DES COLONIES
«c la métropole : elles y artiveni par le corn» u mercef elles antment par conséquent les manu- « factures^ elles font subsister de grandes villes: « la prospérité de Bordeaux ^ par exemple ^ en u est une preuve. Sa richesse dépend de son u commerce avec les îles occidentales, »
Ce raisooDemeot ne prouve rieo en fafeur du système des colonies. Il n'est pas besoin de gouverner telle ou telle lie , de la posséder , pour y vendre des marchandises. Les habitants des Antilles ont besoin des productions de TÂngleterre et de la France : s'ils étaient intlépendanls , il faudrait bien quils les achetassent. Dans leur état de dépendance, que font-ils de plus? Us ne donnent pas lelirs sucres à la métropole, ils les échangent pour des blés et des draps. Ce qu'on leur fournit de ces denrées, si on ne le vendait pas à eux , on le vendrait ailleurs. Supposez que les habitants de Saint-Domingue , au lieu d'acheter leur blé en France , l'achetassent en Angleterre, laJFrancen'y perdrait rien, parce qu'en tout, la consommation de blé ne serait pas moindre. L'Angleterre, ayant fourni Saint-Domingue, ne pourra pas fournir d'autres pays , qui seront dans la nécessité de s'approvisionner en France.
Le commerce est en raison du capital. Voili le principe. La somme du commerce, en chaque pays , est toujours en proportion du capital dont ce pays dispose. Je suis négociant : j'ai un capital de dix mille livres ; supposez que l'Amérique espagnole me fût ouverte, pourrais-je, avec mes dix mille livres, faire un plus grand commerce que je ne fais â présent? — Supposez que les Indes occidentales me fussent fermées , mes dix mille livres deviendraient-elles inutiles entre mes mains ? Ne pourrais-je pas les appliquer à quelque commerce étranger , ou les faire valoir dans l'intérieur du pays, ou les placer dans quelque entreprise d'agriculture domestique? — Ainsi les capitaux conservent toujours leur valeur. Le commerce qui en résulte peut changer de forme et de direction : il peut couler dans des canaux différents, se porter sur telle manufacture ou telle autre, sur des entreprises étrangères ou intérieures ; mais, en dernière analyse, ces capitaux actifs produiront toujours , et si on les laisse libres , ils produiront toujours à peu près la même valeur.
C'est donc la quantité du capital qui détermine la quantité du commerce, et non retendue du marché j comme on l'a cru généralement. -— Ouvrez un nouveau marché, vous n'augmentez pas la somme des affaires , si -ce n'est par quelque cir-
* Bryaot Edwards , daoa ion Histoire des îles occiden-/ laies t même en exagérant Ihililité des colonies, ne porte qu*à sept pour cent le taux du proAl korun capital employé
constance accidentelle. — Fennéigin vieux marclié, vous ne diminuez pas la somme du commerce, si ce n'est par accident et pour un moment.
Ce nouveau marché pourrait être plus avantageux qu'aucun des anciens ; dans ce cas , le profit étant plus grand , le commerce pourrait prendre plus d'étendue. — Mais l'existence de cet extraprofit est ce qu'on suppose toujours , et qu'on ce prouve jamais ^.
La méprise consiste à représenter tout le profit d'un nouveau commerce comme autant d'ajouté i la somme du profit national , sans considérer que ce même capital , employé dans toute autre carrière, n'aurait pas été infructueux. On slmagine avoir crééj lorsqu'on n'a foit que transférer. Un ministre vante pompeusement quelques nouvelles acquisitions , quelques établissements sur des €<^es lointaines ; et s'il s'est fait là des entreprises poor un million , par exemple , il ne manque M de croire qu'il a ouvert une nouvelle source de Mpuft nationale , il suppose que ce million de prdnA'auralt pas existé sans lui , tandis qu'il aurait occasionné une perte, si le capital employé dans ce nouveau commerce n'avait rapporté que dix pour cent, et qu'employé dans le commerce usité, il en eût rapporté douze.
La réponse à celle première objection se réduit i deux points : \^ qu'il n'est pas besoin de posséder les colonies pour commercer avec elles ; 2^ que, quand même on ne ferait pas le commerce avec les colonies, les capitaux qu'ony emflloie seraient appl^^ qués aussi fructueusement à d'autres entreprises.
II. I^s partisans du système colonial trouveront cette réponse extrêmement faible ; ils voient dans ce commerce deux circonstances qui le rendent beaucoup plus avantageux que celui qui se fiait avec des nations libres.
