ABOLITION DU TAUX FIXE DE LINTÉRÊT DE L'ARGENT, ETC
favorisés? Ceux qui ont fait les promesses les plus extravagantes. La race des mendiaots e£FroDtés qui vendent la pierre philosophale , a plus obtenu, dans un temps donné, des ignorants crédules et avides , ^ue les auteurs des projets d*une utilité incontestable. Cependant voici l'avantage de la vérité sur l'erreur : le temps est pour elle ; l'imposture passe; la vérité reste. Ce mensonge est décrédité; cette source d'illusion est fermée : il en sera de même à peu près de toule autre. A mesure que le monde s'avance, les goufFres de l'ignorance se comblent par le nombre même de ceux qui s'y précipitent. Les siècles antérieurs sont des enfants perdus qui reçoivent les coups de la fortune pour ceux qui leur succèdent. Relativement à l'avenir, l'espérance est donc mieux fondée que la crainte.
Plus on examine les raisons pour lesquelles Smith veut décourager les projeteurs , plus on s'étonne qu'il ait aior^i dévié de ses principes. Il est probable que son imagination était préoccupée de l'idée de quelques projeteurs téméraires ou peu intègres, qui étaient tombés dans la sphère de ses observations , et qu'il appliquait à l'espèce entière les vices de quelques individus épars. Se défendre de l'erreur des généralisations trop hâtives et trop vastes , ne laisser échapper aucune proposition qu'après avoir fait les retranchements nécessaires pour la réduire à l'exacte vérité, c'est le dernier terme, et, jusqu'à présent , le terme idéal de la sagesse humaine ^.
Dans les routes hasardeuses de l'invention , rien ne serait plus utile aux voyageurs qu'un bon traité sur les projets en général. Ce serait le pendant de l'ouvrage qu'un philosophe judicieux nous a donné sur les systèmes >. En parcourant les divers départements des sciences , on s'attacherait à ce que chacun d'eux présente en ce genre de plus particulier. La chimie a sa pierre philosophale ; la médecine, sa panacée; la mécanique , son mobile perpétuel ; la finance , son moyen de liquider sans frais et sans injustice les dettes nationales. A propos de chaque erreur capitale , on ferait voir , dans la nature même des choses, la raison de l'impossibilité du succès ; on indiquerait les illusions qui opèrent sur l'esprit humain , pour lui cacher ces obstacles insurmontables, et le nourrir d'espérances trom^ penses. On s'attacherait à peindre les projeteurs de
1 M. Smith, après avoir lu la lettre sur lea projets , qui lui fut adressée, et qui est imprimée à la suite de l^ouvrage dont j*ai parié , Defence of usvry, déclara è un liomme respectable, ami commun des deux auteurs, qu'il s*était
mauvaise foi, les charlatans en tous genres; on crayonnerait ce qu'ils ont de commun dans leur esprit et leur caractère , cette voIubHité de paroles, cette précipitation naturelle ou affectée qui esquive les arguments qu'on leur oppose , cette manière de déclamer , sans analyser ni raisonner , de s'échapper comme par la tangente , dès qu'ils se sentent pressés; cette colère affectée qu'ils témoignent quand on leur propose des objections et des doutes; cet art de se plaindre des préventions qu'on a contre eux, ou de se vanter du nombre secret de leurs partisans ; enfin ce coup de maître , cette reU*aite habile de la scène, dans les occasions où, s'ils étaient de bonne foi, il leur importerait le plus de s'y maintenir. L'histoire du mesmérisme ferait un chapitre intéressant de cet ouvrage.
En recueillant les projets malheureux , il faudrait se garder de ce ton de malignité qui semble triompher des disgrâces du génie, et qui cherche è envelopper les projets utiles dans le mépris et k ridicule que méritent les charlatans. Ce vice caractérise les ouvrages du spirituel et atrabilaire Swift. Sous prétexte de se moquer des projeteurs, il cherche à livrer au mépris des ignorants les sdeiices mêmes. Aussi avaient-elles deux grands torts à set yeux : le premier, de lui être inconnues; l'autre, d'être l'ouvrage le plus honorable de cette espèce humaine qu'il avait prise en dédain et en haine, depuis que sa chagrine ambition avait été déçue. Les projeteurs qui cherchent à tromper , il faut les démasquer; ceux qui se trompent, il feut les instruire : l'intérêt de la science et de la justice demande qu'on les distingue.
