouTeaux meubles , si le nouveau supplante ràncien. Mais comme la nouveauté et la variété sont des sources de plaisir, à mesure qu'elles augmentent , la richesse augmente aussi , sinon en quantité, du moins en valeur. Et si ces nouveaux besoins sont Taiguillon d'un nouveau travail, il en résulte une augmentation positive dans la richesse réelle.

Ces avantages , tels qu'ils sont , dépendent d'une colonie située dans un climat dont nous ne pouvons pas naturaliser les productions en Europe. Quant aox mines du Mexique et du Potose, leur effet a été d'ajouter à la quantité de vaisselle composée des métaux précieux, et à celle du numéraire. L'addition à la vaisselle augmente la richesse réelle : Taddition au numéraire a été toute en perte; la nouvelle masse d'or et d'argent n'a eu d'autre effet que de déprécier l'ancienne , et de diminuer dans la même proportion la valeur de tous les revenus piCttBtaiTës, sans rien ajouter au capital réel et à la richesse future.

Cependant, en luisant entrer tous les intirèts dans le calcul , il est certain que le bien - être du genre humain a été augmenté par l'établissement des colonies. On ne saurait en douter par rapport aux peuples qui s'y sont formés peu à peu , et qui leur doivent leur existence ; mais les métropoles elles-mêmes y ont gagné en bonheur sous un autre point de vue. Prenons l'Angleterre pour exemple. Au progrès que la population a fait dans le dernier siècle, on peut juyr que bientôt elle aurait atteint ses limites extrêmes, c'est-à-dire qu'elle aurait excédé les moyens ordinaires de subsistance , si le superflu n'avait trouvé à se placer dans ces nouvelles contrées. Or, longtemps avant que la population arrive à ce terme, il y a une grande diminution d'opulence relative , un sentiment pénible de pauvreté générale et de détresse, une pression des hommes dans toutes les classes laborieuses , une rivalité malheureuse à offrir leurs travaux au plus bas prix.

11 est à désirer, pour le genre humain , que les rejetons qui vont servir à de nouveaux plants , soient pris des tiges les plus saines et des racines les plus florissantes ; — que les races qui vont se propager dans les terres vacantes soient sorties du peuple dont la constitution politique est la plus favorable à la sûreté des individus ; — que les nouveaux colons soiaiK les essaims de la ruche la plus industrieuse , et que leur éducation les ait préparés aux habitudes d'économie et de travail les plus propres à faire réussir les familles transplantées. 11 est avantageux à ces colonies de rester longtemps sous le gouvernement de la métropole (pourvu toutefois qu'il soit ce qu'il devait être). Sous un

point de vue politique et moral, il est bon que ceux qui les gouvernent , ceux qui exercent l'influijnce de l'exemple par leur rang et par leurs richesses , aient puisé leur éducation et leurs principes dans une source plus pure ; qu'ils soient choisis dans une classe qui , par son opulence héréditaire, a été affranchie de la nécessité de se vouer exclusivement à des intérêts pécuniaires , et qui a pu s'appliquer à la culture des études et des goûts qui ornent l'esprit , adoucissent les affections et donnent plus d'étendue à l'iiUeiligence. Les Hastings , les Cornwallis, les Macartney, et tant d*autres, vont porter dans ces établissements lointains des semences précieuses qui ne seraient autrement que le fruit lent de plusieurs âges.

Il eût été, sans doute, avantageux à l'Egypte de demeurer sous le gouvernement de la Grande-Bretagne , gouvernement qui lui donneriiit |a paix , la sûreté, les beaux-arts, la jouissance des magnifiques dons que lui a faits la nature; mais , sous le rapport delà richesse , la possession de TÉgypte, loin d'être un gain pour l'Angleterre ^ serait une acquisition onéreuse.

J'entends le cri universel S'élever contre ce para* doxe. Tant de profonds politiques, divisés sur tout autre point , unanimes sur l'importance des colonies, ne se sont-ils accordés que pour tomber dans une erreur si capitale? Tant de négociants se sont-ils abusés sur un calcul aussi simple que celui de la perte et du gain résultant du commerce colonial? L'expérience de deux ou trois siècles n'auraitelle pas ouvert les yeux des gouvernements ? Ne serait-il pas trop extraordinaire qu'ils ^'obstinassent à soutenir le poi<ls énorme des dépenses qu'entratnent ces établissements lointains , si la supériorité des avantages n'était pas claire et manifeste ?

Je pourrais répondre qu'une foule d'alchimistes , après tous les naufrages de leurs devanciers, se sont obstinés à chercher la pierre philosophale, et que ce grand œuvre a encore ses partisans. Je pourrais dire que plusieurs États de TOrient sont gouvernés depuis des siècles par l'astrologie : je pourrais faire une longue énumération des erreurs qui ont entraîné les gouvernements et les peuples ; mais une question de cette nature ne doH pas être obscurcie par des déclamations. Alléguer le nombre des partisans d'un système , sans l'appuyer sur d^ preuves , c'est vouloir intimider son adversaire , et non le convaincre. Cherchons tous les arguments par lesquels on a voulu prouver l'avantage des colonies sous le rapport de la richesse : nous n'en trouverons pas un seul qui ne soit en contradiction avec les principes les mieux établis de la science économique*

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