«( Notis établissons ^ disent-ils , un double « monopole sur les colons : premièrement ^ le « monopole de leurs productions que nous ne « leur permettons de vendre qu'à nous^ et « qu*ainst nous avons à plus bas prix ; secon- « dément^ le monopole de leurs achats que nous u les obligeons à faire chez nous , en sorte que « nous pouvons leur vendre nos denrées et nos u objets de manufacture plus cher qu'à des peu- « pies libres où d'autres nations nous feraknt «t concurrence. •
Examinons séparément l'effet ^ ces deux monopoles.
l» Vous pouvez empêcher vos colons de vendre
dans les plantations, taudis qu*il est de quinze pour eent sur un capital employé dans la mère patrie.
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leurs produits à tooi autre qu*à vous , mais vous ne pouTez pas les'^forcer de cuUiver et deirtiriquer à perte. Il y a un prix naturel pour chaque denrée, déternainé par le taux nu^n du profit du commerce en géoéral. Le cultivateur ne peut-il pas vendre sa denrée à ce prix aaturel, il quitte sa culture, il applique ses capitaux à d*autres entreprises. Le monopole peut bien opérer une réduction forcée du ptix^wir un certain temps; mais, moi colon , je me garderai bien de continuer à cultiver le sucre, si je perds à cette culture au lieu d*7 gagner. Il est donc impossible que le monopole opère une réduction constante de la denrée au-dessous de son prix naturel. Mais la concurrence libre suffira pour la réduire et la maintenir à son prix naturel , sans aucun monopole. Le haut prix, auquel vous croyez reméilier par le monopole, est un mal q\)i se guérit de lui-même. Les grancU profits dans une branche attirent un grand nombre de commerçant^ : tous ces commerçants sont rivaux ; et cette rivalité opère naturellement une réduction des prix, jusqu'à ce que le taux du profit dans ce commerce particulier soit au niveau de tous les autres.
2® Vous pouvez forcer vos colons à ne rien aefaeter que de nous; mais l'avantage que vous croyez tirer de ce commerce exclusif est illusoire.
S*agit-îl des denrées et des manufactures qu*à raison d'une supériorité naturelle vous pouvez fournir de meilleure qualité et à plus bas prix que le« étrangers ? 11 est clair que sans monopole votf colons les achèteraient de vous plutôt que d'eux. 1^ monopole ne vous sert pas à les leur vendre plus cher; car vos marchands, étant tous en eoncurrenc€^|Ue eux , cherchent naturellement â se supplaoBL ofi^rant leurs marchandises au plus bas Pi'i'jjHpl*!^-
Vais pour lenenrées et autres articles que vous ne ppurriez pas leur fournir à àt% termes aussi favorables que les étrangers , il est certain que sans le monopole vos colons ne les achèteraient pas de vous. Doit-on en conclure que ce monopole vous soit arantageux ? Point du tout. 14a nation en général li'jr gagne rien. Il s'ensuit seulement que l'on cultive chez vous un genre d'industrie qui ne vous convient pas naturellement ; il s'ensuit que l'on produit de mauvaises denrées, ou que l'on fabrique de mauvais ouvrages. Le moniale est comme une récompense que le gouvernement donne pour maintenir des mani^tures inférieures à celles des autres nations. Si ce monopole n'existait pas , vous appliqueriez les mêmes capitaux à des genres d'industrie dans lesquels vous avez un avantage décidé. I^in de perdre à cet arrangement, vous y gagneriez une prospérité plus stable : car des manufactures qui ne peuvent se souteohr que par des moyens forcés
sont exposées â ndHtf Ticissitudçs. Obserrez de plus que ce monopole sur les colons est chargé d'un contre-monopole. Il ne vous est pas permis, à vous Français ou Anglais, d'acheter bs denrées semblables à celles de vos colonies , quand vous les trouveriez ailleurs à plus bas prix. En compensation de la gène que vous imposez à vos colons , vous vous en imposez une à vous-mêmes. Slls ne peuvent vendre qu'à vous, vous ne pouvez acheter que d'eux. Or , combien n'en résuUe-t-il pas d'inconvénients pour vous ! Lorsque la récolte a mancjué dans vos colonies, vous ne pouvez pas vous pourvoir dans cdles où la saison a été plus favorable : à côté de l'abondance vous vous trouvez dans la disette. L'effet du monopole est nul pour baisser le prix ; mais l'efl^et du contre-monopole est certainement de produire de temps en temps des chertés extraordinaires.