Je terminerai ce précis comme je l'ai commencé, en répétant que l'économie politique doit être considérée comme une science plutôt que comme un art. 11 y a beaucoup à apprendre , et peu à faire.
Les abeilles font le miel par instinct ; il suffit de leur laisser une ruche tranquille, des champs et des bois pour y amasser leur récolte } mais , parée qu'on a besoin d'une partie de leur miçl, il tot étudier leur nature , il faut connaître l'économie de ce petit peuple, pour ne pas nuire à la reproduction de ses travaux.
trompé. Avec la nouvelle de sa mort, M. Beotham reçut uo exemplaire de ses ouvrages quM lui envoyait comme $»f de son estime, a CondiUao.
NOTES
NOTES
(a) On peut objecter que le raisonnement du texte n'est pas concluant, puisque Tintervention du gouyernement n'a pas pour objet l'avantage des individus, mais eeloi du public. On pourra convenir que chaque individu juge mieux de son intérêt privé que le législateur; mais celui-ci, à son tour, est un meilleur juge de linté* rèt général. Si l'emploi des capitaux n'intéressait que lescsipitalistes, il faudrait s'en rapporter à eux seuls; mais , outre les capitalistes , il affecte une multitude d'individus , et le législateur manquerait à son devoir sil ne se mettait pas en avant pour protéger l'intérêt public contre les erreurs et la cupidité des intérêts individaels.
Cette objection est d'autant plus plausible qu'elle renferme beaucoup de vérité : le principe en est incontestable. Si l'opposition des intérêts existe entre les capitalistes et le public , si l'emploi des capitaux qui est le plus avantageux pour les capitalistes n'est pas aussi le plus avantageux pour le public, les partisans du système réglementaire ont gagné leur cause, et ceux de la liberté du commerce n'ont plus qu'à se taire.
Mais il est de fait, qu'à l'exception d'un très- petit nombre de cas, les deux intérêts se confondent, et qu'il n'y a pas de meilleur moyen de pourvoir à l'intérêt public que de laisser chaque indindu consulter le sien propre.
Comme un principe général, la chose est admise, même en pratique, dans le plus grand nombre de cas. Personne n'a jamais supposé que la production des souliers fftt plus importante pour un pays que la production dea ckapeau]^, et qu'il fût du devoir des gouvernements d'intervenir pour ou contre dans l'emploi des capitaux appliqués à ces manufactures. On a compris que si l'offre dea souliers ne répondait pu à la demande, le prix hausserait, et que de nouveaux capitaux se porteraient à cette branche d'industrie jusqu'au niveau- de la demande, sans q]|d le gouvernement eût besoin de s'en mêler, etc.
Tout cela est vrai, dirà-t-on, pour l'emploi des capitaux dans l'industrie intérieure ; mais il est de Tintérêt public de ne point acheter au dehors des articles qu'on peut produire dans le pays. En consommant les produits nationaux, vous encouragez l'industrie nationale; en consommant les produits étrangers, vous encouragez Findustrie étrangère aux dépens de celle de V09 compatriotes. Il y a oppositiou entre l'intérêt public et l'intérêt
particulier : celui des consommateurs est d'acheter dans le lieu où ils trouvent les objets au plus bas prix ; celui du public est de les forcer à n'acheter que dans le marché national, même à un prix plus élevé. Il faut donc que la loi défende l'importation de tout ce qu'on peut produire dans le pays même. Voilà le système prohibitif et l'argument sur lequel il s'appuie.
La réfutation de ce système se trouve essentiellement dans la proposition fondamentale du chapitre auquel cette note se rapporte : LindutUrie est limitée par le eapilaL II y a toujours autant d'emplois pour les capitaux qu'il y a de capitaux, autant de travail que de fonds pour le payer, et il est évident qu'il ne peut pas y en avoir davantage.
