CHAPITRE XIII
DES MOYENS I^'aCCROISSEMENT DE LA RICHESSE.
Suivons maintenant les progrès de la richesse dans son cours naturel , nous verrons encore plus clairement que l'intervention du gouvernement n'est bonne et nécessaire que pour maintenir la sûreté , pour écarter des obstacles ou pour répandre des instructions.
*0d dit que les «accès des armées ainéricainei ftirent dos en parUe à leur habileté en ce genre. Composées presque en entier d*agrico!es, elles faisaient les fossés, les retran-
La richesse générale s'augmente, 1^ Par l'augmentation du nombre des hommes en tant que travailleurs; St* Par Taugmentalion de la masse des capitaux ; 3<> Par l'emploi le plus avantageux des capitaux ; 4» Par l'augmentation de l'efficacité du travail ; 5« Par l'avantage du commerce.
t. Augmentation du nombre des hommes en tant que travailleurs.
Je n'ai rien à ajouter à ce qui a été dit à cet égard dans le chapitre sur la population. Mais j'observerai que l'on peut tendre à cet effet d'une manière indirecte :
1» Par le bannissement des préjugés défavorables au travail. L'honneur lie les mains aux uns, la religion aux autres. Il en est qu'elle tient dans une perpétuelle oisiveté, d'autres dans une oisiveté périodique. On sait qu'il est des pays catholiques où le nombre des fêtes enlève plus de cent jours au travail. — Et il ne faut pas considérer la perle seule de ces journées , mais encore celle qui résulte des habitudes vicieuses que cette oisiveté encourage. On n'a pas travaillé le jour de fête; on ne travaille pas le lendemain , parce qu'on s'est enivré la veille. Dans les contrées du Nord , où Tété est si court et la récolte si précaire , qui peut estimer tout ce qu'il en coûte à la nation par le repos forcé du dimanche? La disette de l'année peut en êti*e le résullaU
â"» On augmente le travail, même en donnant des emplois productifs à des classes d'hommes qui, par état, ne produiraient rien, des prisonniers, des mendiants , des moines , des soldats. Plusieurs militaires prétendent que , pour faire un bon soldat, il ne doit pas avoir d'autre métier ; mais il y aurait du moins une exception à faire pour les travaux qui peuvent èf * " '
creuser des fos des chemins *.
menter la par l'État.
3» Substitue coercitifs, la i avec les précai nature , les coi ,
sera toujours pauvre. Payez les travaux en argent ; la récompense , se mêlant goutte à goutte avec le travail , en adoucit l'amertume. Chaque travailleur libre vaudra deux esclaves. Cette réflexion s'-est souvent présentée dans cet ouvrage ; mais elle est si
chements et autres ouvrages de camp avec une faciUté qui étonnait leurs adversaires. Les armées ruMes ont le même avantage, et dans un plus haut degrO.
DES MOYENS D'ACCROISSEMENT DE LA RICHESSE
juste et si favorable à rhumanité , qu'on ne doit pas craindre de la répéter.
%, Aagmeolatioo de la maue d6s capilaux.
La niasse des capitaux s'augmente par les productions du travail au delà des consommations.
L'addition à la masse de la richesse dans une année est la somme des économies faites par tousles individus dans la même année , c'est la difiTérence entre les valeurs produites ou importées , et les valeurs détruites ou exportées dans le cours de la même année.
L'addition faite à la richesse pécuniaire d'une communauté est de même la différence entre la somme produite ou importée , et la somme détruite ou exportée dans le période en question.
Dans le casd*un individu, accroissement d'argent est accroissement de richesse. Si sa fortune consiste aujourd'hui en mille guinées , et qu'il en ait deux mille demain, il est deux fois aussi riche que le jour précédent. Il peut commander deux f6is la même quantité du produit de tous les travaux.
11 n'en est pas de même pour une communauté.
Si son numéraire métallique était aujourd'hui un million de livres sterling , et qu'il fût demain de deux millions , sa richesse ne serait pas doublée comme celle de l'individu; la communauté ne serait pas même , pour l'intérieur, plus riche qu'auparavant. Au lieu d'avoir à son commandement une quantité double de produits , elle n'en a que la même quantité.
Il est vrai qu'en exportant chez d'autres nations cette masse soudainement acquise , la communauté en question obtiendrait une addition à la masse de sa richesse non pécuniaire ; mais à mesure que cet échange se fait , le cas que nous avons supposé n'est plus le même. Elle cesse de posséder le million d'or additionnel.