III. Les partisans du système colonial considèrent les colonies sous un autre aspeot t l'avantage qui en revient au fisc. « Les droits qu'on établit sur te « commerce des colonies ^ soit d'importation f « soit d'exportation 9 produisent.un revenu qui « cesserait ou diminuerait beaucoup si elles « étaient indépendantes, p
il est certain que les impôts mis sur le commerce des colonies rendent un produit considérable; mais si elles étaient libres , ne feraient-elles point de commerce? i\c pourrait-on pas taxer ce commerce? Ne pourrait-on pas le taxer aussi fortement que le permet la contrebande ? L'Angleterre lève des droits sur son commerce avec la France; la France lève des droits sur son commerce avec l'Angleterre. Il n'est donc pas besoin de posséder les lies pour se former un revenu du commerce avec les Iles.
Je ne répète pas ici que vos impôts sur les articles de leurs productions , et sur ceux de vos importations dans les colonies, sont des impôts dont vous payez ciiaque denier vous-même. Ceci a déjà été démontré. Ce que vous faites payer aux colons , ce sont uniquement les impôts sur vos exportations chez eux.
Je conviens que vous pouvez ainsi gagner sur vos colonies plus que vous ne le pourriez sur des nations étrangères : car les étrangers, peuvent quitter votre marché quand il leur platt , s'ils ne peuvent pas se procurer chez tous tels ou tels articles de commerce à aussi bon marché qu'ailleurs : vous êtes donc obligé de les ménager. Mais vos propres sujets, forcés de se pourvoir chez vous, seront obligés de se soumettre : vous les tenez dans une prison, et vous pouvez mettre le prix que vous voulez à leur existence.
Cependant un parejl avantage pourrait bien n'être
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qii^ltusolre. Dès c^ie vous foiM^ de vos Ues ont prisoD, il faut en tentr toutes les portes bien fermées. Vous avez à lutter contre le Prolée de la contrebande. 11 tous faut des fik>t^es pour bloquer leurs ports, des armées pour conlenirtout un peuple de méeoBlents , des cours de justice pour punir tous les réfractaires. Combien de frais immenses à déduire avant de tirer de ce commerce forcé un révenuneti
Au calcul des dépenses de paix ajoutez celles d'un seul armement, d'une seule guerre; et vous verrez que les colonies dépendantes coûtent beaucoup à la métropole , et ne lui donnent point un retour égal ; que , loin de contribuer à la fojrce d'un État , elles en sont toujours la partie faible et vulnérable, -— qu'elles entretiennent entre les nations maritimes une jalousie continuelle» et qu'ainsi te peuple, en France et en Angleterre , est soumis à de plus Iprts impôts , dont l'unique efPet est de rendre les denrées coloniales plus chères que si elles étaient libres.
A ces considérations contre le système colonial , tirées de l'économie politique , on peut en joindre plusieurs de justice et d'humanité. Ce système est presque toujours funeste aux peuples qui lui sont soumis ; le gouvernement est habituellement à leur égard dans un état de jalousie ou d'indifférence : il les néglige ou il les opprime; il en fait une place de rebut pour recevoirJa partie la plus vile de la société , ou une place de pillage pour des favoris et des créatures qu'on veut.enrichir subitement. Le souverain, à deux mille lieues de ses sujets, ne peut connaître ni leurs besoins, ni leurs intérêts, ni leurs mœurs, ni leur caractère. Leurs plaintes les plus légitimes et les plus graves, affaiblies en raison de la dislance, dépouillées de tout ce qui excite la sensibilité, de tout ce qui imposera l'orgueil du pouvoir , sont livrées sans défense dans le cabinet du prince aux tournures les plus insidieuses, aux réponses les plus infidèles : trop heureux encore les colons si on ne leur fait pas un crime d'avqir demandé justice , si leurs représentations les plus modérées ne sont pas punies comme des actes de rébellion. En un mot, on s'embarrasse peu de leur affection, on ne craint guère leur ressentiment, et on brave leur désespoir, l^s moyens abondent pour déguiser au prince les procédés les plus violents, sous une apparence de nécessité ; et les meilleures intentions ne peuvent pas préserver les mihistres du danger de servir des intérêts particuliers aux dépens des intérêts publics.
Si Ton passe aux détails de la situation des colonies, on ne peut qu'être frappé de leur désavantage. Les colons ont-ils des procès dans la métropole , il faut que leurs témoins traversent les mers : ils sont
à b .m$rci de leurs agents^ les anoéas a*ëco«lail; les frais de jostlce les dévorent. -^ Sont-ilt en danger d'une révolte, sont>iIs menacés de l'ennemi, les secours arrivent quaig]^Je mal est fait. Ix remède devient quelquelVris un autre mal.— Ma»* quent-ils de subsistances , la fanine a ravagé \&a pays avant que la métropole ^it eu eonnaissaoce de leurs besoins.