Mais quand il serait indubitable que vous encouragiez l'industrie de vos compatriotes en achetant leurs pro-^ duits, Tencouragez-vous moins en achetant les produits des étrangers? Si vous n'achetez rien d'eux, peuvent- ils acheter de vous? Peut il y avoir Importation sans exportation? Ils ne peuvent pas vous donner leurs marchandises sans équivalent, et cet équivalent ce sont d'autres marchandises.
Si l'on dit qu'on les payera en numéraire, je réponds que le numéraire, à moins que le pays ne possède de grandes mines , ne peut pas longtemps suffire à ces payements. L'exportation du numéraire faisant baisser les prix, il ar^» riverait de deux choses l'une, ou que le prix des articles importés tomberait si' bas que l'importation cesserait, ou que d'autres articles baisseraient tellement de prix qu'ils deviendraient des objets d'exportation; — or, dès que l'équilibre serait rétabli entre les imports et les exports, le commerce s'acqulttant par des lettres de change, il n'y aurait plus lieu à la sortie des métaux précieux.
Ainsi , quand vous importez des marchandi^ étrangères, si vous n'occupez pas directement l'industrie de vos compatriotes, par votre propre demande, vous l'oc* cupes indirectement, en créant pour ses produits une nouvelle demande d'une égale valeur de la part des étrangers.
Vous ne faites donc aucun tort à vos compatriotes en important des productions étrangères, tandis qu'ils jouissent des prix réduits auxquels elles sont vendues ; car le fait seul de l'importation est une preuve suffisante qu'elles coûtent moins à faire venir qu'il n'en coûterait de les produire dans le pays même.
L'avantage de se pourvoir au marché le moins coûteux a été si clairement expliqué par les plus habileiu économistes, qu'ils ont pleinement convaincu tous ceux
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qui D'étaient pat séduits par quelque intérètde monopole.
Ce surplus qu'on paye pour un produit national est une taxe levée sur tous les consommateurs en faveur des producteurs ; mais on oublie que , sans Fencouragement de la production, ces derniers auraient appliqué leurs capitaux à une industrie plus propre au pays, plus productive pour la nation.
11 est des gouvernements qui ont procédé sur le plan de prohiber l'exportation. Celle des métaux précieux a été prohibée, parce qu'on croyait qu'elle appauvrissait le pays ; celle des grains l'a été de même , dans la vue de se mettre à Tabri des disettes.
La première de ces prohibitions ne peut être justiflée qu'en supposant qu'il y a dans la nature des métaux précieux quelque qualité inhérente qui en fait un article plus important de richesse nationale que toute autre marchandise d'une égale valeur échangeable ; mais cette supposition est dénuée de tout fondement. H n^'y a pas profit, il y a perte, au contraire, à retenir dans un pays une plus grande quantité de ces métaux précieux qui! n'en resterait d'après un commerce libre. Ceux qui les exportent ne les donnent pas pour rien ; ils les échangent pour des marchandises qui sont d'une plus grande valeur pour eux. L'argent monnayé n'est d'aucun usage, excepté comme moyen d'échange ; or, pour cet objet, il en restera toujours dans le pays autant qu'il en faut sans aucune loi restrictive , et cela , par la plus forte des garanties, l'intérêt des individus : le surplus serait inutile : le retenir forcément dans le pays , c'est se priver de toutes les choses vraiment usuelles pour lesquelles on pourrait l'échanger chez d'autres nations.
L'exportation des grains a longtemps été prohibée en France : l'objet qu'on se proposait était de s'assurer une abondance constante : l'effet inévitable était d'occasion' ner de fréquentes disettes. Un pays qui , dans les années ordinaires, produit au delà de ses besoins, a toujours, dans une mauvaise saison, une ressource dans la partie du produit qui aurait été exportée. Prohibez l'exportation , le surplus ne peut pas exister : le cultivateur n'aurait point eu de motif suffisant pour créer un produit qui n'aura point de débouché hors le cas d'une mauvaise saison. La totale ineiOcacité de cette mesure pour le but auquel on la destine rend inutile d'exposer les autres objections t^u'elle présente.