Cette contradiction apparente entre les deux cas est facile à lever.. Quand l'individu trouva sa quantité d'or subitement doublée, la valeur de l'or n'avait pas diminué par cette addition : la communeulé n'en possédait pas plus qu'auparavant , supposé que la somme ne vint pas de l'étranger. La proportion entre le numéraiK et les choses à vendre restait exactement la même.
La masse de toutes les choses qui sont vendues dans le cours de l'année est égale en valeur à la somme du numéraire donné en échange pour les obtenir , en multipliant la quantité actuelle du numéraire par le nombre de fois qu'il a servi aux échanges. Une de ces masses est égale en valeur à
^ Ce n*etl pat tant défiance que Je donne Ici ce faible eilrail d*an trè«-grand ouTrase MS.de M. Bentham 8ur ies prix el sur les causes de la hau$$s des prix. Il em-
l'autre; car, par la supposition, l'une a été échangée contre l'autre.
Cette égalité subsiste, quelle que soit la différeoce en quantité entre ces deux masses. Quand le nullion en or, circulant trois fois pendant l'année, a acheté toute la masse des choses qui étaient à vendre, il donne à tous ses possesseurs successifs la jouissanee de cette masse. Lorsqu'en prenant le même cours , les deux millions en or ont protluit le même e&t, ils n'ont opéré que ce que le seul million avait produit auparavant, puisque, par la supposition, la masse des c^o^e^ n'a point reçu d'accroissenent.
Cela veut dire, en d'autres termes, que la nonvelle masse métallique s'absorbe dans la masse générale du numéraire , et qu'autant on ajoute â sa quantité , autant on diminue de sa valeur.
L'addition foite au numéraire de la communauté produit une augmentation proportionnelle dans le prix des choses vénales , dans le prix pécuniaire de toute la masse de la richesse non pécuniaire, et conséquemment , soit dans le prix de chaque article, soit dans celui du plus grand nombre.
Si une addition faite à la masse pécuniaire de la communauté est employée à créer une portion de richesse non pécuniaire qui n'aurait point été créée sans cela , si elle produit par le travail ou par des échanges une augmentation de richesses réelles, le résultat n'est plus le même. Dans la proportion où la richesse réelle est augmentée , l'addition faite au numéraire cesse d'opérer pour en diminuer la valeur relative.
Pour simplifier le cas elle rendre plus frappant, j'aî.eupposé une addition excessive et soudaine. 11 est bien rart^u'une addition de cette nature ait eo lieu en métaux précieux^ mais elle a souvent liea en papier^monnaie.
Ainsi, l'augmenUtion des prix, toutes choses d'ailleurs égales, est uneprtftioe d'une extra-addition au numéraire, et une mesure de sa quantité.
Cette défalcation de valeuj? équivaut à une taxe indirecte sur les revenus pécuniaires : taxe qui peut aller sans cesse en augmentant; taxe qui porte oo bénéfice pour ceux qui émettent le papier-monnaie, et dont le fardeau porte toiit entier sur les possesseurs des revenus fixes. 11 y a une compensation de cette taxe pour les producteurs et les marchands qui élèvent le prix des denrées, pour tous ceux qui ont leur part de ce nouveau numéraire; mais ceux dont la fortune consiste dans un revenu pécuniaire qui n'augmente point en portent tout le poids ^.
Quand cette diminution graduelle de revenu se
brasse un si grand nombre de quesUoos, qii*il o*eit pas possible d*en donner une idée exacte dans on si oovft abrégé.
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M. lentement, quoiqu'elle soit un niai , ce mal peut résulter de la prospérité générale et être compensé par un plus grand bien. Des pertes qui nai^nt du cours ordinaire des choses sont prévues et â peine senties : on y pourvoit d'avance. Mais quand le gouvernement lui-même intervient par des opérations dont les effets sont aussi grands que soudains pour donner un accroissement subit à la masse du capital pécuniaire, métallique ou monnayé, il confond tous les calculs de la prudence , il altère la valeur de tous les contrats existants, il ruine une partie de ses sujets , et sa richesse fmaginaire devient Finslrument de sa destruction, yoffè ce qu'on a vu en France sous le système de Law, et plus encore sous le règne des assignats {g),