Ce q^ sont pas là de simptea*asseriioiM.j|(r€st nn résumé fidèle de toute l'hisioh'e des cotonfes. HIe est tragique jusqu'à Thorraur. Ce que ces âairfissements ont souffert par l'impéritie^ l'impots^anct 4m l'insensibilité des gouvernements européens surpasse tout ce qu'on peut imaginer. Quand oo €«sidère tout ce qu'il y a eu là d'hommes détruits,^ flottes perdues , de trésors engloutis , d'établimemçnts s^c^gés, on est étonné .«d'entendre parler des cokmies cpmme d'un mçyen d'earkhissemeiit. Le développement naturel de leur fécondité et de leur industrie a été retardé pour des siècles. On les a couvertes mille fois de ruines. On s'appauvrit, on les appauvrit elles-mêmes en les tenant dans ia servitude. On partagerait leur opulence en les laissant jouir des bienfaits de la liberté.
II y a plus que des raisonnêmenia pour montrer l'iqutilité de leur dépendance, L'Amérique septentrionale offre un fait éclatant qui doit éclairer l'Europe. L'Angleterre a- 1 -elle vu diminuer son commerce avec ses anciens sujets devenus libres? 'Depuis qu'elle a perdu ces immenses possessions , a-telle donné des sympt6mes de décadence? At-elle eu moins de matelots? Sa puissance navale est-elle affaiblie ?— Elle a trouvé une nouvelle source de richesses dans l'indépendance des||tete-Unis. L'émancipation de cette grande con[^Ha porté plus d'hommes , plus de capitaux , pf^^Bodustrie. I^ Grande-Bretagne, soulagée de toc^ffiis de défanse et d'administralion , a fait un commerce plus avantageux avec un peuple plus nombreux et plus riche; et c'pst ainsi que tout concourt a prouver que la prospérité d'une nation est un bi<}n auquel toutes les autres partià4>ent, chacuy en pc9|>ortion de ses moyens : et que le système colonial «sttiiauvais pour les Européens, par cela seul qu'il est mauvais pour les colonies.
Voyons maintenant les conséquences qu'on doit tirer de ces donn^f^.
!• Ne doit-on faire aucun établissement colonial? Aucun , dans Ja vue d'enrichir la iii^e patrie : c'est toujours une dépense certaine pont» un profit eon> tingent et très-éloigné ; mais nous avons vu que, comme moyen de soulager la population , de ménager une issue à ceux qui se trouvent trop pressés sur le sol natal, la colonisation offre une ressource immédiate ; et que si eUe est bien conduite » si eUe
JOES MOYENS D*ACGROISSEMENT DE LA RICHESSE.
D*est soumise â aucuD assujetUssement qui eotrave sa prospérilé , il peut en résulter la créatiou d*UD peuple avec lequel on a tous les rapports de langage^ d'habitudes sociales, de U^ds naturels et politiques.
S» Doit-on affranchir les colonies qu'on possède? Qui , si Ton ne considérait que l'épargne des dépenses du gouvernement, que les avantages supérieurs d'uD commerce libre; mais il faut examiner ce qu'oD doit aux établissements coloniaux , à une fomillequ'on a créée et qu'il ne faut pas abandonner. Peut-elle se maintenir par elle-même ? Sa sûreté intérieure ne serait-elle pas exposée? Ne serait-ce point sacrifier une classe d'habitants à une autre , -^ par exemple, les hommes libres aux esclaves, ou les esclaves aux hommes libres? N'ont-ils pas besoin d'être protégés et dirigés dans leur état de faiblesse et d'ignorance comparative ? Leur dépendancQji'est-elle pas leur sauvegarde contre l'anarchie, le meurtre et le pillage? Voilà les points de Tue sous lesquels il faut envisager cette question.
Quand on aurait cessé de voir les colonies avec les yeux avides de la fiscalité , la plupart des incon- ▼énients de l'état colonial cesseraient d'eux-mêmes. Détruisez les fausses notions mercantiles et la jalousie du pouvoir, vous ferez tomber tout ce qui rend leur joug onéreux. Vous n'aurez plus à craindre des dispositions hostiles et des guerres d'indépendance : car si la sagesse seule était écoutée, l'objet ordinaire de. la contention serait renversé : la mère patrie aspirerai à voir ses enfants assez puissants pour devenir libres ; et les colons redouteraient la perte d'ane autorité tnt^ire qui leur donne la paix au dedans et la sûreté contre les ennemis extérieurs.