Ainsi l'on peut poser comme une règle générale , qui n'admet'Éue bien peu d'exceinions, et dans des cas bien rares, que, pour l'avancement de la richesse nationale, la plus grande garantie se trouve dans l'intérêt àes individus , et que tout effort du gouvernement pour encourager tel ou tel emploi , ou pour décourager tel eu tel aittre , au lieu d*en produire une meilleure distribution, a une tendance tout opposée.
(6) Les exceptions au principe général , tirées de la subsistance et de la défense, sont souvent pressées beaucoup plus qu'elles ne doivent l'être.
Le libre commerce des blés est de toutes les mesures administratives la plus propre à donner de la fixité aux
prix; mais s'il y a des positions où la formation des magasins soit vraiment utile au public, elle sera aussi une opération lucrative , et dès lors il y aura des indiiidin disposés à l'entreprendre. Si elle ne leur présente anoiB profit, c'est la preuve la plus claire de son inutilité.
Quant aux États maritimes, les seuls qui aient besois d'armer des flottes pour leur défense, on a peine à concevoir, dans l'état présent du monde , que le commerce de mer ne leur fournisse pas toujours un nombre siffisant de matelots, et qu'ils puissent être dans la nëceisité de se soumettre à un commerce désavantageux pou le seul objet de former des marins. Or, tout commerce est désavantageux dans la proportion des encouragements artificiels qu'il exige.
(c) Il est probable que la prime sur rexportation, ei faisant baisser le prix de l'article pour les acquéresn étrangers, les engagera à en acheter une pins grande quantité. Est-ce un avantage? Point du tout; c'est qd nouveau mal; car, pour produire cette quantité additionnelle, il faut y appliquer un capital qu'on retire de quelque autre emploi ; et comme le capital laissé à dimême cherche l'emploi le plus avantageux, toutes les feit qu'on l'en détourne par des encouragements artifidelf , on lui donne nécessairement une destination moins lucrative.
(d) Voyez ÉlémenU d^écanomie poUtigue, par M. Mlll, chap. IH, sect. ii. De ce qui détermine lavalewrécka»' geahle des produits. L'auteur, après avoir analysé tontes les circonstances d'où dépend le prix moyen, arrive an véritable régulateur des prix. C'est un des articles les plus approfondis dans cet ouvrage , si toutefois il 7 a quelque distinction à Caire dans un traité où toutes les vérités sont si bien enchaînées et se démontrent par lenr liaison : en voici la substance :
La valeur d^nn produit dépend, en première instance, du rapport entre la demande et l'offre, ou y selon l'expression du texte, sur la concurrence ou la lutte entre les vendeurs et les acheteurs. Une augmentation dans la demande, sans une augmentation correspondante dans l'offre, fait hausser leprix: une augmentation dansl'oire sans une augmentation correspondante dans la demande, le fait baisser.
Le prix dépend donc de la proportion entre la demande et l'offre : ce point est facilement admis; mais qu*est-ce qui détermine cette proportion? Elle est déterminée par le coût de la production. Si la demande vient à s'accroître sans que le coût de la production soit augmenté, le prix s'élève, le profit des producteurs devient plus grand dans cette branche de produit que dans les autres, elle attire à son service une plus grande masse de capitaux, la quantité de ce produit augmente, et leprix baisse jusqu'à ce que le niveau se rétabli«M entre le profit de cette industrie et le profit ordinaire. S'il y a
«OTES.
dimimilkNi dans la demande et qtie le cofiit de la ^rbduction reste le même, les profits, dans cette brstnehe, tomberont au-dessous du taux commun ; Une |>drflofa du capital qui s'y appliquerait ira chercher d'autres enfplois jusqu'à ce que l'offre étant réduite à la même proportion que la demande, le prix remontera au point où il était auparavant.
Le prix du moment, le prix accidentel dépend donc de la demande et de l'oiRre; mais les fiuctnations entre la demande et l'offye, étant purement temporaires, à moins qu'elles ne soient accompagnées d'une variation dans le coût productif, elles n'auront qu'un effet temporaire sur le prix. Ainsi, en dernière analyse, \eprix moyen dépend du coût de la production, et en dépend uniquement.
Il n'y a point d'erreur dans la proposition du texte , mais il manquait de précision et n'alhdt pas au fend du sujet.
(e) Les effets permanents peuvent être plus nuisibles que l'auteur ne le fait entendre. S'il faut toujours que l'exportation soit balancée par une importation correspondante, et si la seule raison qu'un pays puisse avoir pour exporter du vin, par exemple, en échange du drap^ est qu'il trouve mieux son compte à cultiver des vi^es qu'à fabriquer des étoffes , une taxe sur le vin , qui le rend trop cher pour être exporté , oblige le pays , ou à manufacturer des draps a vie pfUs de frais qu'il ne les aurait obtenus du dehors , on à les acheter avec d'antres produits plus coûteux que les vins; je dis plus coûteux, parce que, s'ils l'avaient été moins, on s'en serait servi pour les échanges avant la taxe sur les vins.
Les mauvais effets de ces impôts peuvent être prévenus en allouant la restitution du droit sur l'exportation ; la denrée en question sera par ce moyen vendue aux étrangers au même prix qu'auparavant, l'exportation ne sera pas diminuée, et la taxe ne pèsera que sur le pays même.
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(/) Ce même principe sert à réduire les exagérations des écrivains qui, en attaquant de mauvais règlements de commerce ou d'industr^ , les représentent toujours comme des causes de ruine absolue. S'ils pensent qull font f^pper fort plutôt que juste pour produire beaucoup d'eiffet, ils sont dans l'erreur; on leur répond : Voyez tel peuple qui s'est enrichi avec ce même système mercantile et prohibitif que vous condamnez ; les faits ne trompent pas , c'est donc vous qui avez tort; et on croit les avoir réfutés.
Les lois qui gênent telle on telle branche de commerce ne diminuent pas nécessairement la somme totale du commerce : tout ce qui est perdu par une branche peut être gagné par une autre : le capital cherche à se placer.
Les lois qui gênent telle ou telle industrie ne diminueront pas nécessairement le produit de la main-
d'œuvre. Ceux qui ne peuvent pas travailler* dans un genre transféreront leur travail dans un autre.
Ainsi, une nation régie par de nouvelles lois économiques peut faire, malgré cet obstacle, des progrès sensibles dans la carrière de la prospérité.
Le mal résultant des gênes réglementaires peut, sous le rapport de la richesse, se réduire à deux chefs :
i" La dilférence par rapport au profit entre l'emploi le plus avantageux qu'aurait fhit le capitaliste libre dans son choix , et l'emploi moins avantageux qu'il est forcé de faire à raison des découragements ou des prohibitions dont le premier est chargé.
2* La différence de prix pour les consommateurs, lorsqu'un article moins cher est prohibé en faveur d'un autre article plus cher.
La nation ainsi entravée ne peut pas prendre le même essor ; mais il ne s'ensuit pas qu'elle marche à sa ruine ; il n'y a que le défaut de sûreté qui puisse porter atteinte à tous les moyens reprodactift.
(g) L'opinion la plus générale était d'envisager une augmentation graduelle de monnaie conmie un encouragement à l'Industrie. Le producteur, disait-on , étant mieux payé pour sa denrée, achète, de ce surplus, des objets qui n'ont pas encore haussé de prix , et se trouve avoir ainsi un nouveau motif pour travailler; mais cette doctrine se contredit elle-même. Si le premier qui apporte au marché une quantité additionnelle de monnaie n'élève pas le prix, l'industrie de ceux qui lui vendent n*en est pas stimulée ; mais s'il fait hausser le prix, ceux qui ont gagné ce surplus feront hau8ser,,à leur tour, le prix des denrées qu'ils achèteront; supposer le contraire, c'est supposer que la même cause ne produira pas les mêmes effets. — Le sujet a été développé d'une manière très-logique et très-claire par M. Blill , dans sa section sur la valeur de la monnaie»
(h) La doctrine d'Adam Smith est que l'agriculture est l'emploi le plus productif des capitaux. La nouvelle théorie de M. Ricardo sur la rente foncière détruit celle du philosophe écossais.
Les autres emplois, disait-on, ne rendent pas plus que les profits ordinaires du capital : l'agriculture rend non- seulement ce profit, mais encore une rente; elle est donc plus productive que les autres industries.
Pour démêler l'erreur de cette doctrine, il faut nécessairement remonter à la nature de la rente.
Dans le premier état de la société on ne cultive d'abord que les terrains les plus fertiles, et, tant qu'on peut en avoir une quantité illimitée, il n'y a point de rente, à moins de quelque avantage accidentel de situation ; car il est évident qu'on ne consentira point à payer une rente tant qu'on peut avoir pour rien une terre également fertile.
NOTES
Mais la population a'aocrotl : lo meiUeiir 8o| est tout mis en yaleur : la quantité additionnelle de sobsistance requise pour la consommation croissante ne peut proyenir, ou que de la culture des terres inférieures, ou d'un accroissement de production obtenu des meilleures terres à plus grands frais, c'est-à-dire en doublant les avances sans doubler les produits; or, le cultivateur ne peut pas fournir la denrée qui lui coûte davantage s'il n'obtient un dédommagement, une augmentation de prix. Mais dès que les choses sont arrivées à ce point, il est en état de payer une rente.
En effet , les frais de la culture n'augmentent que pour une partie de son produit ; mais la hausse proportionnelle du prix s'applique à la totalité , et en conséquence il se trouverait plus que dédommagé; il obtiendrait plus que les profits ordinaires si la concurrence entre ceux qui veulent appliquer leurs capitaux à l'agriculture ne le forçait pas à donner le surplus au propriétaire du fonds. Le dernier capital qu'il applique au sol et qui constitue le surcroît de frais n'entre pour rien dans la rente, et ne fait que rendre les profits ordinaires comme tout autre emploi du capital.
La rente est purement l'effet de la hausse du prix ; ce haut prix est le résultat de la fertilité limitée du sol et de ce que toute quantité additionnelle de blé est produite.— La rente n'est donc pas la preuve que Tagriculture soit plus productive que les autres emplois , mais elle prouve, au contraire, que sa productivité va toujours en décroissant. Si les machines aussi bien que les terres avaient différents degrés de pouvoir, et que le nombre des meilleures machines fût limité , il serait bientôt établi qu'on payerait une rente pour s'en servir; devrait-on en conclure que l'industrie manufacturière serait plus productive en ce cas qu'elle ne l'est dans son état actuel?
Je n'ai pas la prétention, dans cette note, de faire jepnnaltre en son entier cette nouvelle théorie qui a fait tant d'honneur à la pénétration et à l'esprit analytique
de M. Rk»rdo; il flMit l'étudier dans son ovfrage, «i passer ensuite^ l'excellent résumé qu'en a donné M. NiU dans ses Élémenls d'économie poUlique, sectk» Du loyer de$ terrée.
Cette opinion âe Smith , que le commeree intéiieir est plus avantageux à la nation que le commerce eitérieari n'est rien moins que démontrée. La raison sur laquelle il se fonde est que le commerce intérieur emploie desi capitaux nationaux , tandis que le commerce extérieir se partage entre deux capitaux, dont l'un estnatioul, l'autre étranger. Mais qu'importe? Si un marcfasad à Paris et un autre à Bordeaux appliquent leurs capitaix, l'un en soieries, Fautre en vins, et qu'ils fassent dei échanges réciproques , deux capitaux français sont employés : que le marchand de Paris trouve mieux too compte à envoyer ses étoffes de soie en Angleterre poor les échanger contre des cotons , le marchand de Bordeaux envoie ses vins à Londres ou ailleurs : il n'y a pas de raison do croire que son capital soit moins anatageusement employé de cette manière que de l'astre. Tout capital qui , du commerce intérieur passe au commerce extérieur, laisse un autre capital disponible qii ne restera pas oisif.
Supposer qu'il peut y avoir un défaut d'emploi poir des capitaux , ou supposer des capitaux superlos eit une erreur; car tant qii'on* peut produire, on actire d'autres productions, on crée d'autres demandes; ce n'est pas le trop qui est à craindre, c'est le trop peu. Une surabondance dans une marchandise est une prevre de disette dans d'autres.
Ceux à qui cette assertion pourra sembler énignatique ou paradoxale en trouveront une explication trèsclaire dans l'excellent Traité d'économie poUHque de M. Say, chap. Dee débouchés.